Sidi El Houari face aux prédateurs «hausmanisés» : Ou l’ilotisme d’un architecte docteur en urbanisme

dans Actualités/Patrimoine
  • Par Affani Mokhtar

Après quelques temps d’accalmie, voila que l’effervescent architecte-docteur en urbanisme et maître de conférences au département d’architecture d’Oran, Benkoula Sidi Mohamed, se rappelle à notre souvenir, en commettant, cette fois-ci, et dans son habituel style ampoulé, une tribune dans les ô combien hospitalières colonnes du Quotidien d’Oran. Cette tribune, publiée le 22 novembre 2016, concerne les résultats d’un atelier (Atelier Sidi el Houari, Oran-Strasbourg), qu’il «a fait réaliser», et quelques autres digressions pas si innocentes que ça.

L’on peut d’ailleurs se demander, au vu du mince espace consacré à l’atelier par rapport à l’étendue de son texte, si l’objet de l’article, n’est pas réellement centré sur ces digressions, une série de dénigrements contre les citoyens qui tentent de défendre le patrimoine et quelques règlements de compte qui n’osent pas dire leur nom.

En effet et au lieu de nous faire part des résultats de l’atelier en question, notre docteur se contente de déplorer que «malgré l’effet audacieux des propositions des groupes d’étudiants mixtes, les présentations ne sont pas allées au-delà du caractère passéiste du nom de la revue Madinati». C’est quand même et pour le moins bizarre que le coresponsable d’un atelier constate l’échec de sa propre œuvre et s’amuse à en remontrer aux autres !

Mais revenons à ces fameuses digressions, ces contre-vérités, aigreurs, règlements de comptes et autres subterfuges.

Au titre des contre-vérités : Sidi El Houari un secteur classé ?

Le sieur en question écrit : «Une des grandes défaillances du classement de février 2015, c’est qu’il n’a pas permis l’émergence d’une politique du patrimoine locale, voire même l’affirmation d’un véritable outil de sauvegarde, par lequel on saurait quelles sont les poches qui nécessitent des interventions urgentes, et celles qui peuvent attendre».

Précisons tout d’abord à cette sommité que le décret exécutif n° 15-13 du 22 janvier 2015, portant création et délimitation du secteur sauvegardé de la vieille ville de Sidi El Houari, n’est  pas tout simplement  un… classement.

Ainsi, notre clairvoyant docteur en urbanisme commet une «confusion» digne d’un profane en urbanisme. Pour un enseignant… Bon.

En second lieu, informons notre spécialiste en urbanisme que le décret en lui-même ne règle rien mais que, dans son sillage, la loi de protection du patrimoine 98/04 a prévu un outil et préconise l’élaboration d’un Plan Permanent de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Secteur Sauvegardé (PPSMVSS), plan qui doit être conçu par un bureau d’études d’architectes. Cette démarche, connue par tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, au patrimoine et à l’urbanisme, est entreprise actuellement à la Casbah d’Alger et prochainement à la Souika de Constantine.

Au titre de l’aigreur  et des règlements de compte : La revue Madinati et la «communauté pseudo intellectuelle»

 

Dans sa diatribe, cette lumière de l’urbanisme oranais ne peut s’empêcher de céder à son péché mignon : tirer sur tout ce qui bouge. C’est ainsi qu’il écrit «Sid El-Houari est un secteur dont le potentiel est fabuleux. Seulement il est mis entre les mains d’une communauté pseudo intellectuelle qui manque de vision et ne sait pas quoi en faire».

Nous y voila ! Pour attaquer certains de ses collègues enseignants, ce monsieur fait, encore une fois et comme à son habitude, dans l’ignorance et la contre-vérité. Faut-il relever que, dès la promulgation du décret exécutif, le secteur sauvegardé de Sidi el Houari est mis entièrement entre les mains de…l’administration ? En effet, l’article 8 de ce texte stipule : «L’établissement du PPSMVSS est prescrit par délibération de l’assemblée populaire de la wilaya (APW) concernée à la demande du wali sur saisine du ministre chargé de la culture ». Un docteur en urbanisme peut-il ignorer à ce point tout cela ? Et pour mieux éclairer sa lanterne, précisons-lui au passage que le PPSMVSS n’est en aucun cas une simple opération de «lifting».

Mais revenons au plus important et que notre docteur ne relève pas. Si le lancement du PPSMVSS est actuellement bloqué, c’est du fait du Ministère de la Culture, l’APW et la Direction de la culture jouant au «wait and see». *

La principale action des Pouvoirs Publics se résume actuellement en des opérations de relogements, suivies de démolitions de grande ampleur, le tout visant une dévitalisation du site.

Signalons par ailleurs qu’aucune opération de restauration, digne de ce nom, n’y a été entamée depuis l’indépendance! Mais il est tellement plus facile, plus commode d’attaquer l’indéfinie et inoffensive «communauté pseudo intellectuelle» que de s’exposer aux foudres de l’Administration.

Outre l’anonyme «communauté pseudo intellectuelle», notre agité docteur ne peut s’empêcher, toute honte bue et dans un argumentaire fortement biaisé, de s’attaquer à la revue «Madinati», en entretenant sciemment une confusion entre le terme de médina (vieille ville) et la traduction en arabe du mot ville (madina).

Et par un tour de passe-passe dont il a l’habitude, il nous parle de Médina à Oran pour, tout de suite après, réfuter son existence.

Mais qui a parlé de Médina à Oran ? Personne, sauf notre docteur en urbanisme, qui veut réduire un «Centre historique vivant» à une médina… qui n’existe plus.

Pour donner plus de crédibilité à son impudique argumentaire et dédouaner les Pouvoirs Publics et les prédateurs du foncier, ce représentant de la «communauté réellement intellectuelle» recourt à des idées et des phrases décontextualisées d’architectes respectables comme Larbi Merhoum, Si Larbi Hamid, en guise de feuilles de vigne, afin de tromper ceux et celles qui le lisent encore.

Au titre de la démarche : une escroquerie méthodologique

Dès l’entame de son texte, notre docteur fait part du triangle «ville, urbanisme et patrimoine», annonçant qu’il est plus important de réfléchir sur les deux premiers. Grand bien lui fasse !

Cependant, il ne peut s’empêcher de consacrer la quasi-totalité de sa tribune à étriller le patrimoine et ses défenseurs. A ce propos, il nous fait miroiter trois voies : Celle des tenants de la défense du patrimoine, celle de la démolition et… la sienne (nous y reviendrons un peu plus loin).

Présenté comme tel, le lecteur aurait pu s’attendre à une critique des deux premières voies. Or, dans la tribune, cet estimé intellectuel critique violemment «l’idéologie de la sauvegarde», assimilant ses tenants à des… nazis (rien que ça !).

Pour discréditer la démarche de ceux qui s’échinent à préserver le patrimoine, il recourt à quelques supposés témoignages, à la supposée intervention d’un sociologue et, comme nous l’avons vu, au caractère supposé passéiste de la revue Madinati.

Par contre, il ne souffle mot contre les aficionados de la démolition. Et pour cause !

Dans la conclusion de son article, notre docteur nous propose, comme solution à la problématique de Sidi El Houari, la méthode Haussmann. Mais qui parle de méthode Haussmann de nos jours ?  Seulement notre lumineux docteur et quelques prédateurs du foncier.

Haussmann et l’ouverture des grandes voies, ça veut tout simplement dire raser Sidi el Houari, c’est la politique de la «tabula rasa», comme le préconisait d’ailleurs le précédent Wali, Boudiaf, pour le quartier du Derb et la Scaléra, qu’il a fini par raser juste avant son départ à Alger comme ministre.

Et voilà qu’ainsi notre docteur en urbanisme nous refile en sous-main et déguisée sous l’expression de troisième voie, «l’idéologie de la démolition».

A titre de curiosité et d’échanges, peut-être fallait-il que notre penseur prenne la peine de demander aux Strasbourgeois, partenaires dans l’atelier qu’il a co-réalisé, comment, en évitant la «méthode Haussmann», ils ont su préserver et valoriser un splendide centre historique qui fait toute la beauté et l’identité de leur ville ?

Pour en finir avec cette escroquerie ampoulée et ces inutiles fantaisies conceptuelles et autre posture figée de la modernité, disons que cet architecte, docteur en urbanisme, oppose son titre, ses connaissances livresques et son narcissisme grotesque à son manque de maîtrise des problématiques urbaines et patrimoniales de la ville d’Oran.

Ce qui ne l’empêche pas, après avoir défendu bec et ongles, dans de précédents écrits, la préservation du patrimoine, de tourner comme une girouette et de prôner la destruction «haussmanisée» de Sidi El Houari.

Il est vrai que chez certains, la probité intellectuelle ne résiste pas face aux souffles sonnants et trébuchants d’une mise au service des prédateurs et des rafales des puissants du moment. Dommage pour lui et ses semblables !

Au titre des omissions  volontaires : la récupération d’une opération

L’atelier avec les étudiants de Strasbourg, dont le sieur se dit le parrain, entre en fait  dans le cadre de la construction du jumelage Oran / Strasbourg et c’est l’APC d’Oran qui a pris l’initiative d’impliquer l’USTO, en se basant sur le succès d’un précédent atelier avec l’école d’architecture de Bordeaux et l’USTO, dans le cadre du projet «Archimedes», réalisé en 2008.

En outre, même s’il prétend en être le coresponsable, l’atelier a en fait, vu la défaillance de notre docteur, été dirigé par un autre collègue qui n’est autre que l’initiateur de la revue «Madinati». Ce qui, à notre avis, explique la réaction de ce monsieur à la rancune tenace face aux résultats du dit atelier, qu’il faut faire connaitre, car pouvant être utile à la réflexion.

En guise de conclusion

Pour autant, la nécessité d’un débat réel et d’un compromis intelligent entre l’inévitable  modernisation de la ville et la sauvegarde du patrimoine reste à promouvoir, loin de pareils intérêts sordides. Il est vrai que vouloir tout sauver est irréaliste, que le périmètre de délimitation du secteur sauvegardé peut, un jour, être adapté s’il le faut, que certaines démolitions d’ilots entiers sont nécessaires, mais la modernisation ne veut pas dire dévitaliser le site, et prôner la politique du bulldozer afin d’ériger des machins «Dubaïsés», comme le montrent certaines velléités en ce moment. Et c’est l’Etat qui doit être le régulateur, sur la base des dispositions de la loi de protection du patrimoine 98/04.

 

 

 

 

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