Des pertes évaluées à des millions de dollars/jour: La mort programmée de la pétrochimie nationale

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Une semaine exactement après le premier déplacement d’Ouyahia (IV) en tant que premier ministre à la zone industrielle d’Arzew, l’opacité totale enveloppe toujours cette visite. S’est il donné la peine de parcourir 400 km et mobiliser toute une armada de personnel chargé de sa sécurité et de bloquer la circulation sur un axe routier très emprunté juste pour annoncer la révision de la Loi sur les hydrocarbures et le recours à l’exploitation du gaz de schiste ?

Les observateurs avertis en doutent. Celui sollicité par le pouvoir actuel pour trouver des solutions à la crise financière que traverse le pays aurait pu s’arranger pour trouver n’importe quelle opportunité pour formuler ces annonces.

Précisons que le déplacement d’Ouyahia au pôle pétrolier et pétrochimique national s’est passé sans la présence des médias privés.

En tout cas la première sortie du premier ministre à Arzew n’a pas rassuré les travailleurs du secteur. Bien au contraire, elle a aggravé d’avantage leur suspicion et inquiétude. Et pour cause, le premier ministre n’a, visiblement, rien apporté comme réponse aux unités de production qui sont à l’arrêt, dont une depuis des mois.

Coïncidant avec un jour férié, Achoura en l’occurrence, les travailleurs de la Sorfert ne cachent pas leur déception d’avoir raté une rencontre avec Ouyahia pour lui exposer les difficultés de leur usine. Cette dernière, en partenariat avec Orascom, est pratiquement à l’arrêt depuis pratiquement trois semaines. Composée de deux unités dont une a rompu avec la production depuis huit mois et la seconde depuis trois semaines. Produisant initialement 4400 t/J d’ammoniac et 2200 t/j d’urée, Sorfert, réalisée par Orascom et financé essentiellement avec l’argent public national, a connu des pannes dès le lendemain de sa mise en fonction.

La rénovation, prise en charge il y a deux ans par le partenaire égyptien qui a coûté à la trésorerie de l’usine 50 millions de dollars. En tout cas, ce qui est établi c’est que l’arrêt de production de cette entreprise occasionne un manque à gagner de 2.5 millions de $ par jour.

Selon des cadres de Sorfert, Ouyahia connait très bien le dossier de cette entreprise puisqu’il a pesé de tout son poids pour que sa direction commerciale soit basée en Algérie et non à l’étranger comme l’a exigé le partenaire égyptien avant le lancement du projet. Précisons que depuis quelques mois Sorfert est en prise avec la Justice pour des problèmes de détournements de deniers publics.

Un autre partenariat avec un étranger dans le domaine de la pétrochimie vire à l’échec lui aussi. Il s’agit d’AOA (Algerian Omani Amoniac). Pour des raisons évoquées dans la presse, cette entreprise est à l’arrêt depuis plus de huit mois. Le consortium japonais qui l’a réalisé et mise en marche réclame la bagatelle de 800 millions de $. L’affaire est au niveau de l’arbitrage international.

En attendant son issue, cette unité censée produire 4400 t d’urée par et 2200 t ammoniac/j accuse un manque à gagner de 2 millions de $ par jour.

L’expérience d’AOA, selon certains techniciens, c’est que le transfert de technologie n’a pas eu lieu. Autrement dit, après le retrait des techniciens japonais, le personnel algérien s’est avéré incapable de faire tourner l’usine.

Une autre unité est à l’arrêt à Arzew est le complexe GNL 3. Selon des cadres de la Sonatrach, ce complexe devait cesser de fonctionner pendant un mois et demi pour les besoins de la maintenance. Seulement, cet arrêt semble se prolonger dans le temps.

On peut citer aussi le cas d’Hélios, dont les cadres fournissent des efforts gigantesques pour faire marcher deux trains sur six. Cette entreprise vieillissante, commercialisant l’hélium, souffre de la vétusté de ses équipements. Selon une source fiable, un rapport américain datant de quatre ans a déjà signalé les risques de pannes à venir en raison du vieillissement des équipements.

Lors de sa visite, est ce que Ouyahia s’est enquis sur le cas de ces unités de production ? Plusieurs cadres de la pétrochimie en doutent. Déjà on susurre que l’ouverture des capitaux de ces entreprises aux opérateurs privés n’est pas à écarter. On donne l’exemple de Fertial dont le groupe Haddad détient déjà 17% et qui est curieusement épargnée jusqu’ici des problèmes dont pâtissent les autres.

Ce que relèvent certains observateurs c’est l’absence d’un centre de décision en mesure de trancher et qui sanctionne lourdement le secteur de la pétrochimie. Dans ce sens, on rappelle l’acharnement de Bouchouareb quand il était à la tête du département de l’Industrie de s’accaparer ce secteur sous l’autorité de son ministère. Un projet qui n’a pas abouti mais qui soulève moult questions eu égard à la réputation de l’ex ministre et surtout ses accointances avec les milieux d’affaires au niveau national et international.

  • Par ZIAD Salah