Rencontre associative sur la « médiation culturelle, citoyenneté et patrimoine »: L’art contribue à la fabrication du citoyen

dans Actualités/Vie associative
  • Par Mohamed Rafik

Samedi 16 janvier s’est tenue, à partir de 14 h 30, dans les locaux de l’association Le Petit Lecteur, une rencontre autour du thème «Médiation culturelle, citoyenneté et patrimoine». Cette manifestation, portée par les associations Le Petit Lecteur, Femmes Algériennes Revendiquant leurs Droits et Bel Horizon fait partie des activités organisées dans le cadre du projet «Plateforme citoyenne», soutenu par le PCPA Jossour.

Le débat, modéré par Kouider Metair, Président de Bel Horizon, et animé par Gilles Suzanne (Enseignant chercheur à l’Université Aix en Provence de Marseille) et Abderrahmane Kessous (Membre de l’association Casa-Mémoire et de l’Ordre des Architectes de Casablanca), a réuni une cinquantaine de participants, en majorité des jeunes.

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Intervention de Gilles Suzanne

Questionnements

Gilles Suzanne a abordé la thématique «Médiation et citoyenneté» en insistant sur la nature polysémique du terme de médiation. Avec force exemples, son intervention fut un questionnement de ces deux notions dans un monde qui bouge, qui se mondialise…

Ainsi, la notion de médiation est-elle apparue en France essentiellement après la seconde guerre mondiale. Dans ce contexte, les espaces culturels étaient vides et la nécessité d’aller vers les populations, en proposant des activités, est apparue.

Cependant se pose la question de pérennisation de la démarche et sa demande de reconnaissance. «Les finances accordées à la médiation sont très faibles».

Un autre questionnement apparaît : que gagne la population dans une production culturelle ? L’art contribue à la fabrication du citoyen.

Cependant des problèmes se posent : Qui décide et que choisir ? C’est toute la limite de la démarche entre un « nous » et un « eux », entre les profanes et les experts.

La démarche ne considère-t-elle pas le citoyen comme quelqu’un qui ne sait pas ? Outre la confusion entre connaissance et sensibilité, la démarche ne fait-elle pas apparaître un citoyen déficitaire ?

La question du patrimoine a également eu sa part de questionnement. «Le patrimoine est vu par le haut, il demeure le dernier domaine à se démocratiser». Cependant apparaît une autre démarche, axée sur les mémoires.

Ce travail sur les mémoires que nombre d’associations, notamment à Marseille, portent donne une autre idée de la citoyenneté et valorise, dans l’histoire, ce qui fait différence.

Un esprit critique envers les valeurs communes s’affirme et l’histoire est remise en cause. «Des formes d’expertise non institutionnelle naissent. Les populations décident de ce qui fait patrimoine pour elles et l’expertise est partagée»…

metair
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Kouider Metair, président de l’association Bel Horizons (à gauche) présentant les intervenants, Abderrahmane Kessou de casamémoire (au milieu) et Gilles Suzanne.

« Casamémoire » et la sauvegarde du patrimoine

Abderrahmane Kessou a, pour sa part, axé son intervention sur «Citoyenneté et patrimoine», en illustrant son propos par les actions entreprises par l’association « Casamémoire » pour la sauvegarde du patrimoine à Casablanca.

Il cite l’exemple du travail réalisé conjointement avec l’entreprise du tramway de Casablanca. «Toutes les stations du tramway disposent d’un panneau portant des informations sur ce qui fait patrimoine à proximité».

L’association a également ouvert une université populaire du patrimoine qui dispense un ensemble de savoirs aux citoyens.

L’intervenant a insisté sur la question de la mémoire des quartiers et l’implication des citoyens dans la sauvegarde du patrimoine.

Les journées du patrimoine ont également fait l’objet d’une longue et patiente action de Casamémoire.

«Notre démarche a été balisée dès le départ. Ainsi avons-nous décidé de commencer petit. Au départ, les journées du patrimoine se déroulaient sur une demi-journée. Actuellement, lors de la 7ème édition, elles s’étendent sur quatre jours, portées par 200 bénévoles.

Nous avons décidé que lors de ces journées, ce sont les citoyens qui jouent le rôle de guides. Nous avons également opté pour que Casamémoire soit coorganisateur de ces journées et que les démembrements de l’État s’impliquent dans les activités. Il s’agit pour nous d’impliquer tout le monde».

Les journées patrimoniales constituent pour le citoyen l’occasion de visiter des lieux qui ne lui sont pas ouverts le reste de l’année. «Nombre de citoyens investissent le bureau du wali et s’y photographient. Certains cèdent aux jeux de rôles dans l’enceinte de la cour de justice». Ces journées offrent également l’opportunité d’animations nocturnes et de l’intégration de spectacles de rue.

L’association Casamémoire a porté le projet de restauration des anciens abattoirs de Casablanca. Désaffectés, ces bâtiments allaient être détruits. L’association les a réhabilités, les transformant en espaces culturels.

Le dernier projet auquel s’attache l’association est le classement de toute la ville de Casablanca au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Un riche débat a suivi ces deux interventions et la séance ne fut levée qu’après 17h