Les arbres se meurent à Oran : L’héritage « hilalien » en mode de gestion

dans Environnement
  • Par S. SLAMA

Il y a quelques années, plus précisément en 2011, à l’occasion d’un travail d’inventaire des arbres remarquables de la ville d’Oran, une équipe de bénévoles de l’association Bel Horizon, encadrée par un paysagiste avait entreprit, en sus de l’inventaire des arbres remarquables de la ville, un état des lieux exhaustif sur les arbres plantés le long des rues dans la ville. Le constat est cinglant et alarmant à la fois. Le paysagiste et l’association avait alors tenté d’alerter sur la situation de l’arbre urbain.  

Au lendemain de la visite du maire, les agents de la municipalité ont sévit  si les arbres morts ont été arrachés les vivants ne sont pas mieux entretenus une branche vivante de plus de 40 cm de diamètre a été coupée sans raison apparente
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Au lendemain de la visite du maire, les agents de la municipalité ont sévit. Si les arbres morts ont été arrachés, les vivants ne sont pas mieux entretenus. Une branche vivante de plus de 40 cm de diamètre a été coupé sans raison apparente

L’appel s’adressait tant aux pouvoirs publics qu’à la société civile. Ceci par le concours de nombreux écrits journalistiques et quelques émissions de radio et des volontariats. Quelques mois plus tard, à l’occasion de la journée de l’arbre, le maire de l’époque, fraichement désigné par ses pairs, après «un coup d’état scientifique», se dira « intéressé ».

Durant les deux années que durera son mandat, il sera aux abonnés absents. Il ne sera d’ailleurs plus question d’arbres à Oran mais juste de palmiers. Le pire est que le système de gestion de la trame arboré existante sera reconduit par les services municipaux, il est d’ailleurs toujours de rigueur. Et l’on se demande donc, à quoi servent les abonnements sur la « toile » et les voyages organisés payés par les contribuables.

Un arbre mort sur une allée du jardin municipal
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Un arbre mort sur une allée du jardin municipal

Les élagages drastiques pour gérer l’arbre urbain

Dans son rapport, le paysagiste avait souligné que le système de gestion, basé uniquement sur des élagages drastiques et systématiques, aboutirait dans les 5 à 10 années à venir, à une mortalité très importante des arbres d’alignement et qui fut estimé, à cette époque, dans une fourchette variant entre 40 et 60%. Conduit en plateau-rideau dés leur jeune âge, les arbres nécessitent juste des tailles de contrôle qui doivent être régulières et raisonnées.

Faute de personnel et d’un encadrement qualifié, les tailles ont été remplacées par des élagages incohérents et massifs. Sur l’arbre massacré à la scie égoïne, la nature reprend ses droits sur les contours si parfaitement sculptés sur les jeunes plants. L’arbre répond au début, par des rejets importants et désordonnés qui dans la logique du système de gestion en place nécessite encore des élagages. Puis il finit par présenter un houppier de moins en moins dense.

Les arbres finissent par présenter des silhouettes déstructurées qui n’ont plus l’impact esthétique et paysager pour lequel ils ont étés plantés. Les conséquences de ce système de gestion font, qu’aujourd’hui, la trame arborée de la ville est physiologiquement et ontologiquement vieille alors qu’elle est plutôt jeune puisque dans sa grande majorité celle-ci fut réalisée à la fin des années 40.

Cette trame ne peut supporter les tailles sévères, inadaptées et trop fréquentes qu’on lui fait subir depuis plus d’une vingtaine d’années. « Harassée », elle finit, donc, par mourir d’épuisement.

Boulevard de l’ANP un faux poivrier planté  à la fin des années 80
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Boulevard de l’ANP un faux poivrier planté à la fin des années 80

 

Quelle image pour la ville en 2021?

Aujourd’hui, alors que la ville se prépare à accueillir des milliers de visiteurs à l’occasion des Jeux Méditerranéens, le diagnostic établi en 2011 se confirme malheureusement de jour en jour. La perte en terme d’arbres d’alignement pour cette année, devrait aisément osciller autour de 20 voir 25%.

Des dizaines d’arbres adultes se meurent chaque année dans la plus totale indifférence des responsables et ce n’est certainement pas les palmiers plantés à grands frais qui pourront compenser le déficit. Il n’y a pas dans tout Oran un seul alignement sans dent creuse, c’est-à-dire sans arbre manquant, comme disent les spécialistes.

Aujourd’hui ces dizaines d’arbres, qui meurent chaque année dans les alignements existants, sont difficilement remplaçables. Certes nos concitoyens ne sont pas totalement hors du coup et dans bien des cas, ils sont aussi responsables autant que la municipalité.

Sur la célèbre avenue de Choupot, certains commerçants et même des résidents n’ont pas trouvé d’autres lieux pour vidanger leurs climatiseurs que les pieds des arbres d’alignement en l’occurrence des « ficus nitidas » et des « micocouliers« , modifiant, de la sorte, leurs milieux et les poussant vers une mort certaine. Pour cette seule année 2015, une vingtaine d’arbres dressent leurs squelettes dénudés de toute vie sur cette avenue.

Place publique à Choupot
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Place publique à Choupot

Un service public fictif

Cette situation, catastrophique pour une ville qui se respecte, aurait du attirer l’attention des services municipaux qui, comble de l’ironie, porte pompeusement le titre de «Direction de la Protection de l’Environnement». Cela n’est malheureusement pas le cas. Plus grave encore, ces arbres morts constituent un danger mortel pour les passants à l’instar du vieux faux-poivrier qui se trouve juste devant la porte du collège Fatmi Houari à en « Ville Nouvelle ».

Arbres morts à la place Kahina
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Arbres morts à la place Kahina

En plein centre ville, sur la place de la Kahina, lieu de grande affluence, des arbres séculaires se meurent. Sur le boulevard du Front de mer et à quelques centaines de mètres des bureaux du maire, un alignement complet de ficus a pratiquement disparu. Que dire donc des alignements arborés dans des rues de moindre importance? Sur l’ex-rue Joseph Oliva, les résidents ont tout simplement « bétonné » les trous de plantation et aujourd’hui les arbres se meurent tout doucement mais surement.

Avenue de Canastel
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Avenue de Canastel

A Boulanger, à Maraval, à Sananes, sur l’avenue de Canastel, à Hai Mokrani, on élague en hiver alors qu’à quelques centaines de mètres, sur le boulevard des 40 mètres, l’opération a été réalisée en été sur des arbres de la même espèce et de même âge.Preuve en est qu’il n’y a aucun programme de gestion de la trame arborée de la ville.

Mutilés par des tailleurs élagueurs, tout aussi peu formés que leurs responsables, pour le moins, incompétents. Agressés par des citoyens plus «hilalien» que citadins, les arbres d’Oran se meurent.

Et il semblerait que la situation ne risque pas de changer de sitôt, non pas par manque de moyens mais faute d’une volonté politique de protéger le patrimoine végétal de la ville comme il se doit.

Il y a quelques mois de « prétendues » associations écologiques, regroupées en « coordination » pour défendre un massif forestier (qui a d’ailleurs fini par disparaitre), se proposèrent d’établir un «statut de l’arbre urbain.»Le projet est, bien entendu, tombé à l’eau aussi vite qu’il est apparu.

Bien-être des citoyens, dernier souci

Un alignement complet meurt à petit feu dans une indifférence générale
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Un alignement complet meurt à petit feu dans une indifférence générale

Oran est une ville moderne et sa trame arborée a été élaboré sur la base du modèle défini par le Baron Haussman et le paysagiste Alphand au 19ème siècle. Ce modèle a permis de produire des espaces urbains de qualité. Qualité que bien des villes de part le monde recherchent. Confirmant ainsi la justesse de cette conception qui a fait de l’arbre un outil essentiel pour construire la ville.

Dans moins de cinq ans Oran recevra des flots de visiteurs, quelle sera donc l’image que ces derniers garderont de cette ville ?

Les études de marketing établies par les experts nous avertissent que 75% des visiteurs se souviennent plus d’une ville arborée que d’une ville minéralisée.

Bien entendu l’entretien des arbres de la ville est nécessairement budgétisé, combien coûte donc son entretien ?

Pour l’instant autant dire rien du tout.

Par contre, sa perte nous coûte cher, en matière de bien-être et surtout en matière de santé publique. Mais qui se soucie donc du bien-être ou de la santé des citoyens ?