Une nouvelle donne dans le milieu professionnel: Les étudiants-travailleurs

dans Actualités/Génération "jeunes"/Société
  • Par Ali. Hassani

Contrairement aux étudiants des décennies précédentes, ceux des années 2000, en dehors de l’université, ne bossent pas pour acheter des livres ou payer leurs études. Dans le milieu estudiantin, la donne a changé.

Quelques échantillons

Djalil a 24 ans et il est étudiant en hydraulique à l’USTO-MB. Avec ses trois camarades de promotion, il a pris en location une petite supérette. A quatre (04), ils l’occupent depuis bientôt trois (03) ans. Ils se partagent les frais et les gains et s’entendent à merveille. Ils ont réussi à monter leur propre commerce dans une cité AADL d’Oran.

Haoua a 22 ans et travaille comme commerciale dans une agence qui fait du porte à porte. Elle travaille presque tous les jours et dans différents quartiers proposant divers produits allant des détergents aux cosmétiques. Elle bénéficie d’un salaire fixe et d’un bonus variable en fonction des quantités vendues. Pour Haoua, le travail signifie épanouissement et autonomie, mais cela lui permet aussi de payer une partie des frais de ses études dans un institut privé où cela peut coûter jusqu’à 200.000 DA annuellement.

Nabil et Amine, tous les deux issus de familles aisées, travaillent «pour l’avenir». Ils font (dans) tout ou presque: agents d’accueil, animateurs de stands, agents de transport…Ils touchent à tout pour gagner de l’argent et cela se fait forcément aux dépends de leurs études, pour lesquelles, ils n’affichent pas grand intérêt. Sûrs d’obtenir leurs diplômes, les deux jeunes, presque inséparables, passent plus de temps à explorer et faire exploser leur créativité qu’à suivre les cours à la faculté, dans laquelle ils sont inscrits.

Halima, 21 ans, a suivi une courte formation en infographie qui lui a permis d’être recrutée, pour des projets au sein d’une agence de publicité. En deuxième année universitaire, elle s’engage souvent pour des périodes allant de trois jours à une semaine pour finaliser un projet de conception d’un support allant d’un flyer à un dépliant.

Samir, étudiant en mastère, s’est carrément lancé dans son propre business. Il a monté une agence de développement de sites web. Ayant «recruté» deux techniciens, Samir est un véritable manager : négociateur averti, concepteur créatif et gestionnaire visionnaire, il a déjà à son compte, et comme clients, une bonne dizaine d’entreprises, des TPE et des PME exclusivement.

Safia, 23 ans, travaille chez un pâtissier. Elle est serveuse, une semaine sur deux, de 11 h à 17 h. Le reste de son temps, Safia le passe à la fac, où elle suit ses cours et travaux dirigés dans la spécialité et l’histoire. La jeune fille est également résidente dans une cité universitaire à Oran alors que toute sa famille se trouve à Relizane. Pour Safia «travailler lui permet de gagner quelques sous, acheter des fringues et bien manger», car à la cité universitaire, «la bouffe est souvent infecte et les filles sont obligées de manger dehors

Des conséquences plus dévastatrices

Ce sont là, quelques échantillons représentatifs de la nouvelle vague d’étudiants-travailleurs.

Il est important de mentionner les remarques suivantes, pour cette tranche qui représente un taux assez élevé parmi la communauté estudiantine:

  • Travailler, c’est important pour retrouver autonomie et épanouissement.
  • Les études ne constituent pas forcément une priorité absolue.
  • L’argent gagné ne sert pas forcément à financer les études sauf pour ceux et celles inscrits pour des études privées.
  • Rares sont les étudiants qui travaillent en tant que saisonniers. Ainsi, travailler c’est toute l’année ou presque.
  • Aucun domaine n’est exclu et tous les secteurs sont investis par ces jeunes de moins de 25 ans.

Au niveau des entreprises, ou de ce qui en reste, ces jeunes constituent la nouvelle génération, considérée par les experts et spécialistes des Ressources Humaines (RH) comme étant la «génération Z». Elle vient dans le prolongement de l’autre génération appelée «génération Y».

Au niveau de l’entreprise, il est clair maintenant et plus que jamais que la sonnette d’alarme est tirée, et cela a été fait depuis quelques années déjà par Jean Marie Peretti, considéré comme le père des RH, dans l’entreprise, au niveau mondial.

Oui, la sonnette d’alarme est tirée et il est «très» urgent de revoir et reconsidérer toute la science des RH, afin qu’elle puisse répondre aux besoins et aspirations des nouvelles générations, Y et Z. C’est à travers les séminaires et les rencontres que les consultants s’affolent et attirent l’attention sur la nécessité de revoir «les règles de base et les méthodes de travail au sein des entreprises, car les générations, Y puis Z, ne reconnaissent plus, dans la pratique quotidienne, ces règles qui ont tendance à stagner depuis…1985 déjà.»A ce rythme, l’entreprise, connue en tant que telle (dans un sens organisationnel et relationnel) risque de disparaître.

En Algérie, en particulier, l’entreprise s’efface de plus en plus, laissant la place à une forme plus réduite (d’un point de vue organisationnel) et plus compliquée (d’un point de vue relationnel). Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à constater puis analyser les dégâts causés par les nouvelles formules d’insertion professionnelle des jeunes, ANSEJ et autres. Ces formules ont certes permis de créer les TPE (très petites entreprises) avec toutes les conséquences sociales comme la disparition de toute revendication socioprofessionnelle, par l’avortement des tentatives de création des corporations (et nous ne pouvons même pas parler de syndicats).

Ajoutons à ce constat, le fait que les patrons des entreprises, même des TPE, ont tendance à recruter des jeunes (encore) étudiants pour des salaires réduits que des employés qu’ils devront assurer. Cette pratique est très connue et dans plusieurs domaines, dont particulièrement le journalisme, le commercial et l’événementiel, créant ainsi une règle générale appelée la précarité de l’emploi.