Les Oranais continuent de se mobiliser pour leur patrimoine: Foule à la Casbah

dans Actualités/Arts & Culture

Suite à l’appel de l’Association Bel Horizon et des signataires de la Déclaration d’Oran, une visite de la Casbah d’Oran a eu lieu samedi 20 janvier 2018. La visite, menée par les membres de Bel Horizon, avec le concours d’agents de l’Office de Gestion et d’Exploitation des Biens Culturels Classés (OGBEC) a été décidée suite à la lettre ouverte adressée au Ministre de la Culture et le Wali d’Oran, concernant le sort réservé au quartier de Sidi el Houari, le centre historique de la ville d’Oran, notamment depuis la dernière opération de relogement de 500 familles.

La lettre en question, publiée également sur le site Aavaz.Org (https://secure.avaaz.org/fr/petition/Le_Ministre_de_la_culture_et_le_Wali_dOran_Lettre_ouverte_a_Monsieur_le_Ministre_de_la_culture_et_a_Monsieur_le_wali_) a connu un grand retentissement puisqu’elle a recueilli de nombreuses signatures.

Concrètement, la visite a démarré quelques minutes avant 10 heures du matin, à partir de la place du 1er Novembre (ex-d’armes), pour prendre les escaliers qui descendent du théâtre vers l’ex-rue des Jardins, où une première halte a été observée à hauteur du mur de soutènement qui a été érigé après l’effondrement d’une partie de cette voie, en 2011.

Durant cette halte, Kouider Metaïr, président de Bel Horizon, a fait part de la proposition de l’association pour qu’il y ait, à partir de cet endroit, une jonction, sous forme de paliers, avec le boulevard Stalingrad.

Le cortège, fort de plus de 300 personnes, s’est ensuite rendu près du Tambour San José, cette tour où se rejoignent des kilomètres de tunnels, qui faisaient partie du système défensif de la ville, durant son occupation par les Espagnols (1509 – 1792).

Après une prise de parole centrée sur la nécessité de la mise en valeur de ces souterrains, les participants ont franchi ce qui reste de la porte de Tlemcen. Un militant associatif a pris la parole pour une première présentation de la Casbah, première forteresse, érigée dès la fondation de Wahran, en 902 et a invité les participants à le suivre jusqu’au niveau de la Porte d’Espagne : une seconde intérieure érigée tant pour défendre la ville que pour impressionner les visiteurs.

En effet, cette porte expose un monumental écusson reprenant les armoiries de l’empire catholique d’Espagne. A ce niveau, Kouider a donné quelques éléments sur la science héraldique, détaillant les différents quartiers du blason.

Après avoir traversé une grande partie de la Casbah, des membres de Bel Horizon ont évoqué l’importance du lancement de fouilles archéologiques. L’on saura que le site de la Casbah, noyau originel de la ville, a connu beaucoup de tourments, beaucoup de batailles, beaucoup d’occupations.

Depuis son évacuation par les squatteurs, réalisée en 2007, avec le relogement des nombreuses familles qui s’y abritaient, l’association ne cesse de demander, puisque le site demeure inhabité, le lancement de fouilles archéologiques. «Oran, dans sa chronologie, souffre d’une page blanche. Depuis sa fondation en 902, jusqu’à l’arrivée des Espagnols en 1509, on ne dispose que de témoignages ou d’écrits d’historiographes et d’historiens. Rares sont les pièces archéologiques datant de cette période. Des fouilles sur le site de la Casbah peuvent révéler des trésors et permettre à mieux écrire cette page blanche qui s’étend sur 6 siècles».

Kouider Metair, un des signataires de la lettre ouverte, précise que, lors de la réunion de la Commission Nationale de l’UNESCO, dont Bel Horizon est membre, la revendication a enfin trouvé un aboutissement. La direction du patrimoine du ministère de la Culture a retenu la proposition et la direction générale de recherche du ministère de l’Enseignement supérieur, a décidé de financer cette opération.

Le cortège s’est ensuite déplacé sur la partie la plus haute de la Casbah où des explications sur le système défensif ont été communiquées aux participants. Plusieurs groupes se sont formés sur les lieux et des débats ont eu lieu.

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Djillali Tahraoui harangue la foule du haut de la tour mérinide de la Campana.

Djilali Tahraoui, architecte et animateur de l’équipe ayant porté le projet de plan de sauvegarde de Sidi el Houari a, du haut de la tour de la Campana, pris la parole pour rappeler les différentes péripéties de cette longue aventure, des divers problèmes rencontrés et de la nécessité de continuer la mobilisation pour faire aboutir cette revendication.

Rappelons que la décision de donner un statut de secteur sauvegardé a été prise en 2015. Depuis, rien n’a bougé ! Pire, alors qu’aucune opération ne doit être entamée, avant l’établissement du PPSMVSS (Plan Permanent de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Secteur Sauvegardé) sauf cas de force majeure, nous avons assisté à plusieurs opérations de démolitions, les dernières ayant eu lieu juste après le relogement des 500 familles.

La désignation d’un bureau d’études et la réservation d’un budget pour l’établissement du PPSMVSS qui attend depuis maintenant 2 ans. «Le cahier des charges a été élaboré et adopté au niveau de la Direction de la culture, mais faut-il le souligner, ceci a pris un temps anormalement long (2 ans et demi) au lieu habituellement de 3 à 6 mois, et dont la conséquence immédiate a été le gel du budget qui lui a été affectée.

La revendication portée est le lancement de l’étude du PPSMVSS, le bureau d’études ayant été déjà choisi par la Direction de la culture. En réaffectant de nouveau un budget, il est possible d’initier rapidement une étude, qui faut-il encore rappeler est une obligation réglementaire. Durant l’étude, il n’est pas dit que tout est «sursis à statuer», des mesures d’urgence peuvent également être menées en accord toujours avec le bureau d’études, qui pourra également, avec le maître d’ouvrage, coordonner les interventions multiples de l’Opgi, de la Duc, de la Seor etc.», ajoute Kouider Metaïr.

Les orateurs ont insisté sur la continuité de la mobilisation pour sauver ce qui reste de Sidi el Houari. «Il faut poursuivre l’opération de signature de la lettre ouverte qui porte sur cinq revendications, à savoir, l’arrêt des démolitions et la composition d’une commission ouverte aux compétences pour statuer sur l’état des immeubles et assurer un gardiennage pour éviter le pillage des matériaux, l’affectation ou la réaffectation d’autres chapitres d’un budget pour le lancement immédiat de l’étude du PPSMVSS, l’accompagnement des propriétaires qui veulent rester à Sidi el Houari (assistance, organisation et aide pour réhabiliter leurs immeubles), l’ouverture d’un chantier de fouilles archéologiques à la Casbah et le renforcement en moyens humains du maître d’ouvrage en charge du secteur sauvegardé qu’est la Direction de la culture, qui ne dispose actuellement d’aucun architecte ni urbaniste. Ce n’est pas seulement l’affaire de Bel Horizon ou du seul mouvement associatif, c’est tous les citoyens qui sont concernés par cette revendication»…

C’est à midi passé que les participants ont pris le chemin du retour : une balade sur les rues de la Vieille Casbah, la Rue du Vieux Château, les Boulevard des frères Guerrab (ex-Oudinot) et Khedim (ex-Stalingrad), Place Boudali Hasni (ex-Kléber) la promenade Ibn Badis (Ex-de Létang), qui a abouti sur la rampe du Commandant Farradj (ex-Vallès)…

  • Par Mokhtar el Hadi