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Des vérités sur le système éducatif et d’enseignement algérien : Quelle voie pour les réformes ?

dans Contributions

Peu de gens sont fiers de ce que propose l’école algérienne, et dans la foulée, l’université ne reçoit plus d’éloges. Du coup, école et université sont mal logées. Le système éducatif algérien n’a rien de national et d’identitaire. Il a été, et il sera, s’il continue dans cette voie, une pâle copie du système éducatif français.

 

Une pâle copie du système éducatif français

Benghebrit, à elle seule, divise l’opinion publique: certains individus la considèrent comme une véritable réformatrice et une battante qui lutte contre les idées obscurantistes. Par contre, beaucoup de gens ne voient en elle que la marionnette dont les ficelles sont tirées par les occidentaux et partisans de la laïcité.

Le système éducatif algérien n’a rien de national et d’identitaire. Il a été, et il sera, s’il continue dans cette voie, une pâle copie du système éducatif français. Copier un système ne veut guère dire que nous nous ouvrons au progrès et au modernisme. Il faut avouer, aujourd’hui, que nous avons copié le mauvais système. Cet aveu ne sera entendu que si nous nous intéressons à ce qui se passe autour de nous. Là, nous avons deux vérités, devant nous.

La première vérité concerne notre système éducatif

 

Le système éducatif et d’enseignement français est l’un des plus faibles dans le monde. C’est un système voué, tout le temps, à des échecs et donc à des réformes périodiques. Ce système n’est pas corrigé, contrairement à ce que disent certains médias. A titre d’exemple, au niveau de la lecture, qui constitue la base du système scolaire, la France est un pays à la traîne. L’enseignement des mathématiques, qui constituait une fierté pour les français, est un échec pédagogique cuisant.

C’est ce modèle en plein échec, que le ministère de l’éducation nationale, ministre et cadres, dont la grande majorité est versée dans la recherche universitaire, veut «importer» et pas seulement copier, comme il a fait jusqu’ici.

Noria Benghebrit et «ses étudiants» ne donnent pas l’impression de se concerter sur un projet réel pour la société algérienne à travers son école, son éducation et son enseignement. Ils donnent l’air d’appliquer, à la lettre, une réflexion déjà faite et une vision théorique dont  l’application n’est pas planifiée. Entre ce que le ministère pense être bon pour les chérubins et la réalité algérienne, il y a une différence de taille. Importer pour appliquer est grave. Tout cela veut dire que le ministère, mené par ses cadres chercheurs, est incapable de réfléchir et de penser à un modèle purement algérien. Nos chercheurs dans l’éducation sont d’excellents théoriciens, peut-être, mais au niveau de l’application, ils sont loin d’être à la hauteur. Benghebrit et son équipe ont prouvé leur incapacité à créer, à innover et surtout à écouter. Il était important et opportun de se poser une question fondamentale avant de s’aventurer: est-il possible de greffer un système éducatif et d’enseignement importé, dans un corps étranger?

J’ai été souvent sollicité à intégrer des équipes pluridisciplinaires de différentes nationalités et donc multiculturelles. Je me suis toujours retrouvé dans le volet pédagogique, qui constitue souvent un maillon important pour l’ensemble du processus. Pédagogiquement, les français avaient toujours du retard à rattraper par rapport aux autres. Cela explique pourquoi les modèles d’autres pays ont toujours séduit les français qui donnent l’impression générale de ne pas maîtriser l’aspect pédagogique. De nombreux collègues m’affirment tous les jours cette réalité que beaucoup d’algériens ignorent. Je ne peux pas apporter un stéréotype, mais nous devons nous comporter avec prudence chaque fois que les entreprises de consulting françaises proposent un service. Je ne me permets pas de parler de tous les techniciens de l’Hexagone, car il existe toujours d’excellents éléments qui prouvent leur supériorité et leadership dans la technicité et la conduite des projets. Cependant la réalité montre que le système éducatif et d’enseignement français n’est guère performant. Pourquoi l’avoir importé, partiellement ou totalement?

La deuxième vérité concerne la famille algérienne

La famille algérienne et, par voie de conséquence, la société algérienne, ont leurs propres caractéristiques. Elles ont surtout, une histoire et un patrimoine; une identité donc. L’école est, à la base, le nœud du changement vers le futur. Pour rendre l’éducation et l’enseignement plus performants, il est légitime de se poser les questions suivantes: quels rôles nous voulons attribuer à notre école? Quelles représentations nous avons de notre société future? Ces deux questions, et bien d’autres, permettent de concevoir une école authentique, nationale et surtout progressiste.

Ces questions n’ont jamais été «sérieusement» posées par les ministres qui se sont succédé aux destinées de l’éducation et de l’enseignement dans notre pays. Elles n’ont jamais constitué les problématiques «sérieuses et de base» lors des rencontres, colloques et séminaires nationaux. Des cadres du ministère, des syndicalistes et des parents d’élèves ont pensé pour les autres et à leur place, «les autres» étant constitués des principaux concernés: les élèves et les enseignants. Cependant, aucun inspecteur n’a le droit de parler à la place des enseignants car l’enseignant n’est pas un exécutant. C’est lui qui produit et transmet le savoir.

On recrute des enseignants en leur faisant croire que c’est un cadeau que leur offre l’Etat. Sans bagages pédagogiques, l’instituteur est placé au milieu de ses élèves. Il va ramer pendant une longue période sans pouvoir faire la différence entre la séquence pédagogique et l’unité pédagogique.

Quant à l’élève, il n’a jamais été au centre des préoccupations. Le petit sujet citoyen se retrouve délaissé, tiraillé entre l’information inculquée et l’image souhaitée. En Algérie, pédagogiquement, à l’école ou ailleurs, on n’a jamais placé l’apprenant au centre de la transmission du savoir.

Peut-on éduquer à une compétence?

Pour qu’un système éducatif et d’enseignement puisse réussir, il est appelé à s’orienter selon deux directions:

  • Il doit être national, c’est-à-dire qu’il doit être ancré dans les ressources nationales, socioculturelles, historiques et patrimoniales.
  • Il doit préparer l’avenir de la société et le futur des organisations.

Ainsi, le ministère, aidé par l’Etat, doit non seulement être soucieux des moyens à mettre en œuvre, mais impliqué à décliner l’image future et les finalités en un ensemble de plans réels et opérationnels. Il est important de concevoir qu’une séquence pédagogique revient à bien percevoir les finalités globales de l’enseignement et de l’éducation.

Prenons l’exemple suivant pour illustrer le présent: les gens parlent de plus en plus, de l’approche pédagogique par les compétences, mais ils se demandent tout le temps est-ce que nos enseignants le comprennent? Et comment ils font réellement pour la concrétiser? A vrai dire, peu d’enseignants comprennent réellement ce concept et cette approche.

Les sciences humaines ont prouvé que toute pensée est sujette à des critiques. C’est à partir de cette constatation que nous devons réfléchir ensemble, d’une manière ou d’une autre, à la meilleure façon de transmettre les compétences selon leurs trois dimensions du savoir, du savoir- faire et du Savoir-être. Nous pensons qu’il est plus adéquat de dire que nous devons penser à stimuler et à encourager les petits d’hommes, puis à leur apprendre à créer, développer et utiliser leurs propres compétences: connaissances, aptitudes, habiletés et attitudes.

Nous devons penser ensemble à l’identification des valeurs et des compétences à transmettre. Or, nous n’avons pas encore élaboré un référentiel de compétences pour les métiers de l’enseignement et de l’éducation. Cette tâche doit être une priorité. Si, par hasard, il y a des gens qui ont pu contribuer à son élaboration, ce référentiel doit être transmis et élargi aux premiers concernés.

  • Par Ali HASSANI

  • Consultant, Facilitateur

 

 

Une randonnée pour préserver le patrimoine.

dans Actualités/Culture

Attendue depuis une quinzaine de jours, la randonnée voulue par le wali d’Oran sur le modèle de celle de l’association Bel–horizon a bien finie par avoir lieu ce samedi 21 juillet2018. L’événement n’est pas anodin,car monsieur Cherifi, actuel wali d’Oran a réussi à mobiliser, en un clin d’œil l’ensemble des élus locaux et nationaux de la wilaya autour du patrimoine oranais. La mobilisation a même touché une frange de la société civile et une classe politique qui a toujours montré une certaine désapprobation vis-à-vis de la randonnée du 1er mai.

C’est là un fait que Bel–Horizon marque d’une pierre blanche. Désormais, les élus, qui ont longtemps fermé les yeux sur l’état du patrimoine oranais, ne pourront plus jamais dire nous ignorons cela. Pour les jeunes de l’association, monsieur Cherifi force l’admiration, parce que de tous les walis qui l’ont précédé et promis de faire un bout de chemin lors de la randonnée annuelle du 1er mai, il est le premier à avoir fait le pas et payé de sa personne sur les pentes abruptes du Murdjajo .«M. Cherifi et les officiels qui l’ont accompagné ont cassé un tabou tenace et mis fin à une manipulation éhonté et hypocrite de certains cercles», nous dira un membre fondateur de l’association et grand militant du patrimoine.

Prévue à partir de 9 heures du matin, pour éviter un tant soit peu, le pic de chaleur de la mi-journée, le départ effectif prendra finalement une bonne heure de retard.  Le retard sera d’autant plus important que le wali devait visiter une espèce de kermesse qui n’avait vraiment pas besoin d’être là ou du moins qui pouvait être organisée à un tout autre moment.

Il faut dire que dès 8 heures du matin, un impressionnant service de sécurité s’était déployé sur et autour des lieux. Pas moins d’une vingtaine de véhicules des services de sécurité, tous corps confondus, auxquels se sont joints les services de secours et l’omniprésente logistique municipale, avec ses balayeurs et autres hommes de mains.

Le Wali d’Oran accompagné par le président de l’association Bel-Horizon, Metair Kouider et le 1er responsable de L’Ogebc, Massinissa Ourabah.

Un joli brouhaha a régné sur la plus ancienne place publique de la ville avant que le cortège, guidé par le premier responsable de l’Office de Gestion des Biens Culturels de la wilaya d’Oran, Massinissa Ourabah, ne s’ébranle vers le cœur du quartier historique.Empruntant un circuit un peu alambiqué, laissant de côté la très symbolique Porte de Canastel et la Rampe de Madrid. Il faut aussi dire qu’il s’agit d’une aubaine qui risque de ne pas se renouveler et les organisateurs du circuit ont choisi de mettre les bouchées doubles en montrant un maximum de choses aux responsables de la wilaya d’Oran.

Le cas de l’église Saint Louis fait l’objet d’un grand intérêt de la part des pouvoir publics. Toutefois sa restauration est très problématique suite aux nouvelles données établies il y a un mois environ par des experts, avec une nouvelle technique sophistiquée et ce grâce à la sollicitude de Bel–horizon.

Selon le président de l’association, «il s’agit là d’une première au niveau local et les conclusions de cette étude seront présentées publiquement et incessamment par les jeunes architectes de l’association, puis mises à la disposition des pouvoirs publics.»

Il est pour le moins étrange que le premier département concerné par ce patrimoine, en l’occurrence la Direction de la culture de la wilaya d’Oran soit totalement absente durant cet événement très particulier.

Il faut dire aussi que cela n’a rien d’étrange, car il y a bien longtemps que ses services se consacrent essentiellement et prioritairement à l’événementiel algérois d’Oran.

La ballade patrimoniale du wali se fera durant la première partie de la randonnée à travers les rues du quartier avant de rejoindre la route de Bab El Hamra.

Des rues et des routes vidées de la circulation automobile. C’est là une très ancienne revendication de Bel-Horizon qui a toujours espéré faire du 1er mai une journée sans voitures. Malgré les nombreuses promesses des précédents walis et jusqu’aux ministres, elle n’a jamais abouti.

Il faut dire qu’à l’exception du wali, la plupart des officiels sont venus avec des souliers de ville, ce qui n ‘était pas très pratique pour les sentiers rocailleux du Murdjajo.

C’est justement à partir de Bab el Hamra que les choses sérieuses commencent avec le “Sentier de Chèvres” qu’il fallait emprunter pour rejoindre le Fort Saint Grégoire. Ce fort a été ravagé durant la période coloniale, suite à l’explosion de sa poudrière et n’a jamais été reconstruit.

Ce n’est donc pas vraiment un monument historique mais un magnifique site, où l’on peut admirer les paysages grandioses des baies de Mers-el Kebir et d’Oran ainsi que le majestueux Murdjajo.

La visite du Saint Grégoire constitue donc la première escale du paysage culturel et naturel que constitue le Murdjajo récipiendaire du prix Elena Mercouri décerné par l’UNESCO en 2001.

La pause au lieu dit “Le Fer à Cheval”.

Il faut dire qu’emprunter les sentiers rocailleux et très escarpés pour escalader le Murdjajo alors que la température ressentie se situait au-dessus de 30° n’est pas une sinécure et nécessite une sacrée dose de courage.

La traversée du cœur de ce massif forestier s’est faite en l’absence de la Conservation des forêts. Ce qui a permis aux responsables “d’apprécier” l’état des lieux et notamment la présence de décharges sauvages et des tonnes de détritus éparpillées sur les pentes boisées des ravines.

C’est donc fourbus mais fiers et apparemment heureux d’avoir surmonter l’épreuve que les premiers responsables de la wilaya d’Oran sont arrivés à la station du Fer à cheval. Assis à même le sol, sous l’ombre d’un magnifique pin séculaire, ils prendront le temps de retrouver leur souffle et de faire quelques déclarations.

Le P/APW, qui malgré le poids de l’âge et les séquelles de la maladie, a fait courageusement tout le parcours en première ligne. Il dira avec une grande sincérité et un brin de culpabilité «découvrir tout cela pour la première fois».

Il est vrai qu’à Bel horizon, on sait depuis longtemps que “l’on ne naît pas oranais mais qu’on le devient” juste par amour pour cette ville qui a tant à donner. Lors de cette pose non protocolaire le wali  dira que «la sauvegarde du patrimoine est l’affaire de tous les pouvoirs locaux, la société civile et les représentants locaux dans les deux chambres nationales».

Il est vrai  qu’aujourd’hui c’est aux députés et aux sénateurs oranais, toutes tendances confondues, de faire du lobbying pour débloquer la situation et plus particulièrement la modique somme demandée par le bureau d’étude  pour relancer le plan de sauvegarde du périmètre sauvegardé. Qui, faut-il le rappeler, est bloqué au niveau du ministère de la Culture sans aucune raison sinon celle des puissances influentes qui veulent faire d’Oran une ville sans histoire.

Un blocage qui pénalise le développement d’une bonne partie de la ville, écorche son image et envenime inutilement les rapports entre l’administration et la société civile oranaise.

La dernière étape fut plus protocolaire. A partir du Fer à cheval le cortège, avec à sa tête le wali et le P/APW s’est dirigé vers le Fort de Santa-Cruz ou il fut offert une petite collation aux participants.

Kouider Mettair profitera de l’occasion pour donner quelques explications sur les interventions de Bel horizon au niveau du château. Il rappellera qu’il fut le 1er siège officiel de l’association au début de l’aventure qui dure depuis maintenant 18 ans.

Ce fut aussi l’occasion pour l’association de remettre au wali et au P/APW les célèbres polos orange floqué du sigle et du symbole de l’association. Enfin il y a lieu de souligner que la présence premier magistrat de la ville fut à peine perceptible et juste… symbolique.

  • Par Samir Slama

Sidi El Houari revient au devant de la scène : Le projet des tours de l’Agence Foncière met le feu au poudre

dans Actualités/Arts & Culture

La question de sauvegarde du patrimoine de la ville d’Oran, à commencer par le quartier Sidi El Haouari, devient une préoccupation des architectes, des associatifs et des universitaires. C’est ce qui ressort de la rencontre tenue avant-hier au siège du CLOA (Conseil Local de l’Ordre des Architectes) sanctionnée par une conférence de presse.

En effet, cette profession semble inscrire la sauvegarde du patrimoine dans l’agenda de ses préoccupations. A cette rencontre ont pris part le premier responsable de l’association Bel Horizon, le responsable de l’Association Architecture et Culture et l’Association des Enseignants de l’Architecture.

Les deux premières associations sont l’auteur de l’opposition au projet d’érection des tours au niveau de la Calère qu’envisage l’Agence Foncière d’Oran.

D’ailleurs c’est cette énième transgression des lois de la République concernant la protection du patrimoine, par un établissement public de surcroît, qui a motivé la concertation des acteurs militants pour la préservation du patrimoine.

Le gel de l’étude concernant le Plan de sauvegarde de Sidi El Haouari est la raison de tous les dépassements que se permettent les établissements publics à l’endroit du patrimoine. Voilà une idée forte dégagée et débattue lors de cette rencontre.

Pourtant le wali d’Oran, dans une précédente rencontre avec les acteurs mobilisés pour la sauvegarde de Sid El Houari avait promis le dégel de cette étude, notamment l’enveloppe financière de 1.56 milliards de cts qui lui a été consacrée par les pouvoirs publics. Les participants ont surtout noté la passivité et l’absence de la Direction de la Culture, dont relève la gestion de ce dossier.

En clair, il a été répété que le premier responsable de ce département, toujours en déplacement à Alger parce que bénéficiant de la couverture du ministre Azzedine Mihoubi à qui il assure la musique de ses pièces de théâtres, ne prête aucun intérêt à ce dossier jugé stratégique par les plus hautes autorités du pays.

Lors des débats, Karim El Ghazi, membre du CLOA, dans une réponse à un journaliste, a rappelé les textes de lois offrant la possibilité aux architectes la saisine de la Justice en cas de transgression des lois protégeant le patrimoine.

Pour dire que les participants de cette rencontre se réclament de la légalité et souscrivent totalement aux lois de la République.

Mieux, Kouider Metayer, président de Bel Horizon a expliqué que partout dans le monde la question du patrimoine est consensuelle.

Autrement dit, les participants refusent le fait accompli, tel que l’Agence Foncière d’Oran envisage d’y recourir. L’absence de réponse à la démarche initiée à l’adresse du wali pour souligner ce fait accompli inquiète les participants qui restent ouverts au dialogue mais qui se déclarent décidés de ne pas baisser les bras.

D’ailleurs, Djilali Tahraoui, directeur de la revue Madinati, a synthétisé à la fin de la réunion les revendications des participants : le dégel du Plan de sauvegarde de Sidi El Haouari, l’arrêt des travaux engagés ou envisagés, la participation des enseignants architectes et des militants du patrimoine et des spécialistes à toute prise de décision concernant le patrimoine et enfin la dotation de la Direction de la Culture en compétences humaines pour lui permettre d’assumer correctement son rôle.

Cette rencontre sera suivie, selon ses organisateurs, par d’autres en l’élargissant à d’autres acteurs. Ce qui augure que la préservation de Sidi El Houari entre autres, longtemps fond de commerce pour certains, devient de plus en plus préoccupation d’une élite.

  • Par Z/S

Un énième projet de forêt à Oran: L’écologie, tendance ou…alibi

dans Actualités

Un  groupe de citoyens oranais, dénommé «un jour, un déchet», qui active dans l’hygiène publique, a décidé de lancer un projet d’envergure, qui consiste à élargir la célèbre et très controversée forêt de Canastel, en plantant 10.000 caroubiers dans son prolongement du coté Est de la forêt existante, étant donné que tous les autres cotés à forte valeur ajoutée  sont déjà largement privatisés. Cette plantation de 10.000 caroubiers représente environ un peu plus de cinquante hectares, sur des terrains nécessairement marginaux et donc difficiles.

C’est, nous semble-t-il un peu trop gros pour un simple groupe de bénévoles du week-end, sans grande ampleur, sans gros moyens et, surtout, sans grande expérience !

Dans son appel audio, lancé sur la toile, vendredi dernier, le principal animateur de ce groupe fait du pied au wali d’Oran, qu’il étiquette “d’écolo” au passage, au service des forêts de la wilaya d’Oran, à madame la Secrétaire d’Etat à l’environnement enfin et, accessoirement, aux citoyens d’Oran, à qui il demande de procéder à une large diffusion de son appel.

Pourtant lui-même annonce qu’il s’agit là de l’esquisse d’un vague projet. Ce qui veut dire que rien n’est encore décidé et qu’il y a de fortes chances pour que le projet en question n’aboutisse point. Mais il pourrait énormément  tromper !

Peu connaisseur, notre ami annonce un projet dont il ignore, non seulement, le contenu et le volume, mais également et encore plus, l’histoire de la ville, qu’il déclare aimer. Notre docteur, en principe pondéré et réfléchi, avance de nombreuses contre-vérités sur le sujet.

Ainsi et par exemple, il énonce que toutes les forêts d’Oran seraient naturelles, ce qui est, bien entendu, totalement faux. Il n’existe à Oran qu’une seule forêt naturelle, en l’occurrence celle de M’Sila. Tout le reste est artificiel, particulièrement les principales forêts urbaines de Ras el Ain et de Canastel, qui sont, par ailleurs, programmées pour une destruction à plus ou moins court terme.

Ce qui explique, entre autres, la volonté des pouvoirs publics et la feuille de route de Monsieur le Wali qui, dès son installation, a montré sa volonté de reboiser massivement la grande périphérie de la ville.

Pourquoi et comment les pouvoirs publics ont-ils trouvé la volonté et les moyens de boiser 7.500 ha de forêt, alors que pour le projet de Ras el Ain, qui représente à peine une centaine d’hectares, le premier responsable de la wilaya a eu cette formule : «A l’impossible, nul n’est tenu !» ? Ce qui équivaut en réalité à une condamnation sans appel d’un projet de reforestation  d’un site pourtant classé et reconnu, au niveau international, en tant que patrimoine naturel et culturel.

Mais, laissons de coté, pour l’instant, les politiques forestières et les projets immobiliers de nos décideurs et revenons aux contrevérités, probablement soufflées à notre tout nouveau leader écologiste, qui n’hésite pas à faire appel à la fibre patriotique et se positionne déjà en donneur de leçons, à l’instar de ses aînés.

Ainsi et selon lui, les Oranais n’auraient pas contribué à la création de forêts après 1962 et devraient  donc doubler d’efforts et soutenir son projet, qui a tout l’air d’un projet public, porté par une pseudo société civile de service.

Cette contre-vérité est non seulement  fausse mais surtout insultante pour les milliers d’Oranais qui, dès l’indépendance et jusque dans les années 70, ont parcouru, durant leurs journées de repos, des kilomètres à pieds, pour aller planter des milliers d’arbres au lieu-dit Coca-Cola, sur le plateau de Bel Horizon, sur les versants de la Montagne des Lions ou dans la continuité de la forêt de Canastel.

Ce discours, indéniablement tricoté dans les habituels laboratoires, discrédite l’histoire locale, tant décriée auparavant. Malgré les immenses sacrifices de sa population, Oran a toujours été étiquetée, par le passé, de tir-au-flanc de la Révolution. Il n’est donc pas étrange qu’elle soit, encore une fois, étiquetée de tir-au-flanc des efforts de développement patriotiques consentis par tout les Algériens après l’indépendance. Cette  stratégie de culpabilisation d’une société ne peut avoir pour objectif que de mieux faire passer les stratégies de détournement et de dilapidation des biens publics.

Dans un passé récent, notre médecin écologiste avait initié plusieurs opérations de reboisement et de nettoyage dans «sa» forêt fétiche. Ce qui, à notre avis, donnait un peu de caractère à cette pinède sans attraits, malgré tous les investissements et la publicité consentis.

Pourquoi et comment expliquer ce changement opéré par notre écologiste, qui détourne ainsi l’attention de la forêt de Canastel et envisage, d’ores et déjà, l’après-Canastel ? Un après qui, d’ailleurs, s’inscrit aussi bien dans l’espace que dans le temps. Le projet de 10.000 caroubiers serait certainement fabuleux et mériterait que tous les citoyens d’Oran s’impliquent et y participent matériellement, physiquement et moralement, mais à la condition que ce projet s’inscrive au cœur de la cité,  qui ne manque pas de friche, et non dans sa périphérie, où il servira surtout d’alibi dans la stratégie de déforestation du cœur urbain.

  • Par S. Slama

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