Une randonnée pour préserver le patrimoine.

dans Actualités/Culture

Attendue depuis une quinzaine de jours, la randonnée voulue par le wali d’Oran sur le modèle de celle de l’association Bel–horizon a bien finie par avoir lieu ce samedi 21 juillet2018. L’événement n’est pas anodin,car monsieur Cherifi, actuel wali d’Oran a réussi à mobiliser, en un clin d’œil l’ensemble des élus locaux et nationaux de la wilaya autour du patrimoine oranais. La mobilisation a même touché une frange de la société civile et une classe politique qui a toujours montré une certaine désapprobation vis-à-vis de la randonnée du 1er mai.

C’est là un fait que Bel–Horizon marque d’une pierre blanche. Désormais, les élus, qui ont longtemps fermé les yeux sur l’état du patrimoine oranais, ne pourront plus jamais dire nous ignorons cela. Pour les jeunes de l’association, monsieur Cherifi force l’admiration, parce que de tous les walis qui l’ont précédé et promis de faire un bout de chemin lors de la randonnée annuelle du 1er mai, il est le premier à avoir fait le pas et payé de sa personne sur les pentes abruptes du Murdjajo .«M. Cherifi et les officiels qui l’ont accompagné ont cassé un tabou tenace et mis fin à une manipulation éhonté et hypocrite de certains cercles», nous dira un membre fondateur de l’association et grand militant du patrimoine.

Prévue à partir de 9 heures du matin, pour éviter un tant soit peu, le pic de chaleur de la mi-journée, le départ effectif prendra finalement une bonne heure de retard.  Le retard sera d’autant plus important que le wali devait visiter une espèce de kermesse qui n’avait vraiment pas besoin d’être là ou du moins qui pouvait être organisée à un tout autre moment.

Il faut dire que dès 8 heures du matin, un impressionnant service de sécurité s’était déployé sur et autour des lieux. Pas moins d’une vingtaine de véhicules des services de sécurité, tous corps confondus, auxquels se sont joints les services de secours et l’omniprésente logistique municipale, avec ses balayeurs et autres hommes de mains.

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Le Wali d’Oran accompagné par le président de l’association Bel-Horizon, Metair Kouider et le 1er responsable de L’Ogebc, Massinissa Ourabah.

Un joli brouhaha a régné sur la plus ancienne place publique de la ville avant que le cortège, guidé par le premier responsable de l’Office de Gestion des Biens Culturels de la wilaya d’Oran, Massinissa Ourabah, ne s’ébranle vers le cœur du quartier historique.Empruntant un circuit un peu alambiqué, laissant de côté la très symbolique Porte de Canastel et la Rampe de Madrid. Il faut aussi dire qu’il s’agit d’une aubaine qui risque de ne pas se renouveler et les organisateurs du circuit ont choisi de mettre les bouchées doubles en montrant un maximum de choses aux responsables de la wilaya d’Oran.

Le cas de l’église Saint Louis fait l’objet d’un grand intérêt de la part des pouvoir publics. Toutefois sa restauration est très problématique suite aux nouvelles données établies il y a un mois environ par des experts, avec une nouvelle technique sophistiquée et ce grâce à la sollicitude de Bel–horizon.

Selon le président de l’association, «il s’agit là d’une première au niveau local et les conclusions de cette étude seront présentées publiquement et incessamment par les jeunes architectes de l’association, puis mises à la disposition des pouvoirs publics.»

Il est pour le moins étrange que le premier département concerné par ce patrimoine, en l’occurrence la Direction de la culture de la wilaya d’Oran soit totalement absente durant cet événement très particulier.

Il faut dire aussi que cela n’a rien d’étrange, car il y a bien longtemps que ses services se consacrent essentiellement et prioritairement à l’événementiel algérois d’Oran.

La ballade patrimoniale du wali se fera durant la première partie de la randonnée à travers les rues du quartier avant de rejoindre la route de Bab El Hamra.

Des rues et des routes vidées de la circulation automobile. C’est là une très ancienne revendication de Bel-Horizon qui a toujours espéré faire du 1er mai une journée sans voitures. Malgré les nombreuses promesses des précédents walis et jusqu’aux ministres, elle n’a jamais abouti.

Il faut dire qu’à l’exception du wali, la plupart des officiels sont venus avec des souliers de ville, ce qui n ‘était pas très pratique pour les sentiers rocailleux du Murdjajo.

C’est justement à partir de Bab el Hamra que les choses sérieuses commencent avec le “Sentier de Chèvres” qu’il fallait emprunter pour rejoindre le Fort Saint Grégoire. Ce fort a été ravagé durant la période coloniale, suite à l’explosion de sa poudrière et n’a jamais été reconstruit.

Ce n’est donc pas vraiment un monument historique mais un magnifique site, où l’on peut admirer les paysages grandioses des baies de Mers-el Kebir et d’Oran ainsi que le majestueux Murdjajo.

La visite du Saint Grégoire constitue donc la première escale du paysage culturel et naturel que constitue le Murdjajo récipiendaire du prix Elena Mercouri décerné par l’UNESCO en 2001.

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La pause au lieu dit “Le Fer à Cheval”.

Il faut dire qu’emprunter les sentiers rocailleux et très escarpés pour escalader le Murdjajo alors que la température ressentie se situait au-dessus de 30° n’est pas une sinécure et nécessite une sacrée dose de courage.

La traversée du cœur de ce massif forestier s’est faite en l’absence de la Conservation des forêts. Ce qui a permis aux responsables “d’apprécier” l’état des lieux et notamment la présence de décharges sauvages et des tonnes de détritus éparpillées sur les pentes boisées des ravines.

C’est donc fourbus mais fiers et apparemment heureux d’avoir surmonter l’épreuve que les premiers responsables de la wilaya d’Oran sont arrivés à la station du Fer à cheval. Assis à même le sol, sous l’ombre d’un magnifique pin séculaire, ils prendront le temps de retrouver leur souffle et de faire quelques déclarations.

Le P/APW, qui malgré le poids de l’âge et les séquelles de la maladie, a fait courageusement tout le parcours en première ligne. Il dira avec une grande sincérité et un brin de culpabilité «découvrir tout cela pour la première fois».

Il est vrai qu’à Bel horizon, on sait depuis longtemps que “l’on ne naît pas oranais mais qu’on le devient” juste par amour pour cette ville qui a tant à donner. Lors de cette pose non protocolaire le wali  dira que «la sauvegarde du patrimoine est l’affaire de tous les pouvoirs locaux, la société civile et les représentants locaux dans les deux chambres nationales».

Il est vrai  qu’aujourd’hui c’est aux députés et aux sénateurs oranais, toutes tendances confondues, de faire du lobbying pour débloquer la situation et plus particulièrement la modique somme demandée par le bureau d’étude  pour relancer le plan de sauvegarde du périmètre sauvegardé. Qui, faut-il le rappeler, est bloqué au niveau du ministère de la Culture sans aucune raison sinon celle des puissances influentes qui veulent faire d’Oran une ville sans histoire.

Un blocage qui pénalise le développement d’une bonne partie de la ville, écorche son image et envenime inutilement les rapports entre l’administration et la société civile oranaise.

La dernière étape fut plus protocolaire. A partir du Fer à cheval le cortège, avec à sa tête le wali et le P/APW s’est dirigé vers le Fort de Santa-Cruz ou il fut offert une petite collation aux participants.

Kouider Mettair profitera de l’occasion pour donner quelques explications sur les interventions de Bel horizon au niveau du château. Il rappellera qu’il fut le 1er siège officiel de l’association au début de l’aventure qui dure depuis maintenant 18 ans.

Ce fut aussi l’occasion pour l’association de remettre au wali et au P/APW les célèbres polos orange floqué du sigle et du symbole de l’association. Enfin il y a lieu de souligner que la présence premier magistrat de la ville fut à peine perceptible et juste… symbolique.

  • Par Samir Slama