Un énième projet de forêt à Oran: L’écologie, tendance ou…alibi

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Un  groupe de citoyens oranais, dénommé «un jour, un déchet», qui active dans l’hygiène publique, a décidé de lancer un projet d’envergure, qui consiste à élargir la célèbre et très controversée forêt de Canastel, en plantant 10.000 caroubiers dans son prolongement du coté Est de la forêt existante, étant donné que tous les autres cotés à forte valeur ajoutée  sont déjà largement privatisés. Cette plantation de 10.000 caroubiers représente environ un peu plus de cinquante hectares, sur des terrains nécessairement marginaux et donc difficiles.

C’est, nous semble-t-il un peu trop gros pour un simple groupe de bénévoles du week-end, sans grande ampleur, sans gros moyens et, surtout, sans grande expérience !

Dans son appel audio, lancé sur la toile, vendredi dernier, le principal animateur de ce groupe fait du pied au wali d’Oran, qu’il étiquette “d’écolo” au passage, au service des forêts de la wilaya d’Oran, à madame la Secrétaire d’Etat à l’environnement enfin et, accessoirement, aux citoyens d’Oran, à qui il demande de procéder à une large diffusion de son appel.

Pourtant lui-même annonce qu’il s’agit là de l’esquisse d’un vague projet. Ce qui veut dire que rien n’est encore décidé et qu’il y a de fortes chances pour que le projet en question n’aboutisse point. Mais il pourrait énormément  tromper !

Peu connaisseur, notre ami annonce un projet dont il ignore, non seulement, le contenu et le volume, mais également et encore plus, l’histoire de la ville, qu’il déclare aimer. Notre docteur, en principe pondéré et réfléchi, avance de nombreuses contre-vérités sur le sujet.

Ainsi et par exemple, il énonce que toutes les forêts d’Oran seraient naturelles, ce qui est, bien entendu, totalement faux. Il n’existe à Oran qu’une seule forêt naturelle, en l’occurrence celle de M’Sila. Tout le reste est artificiel, particulièrement les principales forêts urbaines de Ras el Ain et de Canastel, qui sont, par ailleurs, programmées pour une destruction à plus ou moins court terme.

Ce qui explique, entre autres, la volonté des pouvoirs publics et la feuille de route de Monsieur le Wali qui, dès son installation, a montré sa volonté de reboiser massivement la grande périphérie de la ville.

Pourquoi et comment les pouvoirs publics ont-ils trouvé la volonté et les moyens de boiser 7.500 ha de forêt, alors que pour le projet de Ras el Ain, qui représente à peine une centaine d’hectares, le premier responsable de la wilaya a eu cette formule : «A l’impossible, nul n’est tenu !» ? Ce qui équivaut en réalité à une condamnation sans appel d’un projet de reforestation  d’un site pourtant classé et reconnu, au niveau international, en tant que patrimoine naturel et culturel.

Mais, laissons de coté, pour l’instant, les politiques forestières et les projets immobiliers de nos décideurs et revenons aux contrevérités, probablement soufflées à notre tout nouveau leader écologiste, qui n’hésite pas à faire appel à la fibre patriotique et se positionne déjà en donneur de leçons, à l’instar de ses aînés.

Ainsi et selon lui, les Oranais n’auraient pas contribué à la création de forêts après 1962 et devraient  donc doubler d’efforts et soutenir son projet, qui a tout l’air d’un projet public, porté par une pseudo société civile de service.

Cette contre-vérité est non seulement  fausse mais surtout insultante pour les milliers d’Oranais qui, dès l’indépendance et jusque dans les années 70, ont parcouru, durant leurs journées de repos, des kilomètres à pieds, pour aller planter des milliers d’arbres au lieu-dit Coca-Cola, sur le plateau de Bel Horizon, sur les versants de la Montagne des Lions ou dans la continuité de la forêt de Canastel.

Ce discours, indéniablement tricoté dans les habituels laboratoires, discrédite l’histoire locale, tant décriée auparavant. Malgré les immenses sacrifices de sa population, Oran a toujours été étiquetée, par le passé, de tir-au-flanc de la Révolution. Il n’est donc pas étrange qu’elle soit, encore une fois, étiquetée de tir-au-flanc des efforts de développement patriotiques consentis par tout les Algériens après l’indépendance. Cette  stratégie de culpabilisation d’une société ne peut avoir pour objectif que de mieux faire passer les stratégies de détournement et de dilapidation des biens publics.

Dans un passé récent, notre médecin écologiste avait initié plusieurs opérations de reboisement et de nettoyage dans «sa» forêt fétiche. Ce qui, à notre avis, donnait un peu de caractère à cette pinède sans attraits, malgré tous les investissements et la publicité consentis.

Pourquoi et comment expliquer ce changement opéré par notre écologiste, qui détourne ainsi l’attention de la forêt de Canastel et envisage, d’ores et déjà, l’après-Canastel ? Un après qui, d’ailleurs, s’inscrit aussi bien dans l’espace que dans le temps. Le projet de 10.000 caroubiers serait certainement fabuleux et mériterait que tous les citoyens d’Oran s’impliquent et y participent matériellement, physiquement et moralement, mais à la condition que ce projet s’inscrive au cœur de la cité,  qui ne manque pas de friche, et non dans sa périphérie, où il servira surtout d’alibi dans la stratégie de déforestation du cœur urbain.

  • Par S. Slama