Ces voix juvéniles qui tonnent: L’énième mise en garde.

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Dans la soirée du jeudi au vendredi dernier, les jeunes qui se sont accrochés avec les éléments des forces de l’ordre à Bab El Oued ont scandé «Bab El Oued Chouhada». La référence au 5 Octobre 1988 n’échappe à personne, notamment aux observateurs de la vie politique nationale. Vingt quatre heures après, Anès Tina, rendu célèbre par son clip «Rani Zaafane» (je suis en colère) met sur youtube sa dernière réalisation : «Khsara aalik» (dommage pour toi). En l’espace de 12h, la vidéo a été vue plus d’un million trois cent mille fois. Trois semaines auparavant, la galerie de l’USMA a scandé à l’unisson la chanson « Y en a marre, on est fatigué de ce pouvoir ». En trois semaines, la vidéo a été visionnée plus de deux millions six cent cinquante cinq mille fois.

La juvénilité est le dénominateur commun de ces voix. Elles évoluent à la marge de toutes les structures publiques, notamment d’encadrement et d’embrigadement. Ces voix, qualifiées par certains de marginales, battent tous les records d’audience. Ce qui veut dire qu’elles sont très écoutées et les auditeurs partagent ce qu’elles véhiculent comme message. Libre à chacun de nous de lire à sa guise les lettres transmises. Mais ceux qui tiennent les règnes de la décision politique dans ce pays sont tenus de bien décrypter ces messages. Il y va de l’avenir immédiat de ce pays. En clair, ce sont des mises en garde avant l’irréparable.

Le ras le bol d’une jeunesse, tenue pour mineure et ayant une propension à la délinquance, touche à ses limites. «Y’ en marre de ce pouvoir. Nous connaissons l’histoire» chantent les supporters de l’USMAlger. Une remise en cause de «la légitimité historique» argument de ceux qui tiennent le pouvoir depuis plus d’un demi-siècle. «Trump me téléphone chaque soir. Allo Anes Tina?» ironise ce dernier contre ceux qui se servent de l’intervention «de la main étrangère» pour diaboliser toute voix discordante ou tentée par la contestation de l’ordre établi.

Ces voix se font entendre dans une période très particulière de l’histoire de notre pays. Un moment marqué par l’absence du président de la République à cause de son état de santé. «Nous n’avons pas de Président mais une effigie» répètent à l’unisson les supporters du plus vieux club algérois. Une revendication d’un Etat fort, une thèse déjà avancée par le sociologue Addi Lahouari.

Ces voix ont tonné dans une période où la déliquescence des institutions a atteint un point presque irréversible. «Le gouvernement de délinquants. La blanche et la chirra» répètent encore les jeunes algérois. Un rappel de l’affaire des 700 kilos de cocaïne saisis la fin du mois de dernier où le principal accusé s’est révélé en connexion avec les membres de la nomenklatura et leurs rejetons.

Ces voix qui ont prouvé leur perspicacité par l’usage intelligent des réseaux sociaux interviennent dans un moment de déprime général. Ou des voix ont décrété que le peuple est démissionnaire, et donc disposé à accepter n’importe quel projet de succession au sommet du pouvoir. Elles viennent démontrer d’une grande lucidité. Elles sont à écouter et surtout à prendre en considération. Parce qu’il y va de l’avenir de notre pays……..

  • Par Ziad Salah.