Ils ont voté à l’Institut français

dans Chroniques

Double coïncidence du calendrier : la veille du 1er Novembre, une date fondatrice pour l’Algérie et le premier jour du lancement pour les prochaines élections locales. Les jeunes qui se sont agglutinés hier devant le portail de l’Institut Culturel Français ont bien choisi leur timing pour se doter d’une visibilité. De ce fait, on peut estimer qu’ils ont bel et bien voté et avant l’heure.

 

Pour ne pas dire qu’ils ont invalidé un rendez vous électoral, de haute importance pour le pouvoir, puisqu’il prélude la prochaine élection présidentielle.

N’en déplaise à Ouyahia, dont le parti tente, à l’aide d’un communiqué, de contenir l’onde de choc que cette affluence devant une représentation de la puissance coloniale d’hier a provoqué au niveau des réseaux sociaux notamment.

Leur nombre ? Des centaines ? Des milliers ? Peu importe. Suffisamment en tout cas pour inciter ceux dont le devenir immédiat du pays prime toujours à se poser des questions et à proposer des démarches à entreprendre. Nous devinons que le fait n’est pas passé inaperçu au niveau de certaines officines qui ont le pays fixé au bout de leurs jumelles.

Ces jeunes, qu’on ne peut en aucun cas assimiler aux desperados qui empruntent des barques de fortune pour rejoindre les côtes espagnoles ou italiennes, ont donc voté hier.

Par anticipation. Leur message interdit et anéantit toutes les promesses que vont proférer les candidats en lisse pour gérer les communes d’Algérie.

Désormais, il n’y a plus rien à dire. Puisque la fine fleur de ce pays opte ouvertement pour d’autres cieux où elle peut s’épanouir et évoluer normalement. Loin d’un pays dirigé par les grabataires. Il suffit juste de voir Djamel Ould Abbès se livrer à des devinettes sur le futur président de la République pour sentir des ailes naître et vouloir prendre le large.

Les jeunes qui se sont donné rendez vous devant l’IF pour passer le test de connaissance du français sont tous des universitaires. Parmi eux, il doit y avoir des détenteurs de Master, des ingénieurs, des licenciés….Des jeunes sensés être derrière les machines ou les bureaux pour relever le défi du développement économique.

Malheureusement, ils sont lucides. Ils sont conscients que les horizons sont bouchés dans un pays où les candidatures sur les listes électorales se négocient à coup de millions de dinars.

Par ce, ils marchent sur les traces de leurs aînés. Ceux qui ont décidé la rupture définitive avec l’ordre colonial. Ceux qui ont commencé par le rejet de la perception assimilant l’acquisition de la connaissance dans l’école française, même coloniale, était synonyme à l’évangélisation.

Donc, ces jeunes, au prix de sacrifices concédés par leurs parents décident d’aller parfaire leurs armes ailleurs. Pour revenir plus aguerris, plus exigeants et aptes à mener les futurs combats de l’Algérie de demain. Leur démarche est le meilleur désaveu aux enfants de la nomenklatura qui se disputent les marchés et les affaires juteuses à coup de téléphone.

Ces enfants qui investissent dans les ports secs et les carrières de tuf. Les jeunes d’hier qui se sont donnés à voir hier devant le portail de l’IF savent la nature de l’économie de demain. Une économie du savoir. En se donnant du coude à coude devant une représentation étrangère, dépositaire d’une langue en déperdition chez nous alors que c’est un précieux butin de guerre, ils ont signifié leur refus à la rente et ceux qui courent pour y accéder. Ceux qui vont polluer l’espace public trois semaines durant. De ce fait, le bulletin de vote de ces jeunes est désormais dans les urnes. Avant l’heure……..

  • Par ZIAD Salah