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La vielle ville ou la déconstruction historique d’Oran.

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La Calère, de la forêt urbaine au complexe touristique 

L’affaire de la destruction du vieux quartier de Sidi Houari n’arrête pas de soulever de trop nombreuses interrogations. Pour rappel, la déconstruction du quartier historique a bel et bien commencée en 1984 avec la célèbre Scaléra. A l’origine de cette première destruction  l’écroulement de quelques maisons  mal construites et adossées les unes aux autres. L’idée de construire un complexe touristique ouvert sur le port émergera à cette époque. Mais le projet capotera parce que l’étude du sol diagnostiquera une faille sur toute la longueur du site.  Il refera  surface en 2000 et sera catégoriquement rejetée par le président de la République en personne lors de son périple oranais.

Presque 20 ans après, voila donc que ce projet refait surface. Coïncidence du calendrier ou rappel à l’ordre, il réapparaît quelques jours seulement après que le nouveau wali,  après avis de la société civile, est retenu un projet de végétalisation du site. Selon des sources bien au fait de la situation «Il ne s’agirait  pas  d’une erreur de la part du premier responsable de la wilaya bien au contraire. Le changement de cap serait due à l’intervention  des promoteurs du projet qui n’ont jamais désespéré de voir leur projet aboutir et ont jugés opportun d’actionner leur relais haut placés aux seins des pouvoirs publics

L’idée d’un complexe touristique n’est pas mauvaise en soit, elle serait même la bienvenue. Ce complexe pourrait créer une nouvelle dynamique dans cette partie de la ville. Par contre cette étude ne peut pas être agréée alors qu’il n’existe aucun cahier de prescription conformément à la réglementation en vigueur puisque le plan de sauvegarde a été bloqué sur une décision politique et que le POS, s’il existe, est de fait caduc puisque il est antérieur au décret de création du secteur sauvegardé.

Qui est donc responsable de cette situation kafkaïenne ? Si certains lèvent les yeux vers le ciel, d’autres n’hésitent pas à indiquer… la capitale.

En 2016, à partir du site Choba dans la commune de Ziama Mansouriah, le ministre de la Culture affirmait que l’Etat est « déterminé à concrétiser les plans de sauvegarde et de mise en valeur des sites archéologiques ».

Il a par la même occasion, appelé à trouver « des alternatives » pour valoriser des pans de l’histoire du pays, tout en « libérant la voie » aux projets de développement retenus dans les différentes régions.

Aujourd’hui à Oran la voie aux projets de développement est justement coincé parce que les ronds de cuir du ministère n’ont pas trouvé de solution alternative au blocage organisé du plan de sauvegarde de Sidi El-Houari et ouvre ainsi la voie à la dévalorisation et à l’effacement de l’histoire d’Oran.

Le Murdjajo  du parc culturel et naturel  à la promotion immobilière    

       

C’est depuis les années 2000 que les appétits se sont aiguisés et que la déconstruction du quartier s’est élargie pour prendre une autre dimension. L’exemple de Sidi Yahia, le quartier chic de la capitale est, depuis cette époque, cité en exemple urbain à reproduire pour la nomenklatura.

Le projet de foresterie, qui a été dés le départ une superbe fumisterie,  n’a jamais fait  l’objet d’un début de concrétisation  fut-elle théorique. Les déblais issus de la démolition ne furent jamais traités, à bon escient d’ailleurs, car l’apparition d’une végétation naturelle aurait dérangée les projets des lobbys de l’immobilier et les affairistes des administrations locales.

Ce projet est aujourd’hui officiellement considéré comme une idée saugrenue et une fable irréalisable, «nul n’est tenu à l’impossible» dit-on en haut lieu, cela se peut bien. Mais s’agit-il vraiment de quelque chose « d’impossible » ?

Il y a 166 ans aujourd’hui cette montagne pelée fut, par la volonté d’un homme, transformée en un parc naturel et culturel. Ce fabuleux patrimoine, nous a été légué par la France coloniale n’en déplaise au bien pensant.

Classé en tant que parc national avec une surface de 688 ha en décembre 1925 et lauréat du prix Elena Mercouri décerné par l’UNESCO en 2001, le parc du Murdjajo est aujourd’hui en voie de destruction, de fait par des hors-la-loi en col blanc puisqu’il n’existe, dans le droit algérien, aucun texte qui le permette.

Aujourd’hui, alors que dans toutes les villes monde la course contre le réchauffement climatique est mesurée à l’aune des surfaces boisées crées, le parc des Planteurs est quand à lui, abandonné au profit du très puissant lobby de la promotion immobilière…. bien entendu de luxe.

L’histoire occultée d’une ville millénaire  

En 2015, les pouvoirs publics ont entrepris le délogement des squatteurs de la Casbah. Cette opération engendra un enthousiasme sans précédent pour cette vielle citadelle que les oranais avaient hâte de découvrir. L’intérêt pour cette citadelle provient du fait qu’il constitue l’un des rares sites qui rattache les oranais actuels à leurs ancêtres  arabo-berbères fondateurs de la ville.

L’histoire des premiers siècles de la citée  sont peu et mal connus, sinon à travers les écrits de quelques chroniqueurs  tel que El-IdrissiLéon l’Africain ou encore Ibn Khaldoun. C’est donc le sous sol de cette citadelle qui fut peu remaniée,  que l’on peu retrouver des éléments probant de cette histoire vielle de quelques 5 siècles.

Cette prospection archéologique n’est pas un caprice d’amoureux du patrimoine, elle est la pierre angulaire de la politique préconisée par les pouvoirs publics et relève de la responsabilité du ministre de la culture qui souligne dans le préambule de son document de référence intitulé Schéma directeur des zones archéologiques et historiques : «Toute approche qui prône la négation du territoire comme lieu de mémoire et d’histoire, en le réduisant à un simple support d’implantation et de distribution de vestiges archéologiques, ne peut mener que vers une lecture esthétique et romantique de la richesse historique. »

Aujourd’hui, faute de fouilles et d’un véritable travail d’archéologie, de nombreuses sollicitations de la société civile adressées à qui de droit au temple ministériel sont restées sans réponses.

Pourquoi cette négation de l’histoire islamique d’Oran que l’on étiquette d’Espagnol ou des plus française des villes algériennes alors qu’elle est l’une des rares villes du Sud de la Méditerranée à être  fondée par les Omeyades d’Espagne ?

Pourquoi vouloir à tout prix l’éloigner de la mer alors qu’elle lui doit sa fondation ?

A ces questions, il n’y a pas de réponses et il ne faut surtout pas compter sur les ronds de cuir du ministère de la culture pour y répondent, eux qui ne viennent dans cette ville de province que pour des visites festives et protocolaires.

Sidi El-Houari, un site classé et déconstruit.

Depuis 2003 chaque année ou presque, apporte son lot de destruction de la mémoire de la ville. Les coups les plus meurtriers seront apportés à partir de 2014 par un wali qui sera bien entendu promu ministre. En 2015, le décret érigeant Sidi el Houari en «secteur sauvegardé» est promulgué.

Paradoxalement il ne sauvegardera pas la ville basse, bien au contraire, il accélère sa démolition. Les donneurs d’ordres tapis dans l’ombre confient le sale boulot aux bulldozers de la municipalité ou leurs hommes de main sont aux commandes ou très proches.

Comment pourrait on expliquer que les îlots ciblés ne sont ni les plus dégradés, ni les plus utiles aux réaménagements du quartier mais juste les mieux … situés.

Le plus intrigant n’est peut être pas la volonté des puissants lobbys locaux et nationaux qui ont pris dans leurs serres crochues la destruction de toute cette partie de la ville. Mais bel et bien le silence complice de la tutelle.

Quelques heures seulement  après l’incident condamnable d’Ain el Fouara à Sétif, le ministre de la culture décrète le branle bas de combat et mobilise homme et moyens pour venir au chevet de la vielle dame.

Dans un communiqué officiel il annonce avoir pris attache avec le wali et arrêté les mesures nécessaires pour réparer l’outrage.  Cela bien entendu  n’est pas le cas d’Oran ou les ronds de cuir du ministère préfèrent regarder ailleurs lorsqu’un pan de l’histoire d’une ville vielle de plus de 12 siècles est foulé par des bulldozers.

Et c’est par la grâce d’un délit d’initié que des opérations de destruction tout à fait illégales seront orchestrées par des officiels pour le moins cynique et sous le prétexte très fallacieux de la sécurité publique.

Ces opérations de destruction massive furent engagées juste avant que des pouvoirs publics paniqués ne décrètent le gel de vrais projets en laissant la bride sur le cou aux projets de complaisance.

Aujourd’hui, la coupe est pleine et les nombreux résidents qui subissent le diktat de sous-fifres locaux qui leur rendent la vie difficile en coupant l’électricité et en s’abstenant de collecter les ordures ménagères pour les obliger à partir, sollicitent un plan de sauvegarde du secteur qui leur permettraient de voir plus clair.

Un plan qui permettra au quartier de trouver une nouvelle dynamique et une revitalisation du site que tout les amoureux du patrimoine espèrent de tout cœur.

  • Par S Slama

 

 

 

Impressionnante marche des résidents à Oran : Pari réussi

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Ils étaient cinq mille selon certains, huit mille selon d’autres. Les organisateurs, c’est-à-dire le CAMRA (Comité Autonome des Médecins Résidents Algériens) avance le chiffre de douze mille. Ils étaient nombreux, décidés et disciplinés. Ils sont venus d’Alger, de Constantine, de Batna, d’Annaba, de Saida, de Sidi Bel Abbés, de Tlemcen et d’Oran. C’est sans conteste la plus imposante marche qu’a connu Oran cette dernière décade.

La veille de la marche, des délégations sont arrivées soit par train soit par d’autres moyens de transport. La veille, selon nos sources, ils ont réglé les détails de la marche : le parcours, les mots d’ordre, le service d’ordre et la désignation des portes paroles.

A Oran, il fallait à tout prix relever le défi, parce que la marche a un caractère national. Et par conséquent, elle devait confirmer le succès des autres marches qui ont eu lieu un peu partout suite à la bastonnade des résidents à l’hôpital Mustapha d’Alger.

Après des tractations avec les services de police, le cortège, composé de plusieurs carrés, a pris le chemin menant du CHU d’Oran au Pont Zabana, en traversant le Boulevard Ahmed Abderrezak. Le service d’ordre a fait preuve d’efficacité et de souplesse. Ce qui a évité tout débordement ou incident. Le dispositif sécuritaire déployé était impressionnant mais correct.

Tout laissait deviner que des instructions fermes ont été données par la DGSN et qu’il fallait surtout ne pas rééditer l’effusion de sang enregistrée à Alger presque une semaine auparavant.

De leur côté, les marcheurs, se sont tenus à des mots d’ordre arrêtés à l’avance, dénués de tout arrière pensée politique. «Dignité, Solidarité» ont clamé les résidents. «Nous voulons d’avantage de moyens pour servir le patient». Les couleurs nationales étaient présentes lors de cette marche, longue de quelques kilomètres, histoire de marquer l’attachement des résidents à leur pays. D’ailleurs, autour de la statue de Zabana, sur le pont qui porte le même nom, l’hymne national a été entonné par des milliers de gorge.

L’intervention musclée de la police à l’Hôpital Mustapha, condamnée par certaines formations politiques et par les syndicats des différents corps de la santé, était présente dans l’esprit. Par pancartes portant des photos de certains médecins ensanglantés. Par des slogans où on a clamé haut et fort «nous n’avons pas peur».

Et par la déclaration du président régional du Conseil de l’ordre qui n’a pas hésité à employer le terme de mercredi noir. D’ailleurs, certains professeurs ont absolument à se rendre visibles lors du rassemblement dans l’enceinte du CHU Oran, avant le coup d’envoi de la marche.

A Oran, les résidents ont relevé le défi. Celui de se constituer en front uni pour faire aboutir leur revendication. Mais surtout en démontrant que les jeunes algériens sont en mesure d’exprimer leur revendication par le biais d’une manifestation sans sombrer dans le désordre. A l’instar des autres jeunes du monde. Un argument que le pouvoir ne peut plus avancer pour expliquer sa propension à fermer les champs de l’expression.

  • Par Ziad Salah

Exposition photo «Laissés pour conte» ou la déshumanisation globale.

Actualités/Arts & Culture

Organisée sur les chapeaux de roues par la sympathique galerie d’art Civ.Oeil, l’exposition de l’artiste Faynour (Fayçal Anseur) n’en fut pas moins un succès certain. Fayçal,  à qui une vie ne suffit pas, est journaliste de métier  depuis bientôt 20 ans et vit à Paris.  Pour sortir du carcan des rédactions et  s’exprimer un peu plus librement,  il fondera «Algérie Focus», qui fut l’un des tous premiers journaux en ligne du pays. En parallèle, il mène une expérience de vidéaste qui dure depuis une quinzaine année maintenant. Paradoxalement c’est Paris, la ville lumière  la plus excitante d’Europe qui fera de Fayçal un mordu de l’écologie.

 

Il entreprend alors une formation en permaculture qui le rapproche de la nature au point ou en 2014 il  saute le pas et se fait formateur en permaculture. «Pour être plus persuasif et mieux faire passer le message écolo» nous dira-t-il. Touche à tout de talent, Fayçal  nous revient cette année en photographe …, «de talent» ,  au dire des professionnels les plus exigeants de la place oranaise.

D’ailleurs son travail fait d’ores et déjà l’objet d’un âpre débat  au sein du groupe des jeunes photographes en formation depuis  1 an au sein de l’association Bel- Horizon.  Il faut dire que les 26 photos en noir et blanc, présentées dans un format moyen de 30 x 45cm, à la galerie CivŒil sont captivantes.

Fayçal a choisi de travailler en noir et blanc pour justement faire ressortir l’expression et la  richesse des portraits. Mais aussi  pour mettre en avant l’intemporalité des photos, parce que «le conte» c’est-à-dire l’Histoire des personnes que l’objectif a capturé n’est pas finie.

Le thème même de l’exposition constitue à lui seul tout un programme.  «Laissés pour conte». C’est l’histoire de personnes exclues et laissées au bord des caniveaux à Paris, Rome, Barcelone, Lisbonne et Oran. Des villes désormais régentées par le système ravageur de l’ultra libéralisme imposé par de puissantes oligarchies.

En choisissant Oran pour cette première exposition Fayçal a d’abord voulu honorer  sa ville natale  mais aussi parce qu’elle fut la ville du déclic. En mai dernier  à l’occasion de la grande ballade organisée par l’association belle Horizon, Fayçal a rencontré deux visages d’abord, Hichem «beau comme le printemps» et Mohamed «ce petit africain» parti du fin fond de son Afrique natale à la recherche d’un utopique humanisme. Un «humanisme» que l’on perçoit très bien dans les rapports qu’entretiennent certains sujets avec leurs animaux de compagnies. Des animaux tenus en laisse et qui semblent être là pour éviter à leurs compagnons de sombrer dans… l’inhumain.

Cette exposition qui inaugure la nouvelle année, fut  un défi pour la galerie d’art «CivŒil», comme l’a souligné le commissaire de l’exposition le sympathique Tewfik Ali Chaouch. Elle nous a permis de découvrir un travail d’une grande sensibilité réalisé par un artiste authentique et très engagé dans le combat contre  le caractère profondément individualiste de l’idéologie moderniste, qui plait tant à nos oligarchies et nous fait fortement peur.

Fayçal n’a pas caché sa joie et a été agréablement surpris par l’engouement de ses concitoyens pour son travail. Bien entendu comme d’habitude les pouvoirs publics et les élus, qui n’ont aucun penchant pour la culture, ont encore une fois brillé par leur absence. Ce qui ne sera certainement pas le cas à Paris où cette exposition voyageuse sera présentée au courant de l’année 2018. Bravo Fayçal. Merci Civ Œil. Défi relevé.

  • Par Samir Slama

 

La Galerie Civ Œil accueille Fayçal Anseur : A tous « les laissés pour contes »

Actualités/Arts & Culture

De ses voyages, notre ami et confrère Fayçal Anseur est revenu avec une série de photos. Il a décidé d’accorder la primauté à Oran -sur Paris (rien que ça)- pour son exposition intitulée «Les laissés pour conte».

L’exposition englobe des clichés pris à Oran, Rome, Paris, Barcelone et Lisbonne. Des personnages pris sur le tas au hasard dans des coins de ruelles ou sur des boulevards. Des personnages qui n’ont aucune espèce de chance  de figurer sur les catalogues et prospectus de la pub faisant l’apologie des sociétés capitalistes de consommation.

Même pour le non averti, l’expo de Fayçal se donne et se laisse à lire. Parce que sa thématique était arrêtée au préalable. Un fil permet à l’œil de passer d’une planche à une autre, avec le risque d’oublier l’espace ou le cadre de la photo.

Vingt six photos sélectionnées, en noir et blanc, composent cette exposition. Chaque personnage de ces photos renferme peut être derrière lui une histoire, peut être une idylle, avant de finir sur un trottoir.

Fayçal ne s’en cache pas. Il essaye de nous livrer l’autre visage, souvent volontairement évacué, de la mondialisation.  De passage à Oran pour une semaine, Fayçal cherche à partager avec nous son propre constat.

Le vernissage de cette exposition aura lieu ce mercredi 3 Janvier à  dix sept heures à la Galerie Civ Œil au centre ville.

  • Par Z.S

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