Procès de Semmar et Merouane : Un témoin si particulier

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Durant la journée de jeudi dernier aux abords du Tribunal de Bir Mourad-Raïs où devait avoir lieu le procès d’Abdou Semmar et Merouane Bendiab, un grand Monsieur n’a pas échappé à notre attention. En premier lieu, en suivant avec intérêt le rassemblement des membres du SAEPE (Syndicat Algérien des Editeurs de la Presse Electronique). Un peu intimidé, il a longuement fixé la banderole où figure le portrait de son fils. Il s’agit du père de Merouane.

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“Aami” Boudiab à droite de la photo, en compagnie d’un militant des Droits de l’homme lors du procès de son fils Merouane.

Après l’ébranlement du rassemblement, il passait d’un groupe, prêtant l’oreille à ce qui s’échangeait entre confrères ou militants politiques présents sur les lieux. Des fois, il plaçait une phrase et d’autres il observait le silence. Notamment quand il s’agissait de robes noires qui s’échappaient de la salle d’audience pour griller une cigarette à l’entrée du tribunal.

Dans l’après midi, bien avant le coup d’envoi du procès de son fils et son camarade, “Ammi” Boudiab ne pouvait plus dissimuler son inquiétude. Il devait se poser moult questions sur le sort de son enfant. Peut être, il s’attendait au pire.

Mais après le départ des avocats des plaignants et les premières plaidoiries des défenseurs des deux journalistes accusés, il a bizarrement repris quelques couleurs. Il est devenu plus facile à aborder. Et surtout plus fier et plus digne que son humilité mettait en valeur.

Une dignité que ceux qui cherchaient à enterrer son fils en prison ne pourront jamais avoir, en dépit de l’étendue de leur pouvoir et de leur fortune matérielle. Quand nous lui avons appris que nous nous sommes déplacés d’Oran pour manifester notre solidarité avec son Abdou et Merouane, spontanément il nous a proposé de nous héberger chez lui.

Ce qui lui a valu une étreinte chaleureuse de la part de notre “Pica” (Noureddine Tounsi). Il nous dira qu’il était enseignant et même directeur d’un établissement scolaire. Il ajoutera qu’il est issu d’une famille qui a fourni des cohortes de chouhadas et de moujahidines. Manière d’exprimer son désarroi devant la situation qui prévaut dans son pays où la justice brille par son iniquité.

Dans ces moments, la prison,  où son fils a croupi durant deux semaines, lui rappelait l’ère coloniale qu’il croyait définitivement révolue. Sur un ton coléreux, il nous dira, en exhibant sa canne, qu’il était capable de rentrer dans la salle et administrer une correction à ceux qui ont essayé de salir la réputation de son fils, issu d’une famille des plus respectables. Mais vite, il se ravisa en entendant pester un avocat contre l’innommable patron de presse, plaignant dans ce procès. A-t-il saisit à ce moment que le combat de son fils n’était pas irrémédiablement perdu ? Allez savoir….

A la tombée de la nuit, et la sortie de plus en plus d’avocats que les caméras des télévisions sollicitaient pour des déclarations, nous avons perdu de vue “Ammi” Boudiab. Mais son humilité et sa dignité, propres à certains algériens qui ont enduré, des épreuves durant, en silence ne s’effaceront pas de sitôt de notre mémoire.

  • Par Z/S