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Considérée comme une alternative à la crise: L’agriculture urbaine pour les… »nuls »

dans Actualités/Contributions/Environnement

Il y a à peu près dix siècles, le célèbre géographe El-Idrissi, de passage à Oran décrivait les célèbres jardins de Ras el Ain. Quelques siècles plus tard, le non moins célèbre docteur Shaw renouvelait cette description et s’émerveillait alors de leurs richesses. Quelques années plus tard, quoique appartenant à une armée coloniale farouchement destructrice, le Commandant Derrien qui commence son livre par un «j’aime Oran», illustrant parfaitement par-là, la célèbre boutade «qu’on ne né pas oranais mais qu’on le devient», fait l’inventaire de ces jardins et justifie la disparition de certains d’entre eux par le nécessaire développement de la ville.

Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, ou les derniers jardins ont étés rasés, non pas pour construire la cité mais plutôt pour trépaner sa mémoire pré-coloniale, qui dérange à plus d’un titre.

Leur destruction récente est le fait d’une administration aussi inculte que bête qui pensait et continue de le faire, que l’agriculture rime avec archaïsme et a fini par faire du grenier de Rome… un désert.

Aujourd’hui par la grâce de quelques porte-plumes obséquieux, espérant glaner quelques restes tout en se faisant les portes voix de puissants lobbys et en intoxiquant l’opinion publique par le détournement des écrits de chercheurs émérites, à l’instar du docteur Amara Bekkouche, qui en 1998, publie dans la revue «Insaniyat» du CRASC, un article très recherché intitulé «Aux origine d’Oran, le ravin de Ras el Ain.»

Dans cet article, notre éminente chercheuse établit un inventaire des plans et autres programmes relatifs au ravin. Elle souligne qu’au lendemain de l’Indépendance, «Oran reconsidère la programmation de ses espaces verts. Un plan de la ville du Service de l’Urbanisme, daté le 12 juillet 1964, spécifie les états actuels et projetés des espaces verts. Le ravin de Ras el-Aïn n’y figure pas comme projet. Il se présente sous forme de zone sans désignation entre les groupes de quartiers Eugène-Etienne et les Planteurs à l’Ouest, et le camp militaire dénommé Saint-Philippe à l’Est.»

Cet extrait constitue aujourd’hui, l’argument massue que ces mêmes portes plumes, qui n’ont certainement pas lu une seule phrase de l’écrit en question, mais se plaisent à répéter ce paragraphe vraisemblablement « soufflé » par les lobbys de l’immobilier et leurs alliés de l’administration locale, qui ont fait main basse sur le patrimoine foncier de la ville.

A quel projet fait référence notre chercheuse dans cette phrase ? Bien entendu, nos gribouilleurs, connus sur la place publique pour leur tendance maladive au plagiat n’ont même pas pris la peine de s’interroger sur cela ?

Le professeur Bekkouche fait en réalité référence au premier Plan Directeur du Groupement d’Urbanisme dressé par J. Durin en 1960, à la veille de l’indépendance et qui récupère le ravin à des fins ludiques en le concevant comme un futur espace vert.

Voilà donc ce que nos pseudo-journalistes ne diront pas, tout comme ils ne diront rien de la conclusion de la chercheuse, dont nous prenons un plaisir certain à citer un petit extrait «… Il s’offre aujourd’hui comme un héritage à valoriser et un fonds d’idées à exploiter dans la perspective d’une composition urbaine qui puisse lui donner la mesure de sa particularité. Situer l’image du ravin de Ras el-Aïn au niveau d’un espace majeur, c’est lui restituer l’importance de son échelle multidimensionnelle.»

Les jardins de Ras el Ain ne sont pas une «nostalgie passéiste», mais une réalité concrète depuis 902 jusqu’ à ce jour ou, du moins, tant qu’existera encore un jardinier à l’instar de Aâmmi Ali dernier concessionnaire agricole du ravin, qui continue vaille que vaille, envers et contre tous, à perpétuer courageusement une tradition millénaire sur un bout de jardin.

L’agriculture urbaine à New York

Aujourd’hui, à l’heure du développement durable et du changement climatique, qui n’est pas une vue de l’esprit puisqu’en l’espace d’une vie oranaise (80 ans) environ, nous sommes passé d’un climat tempéré semi- aride à un climat aride et sec avec une perte de pluviométrie de quelques 183 mm et une augmentation de la température qui atteint presque 0,2°, en moins d’un siècle ainsi qu’un indice d’aridité qui passe de 11 à 18. Cette réalité climatique rend encore plus urgent l’émergence d’une conscience écologique citoyenne.

Bien entendu nos pédants et pseudos-journalistes, aveuglés par leur goût de la perversion pour ne pas dire de la prostitution s’offre toute honte bue aux lobbys prédateurs et s’offusquent de l’émergence de cette conscience citoyenne qu’ils tentent, à travers une phraséologie choisie, de ridiculiser.

La végétalisation et plus encore le retour de l’agriculture urbaine n’est pas la fierté de quelques bourgades de province qui ont des prétentions de métropole à l’instar de la pauvre Oran. Elle est, aujourd’hui, la fierté de mégapoles modernes à l’instar de New-York ou la municipalité a racheté et a mis à la disposition de ces concitoyens quelques 700 ha de terre à jardiner.

A l’instar de Pékin, futur capitale de l’empire terrien ou 60%, soit environ 15 millions de personnes se nourrissent à partir des potagers urbains.

A l’instar d’Amman, cité de la millénaire de la Jordanie, ou le sacre de la terre n’est pas un mot creux et ou les pouvoirs publics ont fait en sorte que la terre soit bancarisée Quelques 100 ha de jardins urbains greffésà l’utilisation des eaux grises permettent à la population d’Amman de réduire au moins symboliquement sa dépendance alimentaire et surtout d’être fières de la «richesse» de leur contrée et accessoirement de leurs idées et qui ne doivent rien à la rente pétrolière.

La Havane.

L’expérience cubaine est encore plus probante et certainement à méditer par nos pseudos journalistes.

La République de Cuba fut confrontée à une crise majeure lorsque le bloc soviétique s’effondra dans les années 1990-91. Du jour au lendemain, la ration cubaine passe de 3000 calories par jour à 1900.

Pour parvenir à surmonter la faim et la malnutrition, et ce sans fertilisants, herbicides, insecticides et…. sans pétrole, le gouvernement délaissa le modèle agro-industriel et entreprend une révolution véritablement «verte» à travers la mise en place d’une agriculture urbaine, entièrement biologique dès 1997. Cuba ne connaîtra ni la faim, ni de «révolution printanière» n’en déplaise à l’Oncle Sam.

En 2009, la production totale de légumes de La Havane a atteint 286 000 tonnes, alors qu’elle était de 20 000 tonnes par an en 1997. Pour la seule période allant de janvier et novembre 2010, l’agriculture urbaine cubaine produira 1,2 millions de tonnes de nourriture, soit une ration quotidienne de 300 gr environ de produit frais et biologique par habitant.

En Russie, l’agriculture urbaine concerne 65 à 80 % des urbains et la pratique de cette agriculture est située dans le «domaine de la stratégie de survie.» Que dire des modèles urbains, si cher à nos pseudo- journalistes plus adeptes des «moussalsalates» des discussions de bistros et des grandes surfaces lorsqu’ils voyagent, que d’un véritable travail de documentation encore moins d’investigation.

À Istanbul, en Turquie, une production maraîchère, installée sur des terrains publics, le long de la muraille byzantine de Constantinople, perpétue à ce jour une tradition millénaire d’approvisionnement de la ville en légumes frais.

A Valence, en Espagne, la dernière crise financière a permis de générer 80 ha de jardins urbains exploités collectivement par la population. Nos pseudo- journalistes se contentent d’être les chiens de garde d’un ordre oligarchique établi tout en ignorant volontairement et totalement ce que les peuples et les sociétés citoyennes entreprennent ailleurs, pour réduire leur dépendance à la rente afin d’à assurer leur sécurité alimentaire et garder la tête haute sans être obliger de quémander un bout de pain fut-il à leurs gouvernants.

Enfin, pour conclure, nous reprendrons ce que le docteur Bekkouche soulignait dans son article, il y a 19 ans déjà. « … A ce titre les intentions préliminaires à l’étude du Plan Directeur d’Aménagement Urbain (PDAU) d’Oran lancé en 1994, (passé sous silence par nos pseudo journalistes), annonçaient en substance que «Les règlements d’urbanisme seront conformes à l’esprit de la loi 90/29 du 1/12/90… ». Parmi les orientations données, il s’agit de considérer et développer les aspects culturels dans la démarche conceptuelle d’aménagement. L’effort annoncé d’inscrire «l’aspect historique… à partir d’une recherche documentaire et traces archéologiques ainsi que certains témoignages oraux » dans l’étude, signifiait l’idée de concrétiser ces aspects pour transgresser le niveau technique des études d’urbanisme. Mais il s’avère en définitive et notamment au niveau des débats publics, que le côté culturel n’a jamais été véritablement abordé.

A qui la faute lorsque de pseudo-journalistes, donneurs de leçon transgresses les règles élémentaire de déontologie avec la complicité des politico-technocrates locaux, voir nationaux.

  • Par Samir Slama.

 

Perte de sens attribué au vote.

dans Contributions

 Par le Pr. Mohamed Mebtoul(*)

Le taux de participation aux élections législatives estimé à  35, 25% est bien loin, à n’en pas douter, des espérances du pouvoir. Il aura pourtant pesé de tout son poids, en termes de moyens, de propagande, d’implication active et partisane de ses premiers responsables, sans oublier la forme de «mobilisation» forcée  des gens,  nous rappelant les procédés utilisés durant la période de 70 (location de bus, paiement des personnes,  pour les affichages, ou pour faire du présentéisme lors des meetings).

Il semble possible de noter la perte très importante de sens attribué au vote par une majorité d’algériens.  Il  n’est plus un acte «citoyen» – encore faut-il que le citoyen puisse être reconnu publiquement et politiquement- qui autorise le changement, mais plutôt   la reproduction à l’identique du système politique et de ses acteurs.

C’est affligeant d’observer le niveau  du discours politique qui est en total déphasage avec les attentes de la population et notamment des jeunes; d’où ce glissement des enjeux. Il ne s’agit plus en effet d’une adhésion ou non à tel ou tel parti, ou d’une croyance ou non en une idéologie donnée.

La compréhension profonde et fine de ce qu’on a pu relever auprès des gens, a une lourde signification. Elle peut être interprétée par le refus catégorique exprimé par une large majorité, de façon radicale et sans ambages, du mode de fonctionnement actuel du politique. Il a perdu de sa crédibilité par absence d’exemplarité, se traduisant par des pratiques de dévoiement, de transgression des règles éthiques les plus élémentaires, qui laissent perplexe l’observateur sur le rôle de «l’élu». Celui-ci  se confond avec le pouvoir. Le «représentant du peuple» a plus le regard orienté vers le haut de la pyramide,  où il s’agit de s’accaparer une place sociale privilégiée dans l’espace politique dominant.

A bien observer le mode de déroulement du vote dans les écoles,  il est possible d’évoquer de façon rigoureuse une forte désertion sociale des personnes, et plus particulièrement des jeunes. Les  discours de ces derniers,  mettaient l’accent sur le refus de se plier à un rituel de façon hypocrite et formelle qui ne représentait pas à leurs yeux un  enjeu susceptible de modifier leur vie quotidienne.

En questionnant celles ou ceux qui ont votés, on était en présence d’un discours rhétorique et abstrait sur le bien et la prospérité de la Nation ; d’autres personnes ont mis l’accent sur l’habitude de voter, qu’on peut interpréter comme une routine rarement accompagnée d’une conviction politique forte concernant la liste qui sera choisie.

La peur de l’administration et des papiers exigés, et notamment la carte de vote, est une motivation soulignée par certaines personnes qui sont parties voter. Il est aussi incontestable que les affinités familiales et tribales ont pesé dans le vote en l’absence précisément d’une citoyenneté forte et reconnue,  qui  aurait permis de façon sereine et apaisée un débat contradictoire et autonome entre les différents membres de l’institution familiale.

Ce qui, à l’évidence est impossible à imaginer dans une société dominée par un néo-patriarcat transversal à toutes les sphères de la vie sociale, et prégnant dans le champ politique. Celui-ci est porté encore à bout de bras par une  génération vieillissante qui n’a ni l’ethos, ni les référents politiques adaptés  à une population composée en majorité de jeunes.

Le refus de se remettre en question aboutit en réalité à la production d’un scrutin-fiction. Les images idéalisées à l’extrême, montrées à la télévision étatique, au cours du vote, accompagnées d’un discours se limitant à reproduire les injonctions venues d’en haut, étaient en rupture avec la réalité observée.

La stagnation politique n’est pas propice à l’émergence et au renforcement du militantisme politique qui semble profondément se fissurer, intégrant alors tout acte politique dans une logique mercantile, même quand il s’agit de coller des affiches qui seront ultérieurement arrachées par colère, dépit ou refus d’intérioriser la tolérance et donc la concurrence politique.

(*) Publié avec l’aimable autorisation de notre ami Mohamed Mebtoul.  

Le bilan est mitigé : La médiation, a-t-elle échoué en Algérie ?

dans Contributions
  • Par Ali HASSANI

Malgré son importance, et en l’absence d’une évaluation effective et réelle, la médiation en Algérie est un échec cuisant, compte tenu des objectifs qui lui ont été assignés et des attentes de nombreux pratiquants. Le point.

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Au début, était …Inwent

En 2008, alors que les personnes, formées par Inwent, un organisme relevant du ministère allemand de la coopération internationale, affichaient leur optimisme à voir la médiation, un mode dit alternatif pour la gestion non-violente des conflits, investir de plus en plus, le terrain, l’Etat algérien promulgue la loi relative à la création de la médiation judiciaire. Ainsi, les portes ont ouvertes pour que greffiers, avocats et magistrats postulent pour les postes et titres de médiateurs judiciaires. Personne ne pouvait imaginer qu’au lieu de constituer un départ et un souffle propulseur, cette décision a marqué le début de la fin pour la médiation en tant que mode social pour prévenir, réguler et/ou résoudre les conflits.

Dès 2002, le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, et sur proposition de partenariat avec Inwent, a ouvert les portes à ses directeurs de wilaya et cadres pour se former dans la gestion non-violente des conflits environnementaux.

Une année plus tard, en décembre 2003, le CRASC se joint à Inwent, dans un programme de coopération algéro-allemande, afin de former dans le cadre de la médiation environnementale. Plusieurs sessions de formation ont été assurées, alors que la déperdition allait atteindre des niveaux assez élevés.

Effectivement, sur presque 300 personnes formées lors des premiers ateliers d’initiation, seulement une vingtaine de participants ont pu passer par les différents filtres et atteindre la phase finale, celle de la formation de formateurs. Le groupe final a suivi 200 heures de formation étalée sur plusieurs ateliers actifs privilégiant la forme participative.

La médiation étant une discipline qui fait appel à des compétences et aptitudes diverses, la formation a été graduelle. En fait, les formateurs, de divers horizons et domaines, ont assuré des formations dans la communication interpersonnelle, la gestion des conflits et la facilitation. C’est ainsi que le groupe cible, selon sa composante, ses passions et centres d’intérêt, s’est éparpillé sur plusieurs domaines et spécialités, tout en demeurant un ensemble d’individus multiplicateurs de la culture de la gestion pacifique des conflits.

C’est ainsi qu’en plus de ceux et celles qui ont choisi la médiation comme activité principale, d’autres membres ont préféré s’orienter vers l’animation, la facilitation, ou la recherche. Plusieurs personnes ont choisi de rester au niveau d’un travail sur soi et le développement personnel. Le bilan et l’évaluation n’ont pas été faits et demeurent donc, non identifiés.

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Fatiha Ben Naoum, la pionnière

Afin de rendre à César ce qui lui appartient et faire le point sur les faits historiques qui méritent d’être cités, il y a lieu de signaler qu’au cœur de ce processus, il y avait un nom: Fatiha Ben Naoum.

Cette femme issue d’une famille originaire de Sidi Bel-Abbès, très instruite et qui avait choisi de vivre en Allemagne dès la fin des années 1970, a été la véritable plaque tournante, le cerveau penseur et la principale actrice dans l’introduction, en Algérie, de la médiation, sous sa conception moderne. Elle était au four et au moulin, en Allemagne comme en Algérie et veillait au moindre détail pour que participants, formateurs et administrateurs assuraient, chacun et chacune dans son coin, ses tâches, ses missions et son rôle.

Fatiha Ben Naoum constituait le trait d’union dans la coopération algéro-allemande. A vrai dire, elle en constituait le véritable maillon fort. La dame était -et demeure- aimée et respectée par tout le monde pour son engagement, son assiduité et son sens de l’écoute.

Pour revenir à la médiation, L’Etat algérien doit capitaliser cette expérience qui donne l’air d’être diluée et donc sans effets réels. La médiation est peut-être un label national de premier ordre.

Durant les dernières années, l’Algérie a été sollicitée pour «modérer» plusieurs conflits et le nom de Lakhdar Ibrahimi est souvent cité en premier, quand on évoque le mot «médiation».

Néanmoins, dans cette réflexion à propos de la médiation, ce processus élaboré en quatre (04) ou cinq (05) étapes ou phases, est connu en Algérie depuis très longtemps. Citée par Saint Augustin en parlant d’Apulée de Madaure, la médiation est considérée historiquement comme étant algérienne.

Signalons qu’à travers le pays, les modes traditionnels de résolution des conflits sont connus. Nous en citons la « Jama’âa » et le « Jah ». A ce titre, il faut préciser que «nos» méthodes sont en fait, des formes plus ou moins élaborées de ce qui est appelé l’Arbitrage.

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Les raisons d’un échec

A notre sens, l’origine de l’échec, en Algérie, de la médiation qui n’assure plus sa fonction sociale, se trouve dans les trois facteurs suivants :

  • L’introduction, ou plus exactement l’instauration, de la médiation judiciaire qui s’est faite par un simple «copier-coller» des textes déjà connus et existants en France. Cela s’est fait sans étude préalable du contexte algérien, dans ses volets, social et culturel. Les personnes qui ont été chargées de promulguer les textes de loi, auraient pu prendre le temps nécessaire afin d’élaborer des articles et clauses prenant en compte l’évolution de la société algérienne.
  • Le recrutement des médiateurs s’est fait d’une manière anarchique. La justice en général, et algérienne en particulier, étant avant tout, bureaucratique, pour la médiation, les décideurs ont préféré faire appel à des greffiers en préretraite, avant d’élargir le champ aux avocats et autres magistrats. Bien sûr, l’affluence était record aux premières semaines après l’ouverture des candidatures. A Oran, par exemple, près de 200 dossiers ont été déposés dès la première semaine.
  • L’absence d’une véritable campagne de sensibilisation et de vulgarisation, permettant de préparer le terrain, a été défavorable pour la comprendre du processus, le pratiquer et en escompter des résultats réels et fiables. Tout a été fait dans l’expectative et la précipitation et l’Algérie a perdu plusieurs années difficiles à rattraper.

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Réactiver la médiation

Pour mieux comprendre la médiation, il est nécessaire de signaler que ce processus est basé sur des principes et règles, lesquels constituent l’essence même de ce mode de résolution des conflits. Arrivés chez le médiateur, de leur propre gré et volonté et avec des perceptions différentes de leur conflit, les médiés ou les antagonistes sont pris en charge dans le but de trouver ensemble un consensus ou un compromis leur permettant de concevoir les solutions. Le travail du médiateur se base essentiellement sur l’identification des causes du problème, des intérêts et des besoins, la nomination des sentiments et la conception des solutions possibles. Le rôle du médiateur est souvent assimilé à celui d’une sage-femme. Il aide à la naissance de quelque chose dont il n’est pas le créateur. Mais il n’est pas, non plus, là, pour résoudre le problème.

Sachant que la médiation peut constituer pour l’avenir, une clé efficace pour lutter contre les violences et un moyen pour prévenir les conflits, son usage et fortement recommandé. Gageons qu’à l’avenir, nos décideurs devront revoir leur pâle copie de la réglementation et ouvriront grandes ouvertes, les portes à la médiation conventionnelle.

Le festival du théâtre arabe à Oran. Élitiste et «anti-populaire».

dans Contributions
  •  Par Abdelhafid Boualem*

 Le rideau est tombé sur la 9ème édition du festival du théâtre arabe qui s’est déroulé à Oran du 10 au 19 janvier. Un événement «international» qui a rendu, un tant soit peu, justice à la ville d’Oran, dont l’envergure n’a rien à envier aux grandes villes méditerranéennes. Une ville capable d’organiser de grandes manifestations, mais qui a été injustement marginalisée culturellement, et dépouillée de tous ses festivals, même ceux auxquels elle a donné naissance. Mais cela est un autre sujet.

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L’autre fait marquant de cet événement, est l’agréable surprise du Wali d’Oran, qui est venu plusieurs fois au théâtre d’Oran. Sans protocole et sans «chichi», il a pris place parmi le public, pour assister aux représentations des différentes troupes invités, en restant à chaque fois, jusqu’au salut final. Le public et les artistes oranais ont été agréablement surpris de découvrir, en leur Wali, un homme cultivé et réellement humble. C’est tellement rare qu’il fallait le souligner.

Le contemporain en force.

Quelles leçon tirer de cette manifestation qui a vu les «meilleure » troupes théâtrales arabes défiler sur la scène mythique du théâtre régional d’Oran, et celle nouvellement créée au cinéma «Essaada» ( ex-Colisée ) ?

La plus importante et évidente caractéristique de cette édition, est que le choix des créateurs et décideurs de ce festival est définitivement entériné en faveur du « théâtre contemporain », voire même «l’expérimental». Le grand prix de cette édition octroyé à la troupe marocaine avec la pièce «Al Kharif», est une confirmation sans appel de ce choix. Ce qui pose la question légitime suivante :

C’est quoi le « théâtre arabe » ?

Par l’intitulé «théâtre arabe», les organisateurs font-ils référence à l’identité arabe ? La langue arabe ? Le monde arabe ? La société arabe ?  

Ces questions sont d’autant plus légitimes que le seul trait commun entre toutes les pièces programmées, a été la thématique qui traite des préoccupations de l’individu et la société arabe. Par contre, pour ce qui est de la forme (mise en scène, scénographie, chorégraphie et jeu de comédiens) elle est purement contemporaine et par conséquent universelle. Une universalité moderne et élitiste qui fait grincer des dents même en Europe.

En quoi les œuvres «arabes» qui ont été choisies par la commission du jury de ce festival, sont-elles différentes de celles produites en Occident, mis à part la langue, bien évidemment ?

La réponse est évidente : En rien ! Ce festival a été une illustration flagrante de l’influence d’une mondialisation envahissante dans le mouvement théâtral arabe,

En conséquence, la réponse à la question précédente, induit inévitablement une question plus importante encore :

Quel théâtre voulons-nous ?

Le théâtre contemporain, moderne ou expérimental, est par définition, un théâtre élitiste, voir même parfois, plein de suffisance, hautain et méprisant des autres formes de théâtre dites « populaires ».

Les pièces produites par les différents théâtres régionaux algériens, depuis une vingtaine d’années, sont dans leur majorité, des tentatives hybrides entre théâtre moderne et classique, sans identité claire, ni référent au patrimoine légué par les pionniers du théâtre algériens que furent les Bachtarzi, Rachid Kspublic,entini, Allal Mouhib, Alloula, Benguettaf et la liste est longue.  Ces noms illustres du théâtre algérien, adoptés et chéris par un public connaisseur et fidèle, sont ignorés par les nouveaux dramaturges, et surtout les metteurs en scène, qui ont opté résolument pour le contemporain dans la forme et souvent même, dans le contenu.

Pourquoi le public boude-t-il les salles de théâtre ?

Le public ne s’est pas trompé en «boycottant» les nouvelles productions du théâtre algérien. Il ne se retrouve plus dans les pièces élitistes que lui proposent des auteurs et metteurs en scène convaincus d’être libres de faire ce qu’ils veulent, pérorant à qui veut bien leur prêter oreille, que si le public n’aime pas leurs « créations » de « génies », c’est parce qu’il est inculte et «rétrograde».

Le public algérien n’est pas rétrograde ou inculte. Il n’aime pas leurs «œuvres» parce qu’il ne s’identifie plus dans ces spectacles insipides et tristes, même lorsqu’ils proposent des thématiques sociales.

Il est rebuté par la forme délurée et fantaisiste des mises en scène où la scénographie prétentieuse prime sur le texte, et la chorégraphie envahissante transforme le comédien en danseur de ballet.

Le rire salvateur tant recherché par le public est remplacé par des tirades creuses et faussement intellectuelles. Le conflit, essence même de tout œuvre théâtrale, est évacué au profit d’une surenchère d’effets visuels digne d’un spectacle de cirque.

Oublié les rebondissements, les coups de théâtre, les quiproquos, et tout ce qui fait une œuvre théâtrale digne d’intérêt dans l’esprit du public.

Les comédiens ne campent plus des personnages attachants, drôles ou contestataires, qui ne laissent pas indifférent, tels les personnages de «Jelloul El F’haimi» dans la magistrale œuvre « Al Adjwad », ou encore « Si Mohamed Al Hayti » dans «  El Khobza » deux œuvres de l’irremplaçable génie Abdelkader Alloula. Ou bien encore le personnage de Chérif Ezzaouali, campé par le grand Azzedine Medjoubi.

Les personnages que présente le théâtre algérien à son public depuis la disparition ou l’exil des géants du 4ème art que furent les Alloula, Kaki, Slimane Benaissa, Medjoubi, Benguettaf, etc, sont insipides, mornes, sans caractère et par-dessus tout, ne sont pas algériens ! Pas étonnant donc que le public s’en détourne et abandonne les travées des salles de théâtres.

Le spectateur en payant son billet pour voir une pièce, veut d’abord passer un moment agréable et se divertir, s’évader de la vie quotidienne. Il veut également ressentir des émotions : pleurer et surtout rire. Purger ses passions en une indispensable catharsis, essence même de l’art théâtral.

Le théâtre contemporain répond-t-il à cette attente du public algérien ? La réponse est sans conteste : NON !

D’ailleurs, l’art contemporain en général ( arts plastiques conceptuels ou théâtre expérimental ) ne répond nullement et nulle part dans le monde au attentes du large public, celle de «monsieur et madame tout le monde», le simple individu sans prétention intellectuel, celui qui, justement, a le plus besoin d’un théâtre divertissant et éducatif. Pour exemple, le genre de représentations théâtrales qui font recettes en France, et jouissent constamment de grands succès populaires, sont incontestablement le genre vaudeville et le théâtre de boulevard.

Alors que les «œuvres» contemporaines n’auraient aucun droit de cité, si ce n’étaient les subventions généreuses des ministères de la culture et autres aides des mairies, qui leur maintiennent la tête hors de l’eau en les programment dans différents festivals fréquentés par un public clairsemé et acquis d’avance à ce genre d’œuvres « modernes ».

 Le festival du théâtre arabe à Oran, a-t-il été un événement bénéfique ?

Oui et non.

Oui, pour les raisons évoquées au début de cet article, et qui sont la médiatisation de l’image d’une ville accueillante et moderne, et d’un pays stable et « serein ».

Non, pour la « propagande » et la part belle faite au théâtre contemporain par ce festival, et les risques d’influence sur nos jeunes dramaturges et metteurs en scène, qui trouveraient dans cette manifestation une caution officielle à l’adoption de ce genre théâtrale pour leurs futures créations.

Ça ne serait alors plus un divorce entre le public et le théâtre, mais carrément une répudiation définitive et réciproque entre les deux.

 

*Abdelhafid Boualem est auteur-metteur en scène

 

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