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Les Oranais continuent de se mobiliser pour leur patrimoine: Foule à la Casbah

dans Actualités/Arts & Culture

Suite à l’appel de l’Association Bel Horizon et des signataires de la Déclaration d’Oran, une visite de la Casbah d’Oran a eu lieu samedi 20 janvier 2018. La visite, menée par les membres de Bel Horizon, avec le concours d’agents de l’Office de Gestion et d’Exploitation des Biens Culturels Classés (OGBEC) a été décidée suite à la lettre ouverte adressée au Ministre de la Culture et le Wali d’Oran, concernant le sort réservé au quartier de Sidi el Houari, le centre historique de la ville d’Oran, notamment depuis la dernière opération de relogement de 500 familles.

La lettre en question, publiée également sur le site Aavaz.Org (https://secure.avaaz.org/fr/petition/Le_Ministre_de_la_culture_et_le_Wali_dOran_Lettre_ouverte_a_Monsieur_le_Ministre_de_la_culture_et_a_Monsieur_le_wali_) a connu un grand retentissement puisqu’elle a recueilli de nombreuses signatures.

Concrètement, la visite a démarré quelques minutes avant 10 heures du matin, à partir de la place du 1er Novembre (ex-d’armes), pour prendre les escaliers qui descendent du théâtre vers l’ex-rue des Jardins, où une première halte a été observée à hauteur du mur de soutènement qui a été érigé après l’effondrement d’une partie de cette voie, en 2011.

Durant cette halte, Kouider Metaïr, président de Bel Horizon, a fait part de la proposition de l’association pour qu’il y ait, à partir de cet endroit, une jonction, sous forme de paliers, avec le boulevard Stalingrad.

Le cortège, fort de plus de 300 personnes, s’est ensuite rendu près du Tambour San José, cette tour où se rejoignent des kilomètres de tunnels, qui faisaient partie du système défensif de la ville, durant son occupation par les Espagnols (1509 – 1792).

Après une prise de parole centrée sur la nécessité de la mise en valeur de ces souterrains, les participants ont franchi ce qui reste de la porte de Tlemcen. Un militant associatif a pris la parole pour une première présentation de la Casbah, première forteresse, érigée dès la fondation de Wahran, en 902 et a invité les participants à le suivre jusqu’au niveau de la Porte d’Espagne : une seconde intérieure érigée tant pour défendre la ville que pour impressionner les visiteurs.

En effet, cette porte expose un monumental écusson reprenant les armoiries de l’empire catholique d’Espagne. A ce niveau, Kouider a donné quelques éléments sur la science héraldique, détaillant les différents quartiers du blason.

Après avoir traversé une grande partie de la Casbah, des membres de Bel Horizon ont évoqué l’importance du lancement de fouilles archéologiques. L’on saura que le site de la Casbah, noyau originel de la ville, a connu beaucoup de tourments, beaucoup de batailles, beaucoup d’occupations.

Depuis son évacuation par les squatteurs, réalisée en 2007, avec le relogement des nombreuses familles qui s’y abritaient, l’association ne cesse de demander, puisque le site demeure inhabité, le lancement de fouilles archéologiques. «Oran, dans sa chronologie, souffre d’une page blanche. Depuis sa fondation en 902, jusqu’à l’arrivée des Espagnols en 1509, on ne dispose que de témoignages ou d’écrits d’historiographes et d’historiens. Rares sont les pièces archéologiques datant de cette période. Des fouilles sur le site de la Casbah peuvent révéler des trésors et permettre à mieux écrire cette page blanche qui s’étend sur 6 siècles».

Kouider Metair, un des signataires de la lettre ouverte, précise que, lors de la réunion de la Commission Nationale de l’UNESCO, dont Bel Horizon est membre, la revendication a enfin trouvé un aboutissement. La direction du patrimoine du ministère de la Culture a retenu la proposition et la direction générale de recherche du ministère de l’Enseignement supérieur, a décidé de financer cette opération.

Le cortège s’est ensuite déplacé sur la partie la plus haute de la Casbah où des explications sur le système défensif ont été communiquées aux participants. Plusieurs groupes se sont formés sur les lieux et des débats ont eu lieu.

Djillali Tahraoui harangue la foule du haut de la tour mérinide de la Campana.

Djilali Tahraoui, architecte et animateur de l’équipe ayant porté le projet de plan de sauvegarde de Sidi el Houari a, du haut de la tour de la Campana, pris la parole pour rappeler les différentes péripéties de cette longue aventure, des divers problèmes rencontrés et de la nécessité de continuer la mobilisation pour faire aboutir cette revendication.

Rappelons que la décision de donner un statut de secteur sauvegardé a été prise en 2015. Depuis, rien n’a bougé ! Pire, alors qu’aucune opération ne doit être entamée, avant l’établissement du PPSMVSS (Plan Permanent de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Secteur Sauvegardé) sauf cas de force majeure, nous avons assisté à plusieurs opérations de démolitions, les dernières ayant eu lieu juste après le relogement des 500 familles.

La désignation d’un bureau d’études et la réservation d’un budget pour l’établissement du PPSMVSS qui attend depuis maintenant 2 ans. «Le cahier des charges a été élaboré et adopté au niveau de la Direction de la culture, mais faut-il le souligner, ceci a pris un temps anormalement long (2 ans et demi) au lieu habituellement de 3 à 6 mois, et dont la conséquence immédiate a été le gel du budget qui lui a été affectée.

La revendication portée est le lancement de l’étude du PPSMVSS, le bureau d’études ayant été déjà choisi par la Direction de la culture. En réaffectant de nouveau un budget, il est possible d’initier rapidement une étude, qui faut-il encore rappeler est une obligation réglementaire. Durant l’étude, il n’est pas dit que tout est «sursis à statuer», des mesures d’urgence peuvent également être menées en accord toujours avec le bureau d’études, qui pourra également, avec le maître d’ouvrage, coordonner les interventions multiples de l’Opgi, de la Duc, de la Seor etc.», ajoute Kouider Metaïr.

Les orateurs ont insisté sur la continuité de la mobilisation pour sauver ce qui reste de Sidi el Houari. «Il faut poursuivre l’opération de signature de la lettre ouverte qui porte sur cinq revendications, à savoir, l’arrêt des démolitions et la composition d’une commission ouverte aux compétences pour statuer sur l’état des immeubles et assurer un gardiennage pour éviter le pillage des matériaux, l’affectation ou la réaffectation d’autres chapitres d’un budget pour le lancement immédiat de l’étude du PPSMVSS, l’accompagnement des propriétaires qui veulent rester à Sidi el Houari (assistance, organisation et aide pour réhabiliter leurs immeubles), l’ouverture d’un chantier de fouilles archéologiques à la Casbah et le renforcement en moyens humains du maître d’ouvrage en charge du secteur sauvegardé qu’est la Direction de la culture, qui ne dispose actuellement d’aucun architecte ni urbaniste. Ce n’est pas seulement l’affaire de Bel Horizon ou du seul mouvement associatif, c’est tous les citoyens qui sont concernés par cette revendication»…

C’est à midi passé que les participants ont pris le chemin du retour : une balade sur les rues de la Vieille Casbah, la Rue du Vieux Château, les Boulevard des frères Guerrab (ex-Oudinot) et Khedim (ex-Stalingrad), Place Boudali Hasni (ex-Kléber) la promenade Ibn Badis (Ex-de Létang), qui a abouti sur la rampe du Commandant Farradj (ex-Vallès)…

  • Par Mokhtar el Hadi

 

Hadj Abdellah Benmansour tire sa révérence: Oran pleure le doyen de l’Art.

dans Actualités/Arts & Culture

Oran perd un de ses repères, un pionnier de l’art et de la culture. Un homme qui a consacré toute sa vie, de 90 ans, soit presque un siècle aux métiers et aux arts. Il a été à la fois un des premiers artistes peintres, un maître du graphisme, de la calligraphie, de la sculpture de la taille de pierre, un imprimeur et concevait à la main les anciens registres réglementaires qu’on utilisait dans les administrations.

Hadj Abdellah Benmansour est né en 1929 à Tlemcen, dans une famille versée dans l’Art artisanal. Il poursuivra ses études au collège de Slane puis il part pour Paris pour rejoindre «Art Déco» qu’il quittera en 1952. Plusieurs fois honoré. En 2004, à La Rochelle, il reçoit le premier prix sur 260 participants.

Aussi, Il était l’un des rares musulmans de l’époque coloniale à ouvrir une galerie d’art « Sesame » à Mostaganem, la ville de l’autre géant Khadda dont il était proche.

On peut voir et admirer des échantillons de ses oeuvres dans de ce lieu mythique, singulier à Oran, chargé d’histoire. Cette librairie unique en son genre parce qu’elle présente d’objets d’art et de culture rares et anciens et des tableaux chantant la nature, la beauté, les portraits, des calligraphies.. située juste à côté de la Grande Poste sur la rue Mohamed Khemisti.

Cette librairie-galerie qui n’attire pas foule mais demeure une curiosité d’Oran, Hadj Abdallah Benmansour n’acceptera jamais pour tout l’or du monde de la voir servir à autre chose qu’a l’art et la culture.

Un homme d’une modestie qui n’a d’égale que sa vaste culture. Autant il est prolixe quand il s’agit d’art et de culture, autant il demeure discret et ne dit rien sur son passé révolutionnaire dans les rangs du FLN historique en assurant notamment la conception et l’impression de nombreux tracts du FLN durant la guerre de libération.

Le nom de Hadj Abdallah Benmansour est désormais inscrit inscrit en lettres d’or dans l’histoire de la ville et du pays. Qu’il repose en paix…le maître.

  • Par H. Abdelkrim

 

 

 

Rencontre régionale sur le partenariat pour l’environnement: Perception des uns et interprétation des autres

dans Actualités/Environnement
  • Par H. I. M.

Le ministre des Ressources en Eau et de l’Environnement (REE), Abdelkader Ouali, qui découvre son département après six mois de son installation, semble dans la phase des questionnements lui permettant de comprendre et de relancer le secteur.

environnement

Un partenariat non identifié

Au-delà des motivations généralisées aux divers ministères du gouvernement Sellal, qui adoptent une même stratégie mais différentes démarches, celui des REE lorgne vers les associations en leur proposant un partenariat pouvoirs publics-société civile.

C’est un partenariat non encore identifié tant que les associations, dans leur majorité, demeurent diamétralement opposées aux pouvoirs publics, quant aux concepts et perceptions. La rencontre régionale de Tlemcen (1), qui s’est déroulée les 16 et 17 janvier 2017, la deuxième du genre après celle de Sétif en décembre dernier, a certes permis aux cadres du ministère des R.E.E de rencontrer des acteurs sociaux, mais a surtout rappelé aux uns et aux autres que les questions environnementales nécessitent de la volonté et de la concertation.

Abdelkader Ouali a beaucoup prêché dans un discours moralisateur, improvisé pour lancer les débats lors de la rencontre à laquelle ont assisté les représentants d’une cinquantaine d’associations, des cadres du ministère de REE, dont les directeurs de wilaya, des universitaires et quelques élus locaux. Notons que le discours officiel n’a pas vraiment changé depuis l’ère Rahmani.

En effet, l’actuel ministre en charge du secteur (2)  a tenté d’interpeller les consciences, de titiller les fibres religieux et patriotique, de rappeler les valeurs relatives au travail et à la citoyenneté et de rassurer les présents quant à la disponibilité de son département au dialogue. Il a même utilisé la double contrainte «des directeurs de wilaya passif et des cadres malmenés lors des différentes sorties sur terrain

Des concepts universel à la réalité nationale

Abdelkader Ouali a avoué qu’il «ignore beaucoup de concepts universels» comme l’agenda 21 et la déclaration de Rio, tout en déclarant son attachement à «la réalité nationale», qui demeure peu reluisante, de l’avis de tout le monde. Dans sa démarche, l’actuel ministre procède par un ensemble de questionnements, lui permettant de découvrir le secteur des REE.

Dans son discours, le ministre s’est interrogé sur le rôle des différents organismes (3) qui constituent le secteur et sur les douze (12) lois promulguées et qui demeurent ignorées et inefficaces sur le terrain. Tout en rappelant les articles 19 et 68 de la constitution qui mettent les REE au centre des préoccupations des pouvoirs publics, Abdelkader Ouali se dit favorable à la création d’un observatoire national, qui aura la charge de collecter les données à partir des onze (11) autres observatoires régionaux, l’objectif étant l’élaboration d’une cartographie nationale de l’environnement. Le ministère ambitionne de marquer, par son empreinte, un secteur qui éprouve des difficultés énormes pour suivre le rythme imposé par les mutations au niveau international et imposé par des lobbys industriels et écologiques.

Le secteur de l’environnement : un géant aux pieds d’argile

Il faut rappeler que le secteur de l’environnement est passé par plusieurs étapes dont l’indicateur de base n’est autre que le nerf de la guerre : beaucoup d’argent y a été dépensé. C’est la période de la fin des années 1990 et le début des années 2000 qui a été la plus riche, matériellement, caractérisée par la main mise et forte d’un certain Chérif Rahmani, alliant à la fois et d’une manière trop contradictoire, une vision radieuse et une réalité malheureuse.

Durant cette période, beaucoup de choses ont été dites et pensées alors que peu de concret a été constaté. De l’avis de beaucoup de gens, le secteur de l’environnement est l’exemple d’un géant aux pieds d’argile.

L’année 2001 a constitué le grand tournant très mal négocié, de l’avis des observateurs. Le début était les allemands de la GTZ (devenue quelques années plus tard, GIZ, après la fusion de GTZ avec d’autres organismes comme Inwent et IFA, sous l’égide du ministère allemand des relations internationales).

Ce tournant a permis au secteur de l’environnement de former ses cadres dans plusieurs domaines et thèmes comme la gestion des déchets et la régulation des conflits environnementaux. Il est important de rappeler que ce partenariat avec GTZ a été motivé par l’échec cuisant du fameux projet mort-né du lancement de la charte citoyenne pour l’environnement.

L’échec a été surtout la conséquence du boycott et non adhésion des collectivités locales au dialogue (4) APC-citoyens. A Oran, on avait procéder par la création d’un conseil consultatif communal présidé l’universitaire Mahi Tabet Aouel, alors qu’à Gdyel la première réunion, à laquelle ont assisté les représentants de la société civile et de la direction de l’environnement, a été boycotté par le maire lui-même. Le conseil consultatif, installé par Noureddine Djellouli, maire d’Oran à l’époque, n’a tourné que pendant un trimestre, n’ayant même pas procédé à l’élaboration de son règlement intérieur.

La présence en force de la GTZ en Algérie, a coïncidé avec le lancement presque parallèlement, des fameux projets de l’Unité de Gestion des Programmes (UGP), par la Commission Européenne.

Plusieurs associations, surtout de l’ouest du pays, avaient bénéficié de la formule (20/80)%, arrêtée pour le cofinancement des projets. Ce mode de gestion des projets a fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de critiques ont été émises. Soulignons que dès 2009, les programmes de la GIZ et de l’Union européenne, se sont installés en Algérie, en y initiant de nouveau concepts renforcés par des expertises.

Des associations algériennes continuent toujours à bénéficier des mêmes aides, financières et techniques, pour mener des projets d’impacts plus ou moins larges sur la société et le quotidien des citoyens, tout cela à partir des canevas élaborés pour la circonstance.

Ce n’est que vers 2015, que le secteur de l’environnement, en copiant le modèle de la GIZ et de l’Union européenne et à travers ses différents organismes, a commencé à initier certains petits projets locaux en partenariat avec des associations.

Différentes expériences, différentes perceptions

La rencontre de Tlemcen s’est déroulée sous forme d’ateliers brainstorming. Cinq ateliers ont été créés pour la circonstance avec une modération qui, pédagogiquement, laisse à désirer tant que les interventions ont été dirigées et conditionnées, par les cadres du ministère des REE. Trois remarques s’imposent dans ce cadre :

Selon leurs expériences respectives, certains représentants d’associations ont activement participé à donner des idées ou à l’enrichissement du débat, alors que d’autres sont restés passifs préférant observer sans intervenir.

Au total, une cinquantaine d’idées (5) ont été recueillies dans les différents ateliers. Ce sont les cadres du ministère des REE en collaboration avec un pouls de personnes ressources, auront la charge, après la tenue prochaine de la rencontre de Blida, pour les associations des wilayas du centre du pays, d’élaborer un plan d’actions.

La modération dans les ateliers s’est basée sur les résultats de la première rencontre de Sétif qui a réuni les associations de l’est du pays, ce qui a constitué un conditionné les débats. En outre, la nécessité de définir les deux mots clés de la rencontre, à savoir PARTENARIAT et CITOYENNETÉ, aurait pu donner des résultats plus intéressants, puisque beaucoup de participants en ignoraient le sens et la faisabilité.

En commentant les différents rapports, lus par les rapporteurs des ateliers, Abdelkader Ouali, est resté fidèle à sa vision des choses : des décisions ont été prises et des réflexions lancées. Les directeurs de wilaya doivent être plus actifs et plus forts en assurant le rôle de véritables conseillers des walis, les maisons de l’environnement seront ouvertes aux citoyens, les conseils consultatifs sont à bannir et bénéficier des l’expertise de certaines associations, ont été  les points forts à retenir de la rencontre de Tlemcen.

En quittant les hauteurs de Lalla Setti (6), les participants à la rencontre se sont posé des questions, dont deux revenaient sur toutes les lèvres : à l’approche des élections, le partenariat, est-il conjoncturel ? Pourquoi n’a-t-on pas capitalisé les anciennes expériences ?

Pour la paix sociale, beaucoup de questions trouveront leurs réponses dans les semaines à venir.

 

1 : rencontre sur le partenariat pour l’environnement, dont le titre est «ensemble vers une citoyenneté pour l’environnement».

2 : il s’agit de l’environnement, qui a été toujours fusionné avec d’autres secteurs, dont l’aménagement du territoire, le tourisme et depuis six mois, les ressources en eau.

3 : sept (07) organismes et entreprises ont été créés depuis plusieurs années et qui demeurent en stand by, pour différentes raisons. Il s’agit, entre autres, des agences nationales des déchets, du littoral et des changements climatiques, du conservatoire de formation et du centre de développement des ressources biologiques.  

4 : le dialogue a été lancé à travers tout le territoire national, mais seule la commune de Sidi Bel-Abbès a pu constituer le document de base, qui n’est autre que la charte citoyenne.

5 : les rapporteurs dans les cinq (5) ateliers ont préféré parler de recommandations, dont certaines d’entre elles, ont constitué des redondances et des répétitions. 

6 : c’est la zone protégée qui a abrité les ateliers.

 

 

Une mosquée pour un « wali » s’érige sur le toit d’Oran

dans Actualités/Patrimoine
  • S.SLAMA

Le projet de mosquée sur le plateau du Murdjadjo, a refait surface, mais cette fois-ci loin des feux de la rampe. Le projet s’étale sur 300 m² bâtis, un minaret de 25 mètres de haut et une cour de 500 m², aux dires du responsable moyen oriental du chantier. Sur le site il n’y a aucune indication, ni maquette, ni photo en 3D ni même une date ou le numéro d’un quelconque permis de construire. Cela bien entendu n’est pas le fait du hasard.

Moulay Aek

Si les promoteurs du projet ont préféré l’opacité et le fait accompli plutôt que la clarté d’un projet consensuel porté par les oranais. C’est parce qu’ils n’ignorent pas que le discours officiel et populiste qui fait de la participation citoyenne le nouvel outil de gestion des collectivités n’est en finalité qu’un discours creux.

Cette « clandestinité » et ce viol d’un lieu légendaire cher aux oranais qui retrouvaient là, les pratiques ancestrales de leurs ainés (l’engouement des halkas organisées tout les mardis en est la meilleur preuve) n’est pas gratuit.

Il est la preuve du « mépris » de leurs représentants qui il y a un an, presque jour pour jour, « achetèrent » le projet à un bureau d’étude libanais en moins de 5 minutes montre en main. A cette époque le ministre des affaires religieuses Mohamed Aissa, présent sur les lieux, avait émis quelques réserves mais a, en définitive, laissé l’entière responsabilité aux locaux.

Le choix est donc fait, au lieu et place d’un Institut des études soufies, d’un Mémorial qui brillerait de mille feux, nos responsables ont choisi une …mosquée.

A quoi peut bien servir une mosquée alors qu’au même moment on dévitalise les quartiers les plus proches ?

Ce n’est donc pas pour la population ou du moins cette population accrochée aux flancs de la montagne et même aux visiteurs que ce lieu de culte va être construit.

Cette mosquée que l’on dit édifiée pour le prestige de l’Islam, alors que la topographie et le hasard ont imposé une hiérarchie respectée, depuis plus de 500 ans, par tous les colonisateurs qu’ils soient Inquisiteurs à l’instar de Ximenes ou raciste comme le fut l’Abbé Lambert.

Construire une mosquée à coté (ou à place) d’un mausolée dédié à un saint hanbaliste qui vénérait les pauvres et a vécu dans leur proximité, ne signifie pas plus de dévotion envers le Créateur, ni plus vénération pour le saint.

Un proverbe tiré des nombreuses légendes qui entourent la vie des saints soufis dit «Mimouna connait Dieu et Dieu connait Mimouna.» Et qui veut dire qu’importe le discours ou même le folklore, l’important est que la foi soit présente. La « halka » du mardi sur la « Meida » du Murdjadjo est certainement folklorique mais assurément elle ne manque pas de foi.

Sidi Abdelkader El Jilani, n’est pas un saint local dont la réalité historique serait difficilement saisissable, un saint pour touristes en mal de pittoresque, mais bel et bien un saint vénéré dans tout le monde musulman et qui fait l’objet de nombreuses hagiographies.

Quelle signification va prendre sa « gouba » une fois enfermée dans la cour d’une mosquée alors que depuis sa fondation en 1425, sur instruction de son disciple Sidi Boumediene le saint patron de Tlemcen, elle est un lieu ouvert.

Que va devenir le mausolée de Sidi Abdelkader lui qui fut le témoin privilégié de l’histoire de cette ville ?

Les promoteurs du projet ne semblent pas s’être posé la question qui en, vérité, leur importe peu. Pour certains milieux oranais, la construction de cette mosquée, envers et contre tous, ne serait pas un fait isolé et certains n’hésitent pas à attribuer sa création à la continuation du combat du cheikh Abdelhamid Ibn-Badis contre le maraboutisme et l’idolâtrie des saints.

Un combat idéologique que mènerait une arrière garde salafiste, tapie à l’ombre du département des affaires religieuses et qui veut à tout pris ignoré que El-Islah (réformisme) Badissien fut surtout une action menée d’abord contre l’impérialisme et ses valets.

«Ibn-Badis combat le maraboutisme qui cultive les superstitions et déforme le sens véritable de l’Islam, d’une part et professe la soumission au régime colonial, dont il se fait le complice et l’auxiliaire d’autre part. Dés 1925, il entreprend de l’attaquer en tant que système rétrograde, hostile à la renaissance et à la rénovation » écrivait Cheikh Bouamrane en 1971.

Lors de son périple Oranais qui eut lieu en décembre 1931 et dont le compte rendu fut publié dans la revue A-Chihab le vénéré cheikh relate, dans le détail, sa rencontre avec les principaux chefs des zaouias de la région de Mostaganem en particulier dont il fut l’hôte révéré et ou il sera interpellé par Ahmed Ben Smain en des termes pour le moins très durs: «Ces gens corrompus qui se nomment réformistes nient la wilâyah(sainteté)

Le vénérable chef des réformistes algériens aura alors cette phrase «…. Taxer celui qui nie la wilayah de corruption est insuffisant ; on devrait le taxer d’athéisme.» C’est là, une vérité historique, que de trop nombreux feignent d’ignorer pour ne pas déranger des règles bien établies.

Une chose est dans tout les cas sur le projet ne laisse personne indifférent. Dans quelques «clubs» très fermés ou domine la pensée salafiste radicale et ou l’on est aux aguets d’une faiblesse de l’État, le projet d’une mosquée isolée au sommet d’une montagne n’est pas pour déplaire.

D’autant plus que le minaret hélicoïdale, prévu initialement par le bureau d’étude libanais, est une réplique du fameux et célèbre minaret de la mosquée Abbasside de Baghdad. Il est surtout utile de rappeler que la dynastie abbasside a été la première à mener la révolte au nom du retour à l’Islam des origines et que certains assimilent d’ores et déjà au radicalisme wahabite.

Enfin pour d’autres, plus pragmatiques, on se frotte aussi les mains. Cette mosquée est peut être le premier geste d’un projet en voie d’élaboration en l’occurrence la « hydra-tisation » du versent Sud du Murdjajo, une fois débarrassé de ces bidonvilles et autres baraquements.

Le Murdjajo fut le premier site classé de l’ouest du pays en tant que Parc National des Planteurs. Le classement eut lieu le 7 décembre 1925. En 2001 ce parc recevra le très prisé prix Elena Mercouri décerné par l’UNESCO à la ville pour son patrimoine culturel et naturel.

Depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et le parc a été déclassé sans raison apparente et surtout en catimini et sans qu’aucune explication ne soit donnée aux oranais.

Une décision arbitraire et pour le moins méprisante pour le travail accompli par des oranais de souche ou d’adoption qui depuis 1853 à ce jour ont continuellement planter sur les flancs du Murdjajo. Qu’elle sera donc l’avenir du Murdjajo aujourd’hui que la mémoire d’Oran est trépanée par le haut comme … par le bas.

 

lire aussi: http://www.oranais.com/patrimoine/pendant-quon-demande-au-algeriens-de-serrer-la-ceinture-une-fantaisiste-mosquee-serige-sur-le-plateau-du-murdjadjo-en-catimini.htm

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