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samir slama

La vielle ville ou la déconstruction historique d’Oran.

dans Actualités

La Calère, de la forêt urbaine au complexe touristique 

L’affaire de la destruction du vieux quartier de Sidi Houari n’arrête pas de soulever de trop nombreuses interrogations. Pour rappel, la déconstruction du quartier historique a bel et bien commencée en 1984 avec la célèbre Scaléra. A l’origine de cette première destruction  l’écroulement de quelques maisons  mal construites et adossées les unes aux autres. L’idée de construire un complexe touristique ouvert sur le port émergera à cette époque. Mais le projet capotera parce que l’étude du sol diagnostiquera une faille sur toute la longueur du site.  Il refera  surface en 2000 et sera catégoriquement rejetée par le président de la République en personne lors de son périple oranais.

Presque 20 ans après, voila donc que ce projet refait surface. Coïncidence du calendrier ou rappel à l’ordre, il réapparaît quelques jours seulement après que le nouveau wali,  après avis de la société civile, est retenu un projet de végétalisation du site. Selon des sources bien au fait de la situation «Il ne s’agirait  pas  d’une erreur de la part du premier responsable de la wilaya bien au contraire. Le changement de cap serait due à l’intervention  des promoteurs du projet qui n’ont jamais désespéré de voir leur projet aboutir et ont jugés opportun d’actionner leur relais haut placés aux seins des pouvoirs publics

L’idée d’un complexe touristique n’est pas mauvaise en soit, elle serait même la bienvenue. Ce complexe pourrait créer une nouvelle dynamique dans cette partie de la ville. Par contre cette étude ne peut pas être agréée alors qu’il n’existe aucun cahier de prescription conformément à la réglementation en vigueur puisque le plan de sauvegarde a été bloqué sur une décision politique et que le POS, s’il existe, est de fait caduc puisque il est antérieur au décret de création du secteur sauvegardé.

Qui est donc responsable de cette situation kafkaïenne ? Si certains lèvent les yeux vers le ciel, d’autres n’hésitent pas à indiquer… la capitale.

En 2016, à partir du site Choba dans la commune de Ziama Mansouriah, le ministre de la Culture affirmait que l’Etat est « déterminé à concrétiser les plans de sauvegarde et de mise en valeur des sites archéologiques ».

Il a par la même occasion, appelé à trouver « des alternatives » pour valoriser des pans de l’histoire du pays, tout en « libérant la voie » aux projets de développement retenus dans les différentes régions.

Aujourd’hui à Oran la voie aux projets de développement est justement coincé parce que les ronds de cuir du ministère n’ont pas trouvé de solution alternative au blocage organisé du plan de sauvegarde de Sidi El-Houari et ouvre ainsi la voie à la dévalorisation et à l’effacement de l’histoire d’Oran.

Le Murdjajo  du parc culturel et naturel  à la promotion immobilière    

       

C’est depuis les années 2000 que les appétits se sont aiguisés et que la déconstruction du quartier s’est élargie pour prendre une autre dimension. L’exemple de Sidi Yahia, le quartier chic de la capitale est, depuis cette époque, cité en exemple urbain à reproduire pour la nomenklatura.

Le projet de foresterie, qui a été dés le départ une superbe fumisterie,  n’a jamais fait  l’objet d’un début de concrétisation  fut-elle théorique. Les déblais issus de la démolition ne furent jamais traités, à bon escient d’ailleurs, car l’apparition d’une végétation naturelle aurait dérangée les projets des lobbys de l’immobilier et les affairistes des administrations locales.

Ce projet est aujourd’hui officiellement considéré comme une idée saugrenue et une fable irréalisable, «nul n’est tenu à l’impossible» dit-on en haut lieu, cela se peut bien. Mais s’agit-il vraiment de quelque chose « d’impossible » ?

Il y a 166 ans aujourd’hui cette montagne pelée fut, par la volonté d’un homme, transformée en un parc naturel et culturel. Ce fabuleux patrimoine, nous a été légué par la France coloniale n’en déplaise au bien pensant.

Classé en tant que parc national avec une surface de 688 ha en décembre 1925 et lauréat du prix Elena Mercouri décerné par l’UNESCO en 2001, le parc du Murdjajo est aujourd’hui en voie de destruction, de fait par des hors-la-loi en col blanc puisqu’il n’existe, dans le droit algérien, aucun texte qui le permette.

Aujourd’hui, alors que dans toutes les villes monde la course contre le réchauffement climatique est mesurée à l’aune des surfaces boisées crées, le parc des Planteurs est quand à lui, abandonné au profit du très puissant lobby de la promotion immobilière…. bien entendu de luxe.

L’histoire occultée d’une ville millénaire  

En 2015, les pouvoirs publics ont entrepris le délogement des squatteurs de la Casbah. Cette opération engendra un enthousiasme sans précédent pour cette vielle citadelle que les oranais avaient hâte de découvrir. L’intérêt pour cette citadelle provient du fait qu’il constitue l’un des rares sites qui rattache les oranais actuels à leurs ancêtres  arabo-berbères fondateurs de la ville.

L’histoire des premiers siècles de la citée  sont peu et mal connus, sinon à travers les écrits de quelques chroniqueurs  tel que El-IdrissiLéon l’Africain ou encore Ibn Khaldoun. C’est donc le sous sol de cette citadelle qui fut peu remaniée,  que l’on peu retrouver des éléments probant de cette histoire vielle de quelques 5 siècles.

Cette prospection archéologique n’est pas un caprice d’amoureux du patrimoine, elle est la pierre angulaire de la politique préconisée par les pouvoirs publics et relève de la responsabilité du ministre de la culture qui souligne dans le préambule de son document de référence intitulé Schéma directeur des zones archéologiques et historiques : «Toute approche qui prône la négation du territoire comme lieu de mémoire et d’histoire, en le réduisant à un simple support d’implantation et de distribution de vestiges archéologiques, ne peut mener que vers une lecture esthétique et romantique de la richesse historique. »

Aujourd’hui, faute de fouilles et d’un véritable travail d’archéologie, de nombreuses sollicitations de la société civile adressées à qui de droit au temple ministériel sont restées sans réponses.

Pourquoi cette négation de l’histoire islamique d’Oran que l’on étiquette d’Espagnol ou des plus française des villes algériennes alors qu’elle est l’une des rares villes du Sud de la Méditerranée à être  fondée par les Omeyades d’Espagne ?

Pourquoi vouloir à tout prix l’éloigner de la mer alors qu’elle lui doit sa fondation ?

A ces questions, il n’y a pas de réponses et il ne faut surtout pas compter sur les ronds de cuir du ministère de la culture pour y répondent, eux qui ne viennent dans cette ville de province que pour des visites festives et protocolaires.

Sidi El-Houari, un site classé et déconstruit.

Depuis 2003 chaque année ou presque, apporte son lot de destruction de la mémoire de la ville. Les coups les plus meurtriers seront apportés à partir de 2014 par un wali qui sera bien entendu promu ministre. En 2015, le décret érigeant Sidi el Houari en «secteur sauvegardé» est promulgué.

Paradoxalement il ne sauvegardera pas la ville basse, bien au contraire, il accélère sa démolition. Les donneurs d’ordres tapis dans l’ombre confient le sale boulot aux bulldozers de la municipalité ou leurs hommes de main sont aux commandes ou très proches.

Comment pourrait on expliquer que les îlots ciblés ne sont ni les plus dégradés, ni les plus utiles aux réaménagements du quartier mais juste les mieux … situés.

Le plus intrigant n’est peut être pas la volonté des puissants lobbys locaux et nationaux qui ont pris dans leurs serres crochues la destruction de toute cette partie de la ville. Mais bel et bien le silence complice de la tutelle.

Quelques heures seulement  après l’incident condamnable d’Ain el Fouara à Sétif, le ministre de la culture décrète le branle bas de combat et mobilise homme et moyens pour venir au chevet de la vielle dame.

Dans un communiqué officiel il annonce avoir pris attache avec le wali et arrêté les mesures nécessaires pour réparer l’outrage.  Cela bien entendu  n’est pas le cas d’Oran ou les ronds de cuir du ministère préfèrent regarder ailleurs lorsqu’un pan de l’histoire d’une ville vielle de plus de 12 siècles est foulé par des bulldozers.

Et c’est par la grâce d’un délit d’initié que des opérations de destruction tout à fait illégales seront orchestrées par des officiels pour le moins cynique et sous le prétexte très fallacieux de la sécurité publique.

Ces opérations de destruction massive furent engagées juste avant que des pouvoirs publics paniqués ne décrètent le gel de vrais projets en laissant la bride sur le cou aux projets de complaisance.

Aujourd’hui, la coupe est pleine et les nombreux résidents qui subissent le diktat de sous-fifres locaux qui leur rendent la vie difficile en coupant l’électricité et en s’abstenant de collecter les ordures ménagères pour les obliger à partir, sollicitent un plan de sauvegarde du secteur qui leur permettraient de voir plus clair.

Un plan qui permettra au quartier de trouver une nouvelle dynamique et une revitalisation du site que tout les amoureux du patrimoine espèrent de tout cœur.

  • Par S Slama

 

 

 

Exposition photo «Laissés pour conte» ou la déshumanisation globale.

dans Actualités/Arts & Culture

Organisée sur les chapeaux de roues par la sympathique galerie d’art Civ.Oeil, l’exposition de l’artiste Faynour (Fayçal Anseur) n’en fut pas moins un succès certain. Fayçal,  à qui une vie ne suffit pas, est journaliste de métier  depuis bientôt 20 ans et vit à Paris.  Pour sortir du carcan des rédactions et  s’exprimer un peu plus librement,  il fondera «Algérie Focus», qui fut l’un des tous premiers journaux en ligne du pays. En parallèle, il mène une expérience de vidéaste qui dure depuis une quinzaine année maintenant. Paradoxalement c’est Paris, la ville lumière  la plus excitante d’Europe qui fera de Fayçal un mordu de l’écologie.

 

Il entreprend alors une formation en permaculture qui le rapproche de la nature au point ou en 2014 il  saute le pas et se fait formateur en permaculture. «Pour être plus persuasif et mieux faire passer le message écolo» nous dira-t-il. Touche à tout de talent, Fayçal  nous revient cette année en photographe …, «de talent» ,  au dire des professionnels les plus exigeants de la place oranaise.

D’ailleurs son travail fait d’ores et déjà l’objet d’un âpre débat  au sein du groupe des jeunes photographes en formation depuis  1 an au sein de l’association Bel- Horizon.  Il faut dire que les 26 photos en noir et blanc, présentées dans un format moyen de 30 x 45cm, à la galerie CivŒil sont captivantes.

Fayçal a choisi de travailler en noir et blanc pour justement faire ressortir l’expression et la  richesse des portraits. Mais aussi  pour mettre en avant l’intemporalité des photos, parce que «le conte» c’est-à-dire l’Histoire des personnes que l’objectif a capturé n’est pas finie.

Le thème même de l’exposition constitue à lui seul tout un programme.  «Laissés pour conte». C’est l’histoire de personnes exclues et laissées au bord des caniveaux à Paris, Rome, Barcelone, Lisbonne et Oran. Des villes désormais régentées par le système ravageur de l’ultra libéralisme imposé par de puissantes oligarchies.

En choisissant Oran pour cette première exposition Fayçal a d’abord voulu honorer  sa ville natale  mais aussi parce qu’elle fut la ville du déclic. En mai dernier  à l’occasion de la grande ballade organisée par l’association belle Horizon, Fayçal a rencontré deux visages d’abord, Hichem «beau comme le printemps» et Mohamed «ce petit africain» parti du fin fond de son Afrique natale à la recherche d’un utopique humanisme. Un «humanisme» que l’on perçoit très bien dans les rapports qu’entretiennent certains sujets avec leurs animaux de compagnies. Des animaux tenus en laisse et qui semblent être là pour éviter à leurs compagnons de sombrer dans… l’inhumain.

Cette exposition qui inaugure la nouvelle année, fut  un défi pour la galerie d’art «CivŒil», comme l’a souligné le commissaire de l’exposition le sympathique Tewfik Ali Chaouch. Elle nous a permis de découvrir un travail d’une grande sensibilité réalisé par un artiste authentique et très engagé dans le combat contre  le caractère profondément individualiste de l’idéologie moderniste, qui plait tant à nos oligarchies et nous fait fortement peur.

Fayçal n’a pas caché sa joie et a été agréablement surpris par l’engouement de ses concitoyens pour son travail. Bien entendu comme d’habitude les pouvoirs publics et les élus, qui n’ont aucun penchant pour la culture, ont encore une fois brillé par leur absence. Ce qui ne sera certainement pas le cas à Paris où cette exposition voyageuse sera présentée au courant de l’année 2018. Bravo Fayçal. Merci Civ Œil. Défi relevé.

  • Par Samir Slama

 

La « Coulée Verte » : Première étape de la stratégie verte

dans Actualités/Environnement

L’idée de Coulée Verte est, en réalité, née d’une vision écosystémique, elle avait comme objectif lointain la création d’un couloir biologique qui, à terme, devait permettre et de façon très schématique, de relier le Murdjajo à la Montagne des Lions, en traversant les espaces végétalisés et les friches qui jalonnent la frange Nord de la ville, notamment sous  le balcon du Front de Mer à travers de nombreuses poches végétales ainsi que sur l’arrière port à travers la voie de chemin de fer. Bâb el Hamra et la Calère constituent en réalité la première station de ce couloir biologique rêvé qui devait  permettre d’enrichir et de densifier la biodiversité urbaine et périurbaine mise à mal par une politique d’urbanisation en rupture totale avec son environnement naturel.    

 

Le projet de Coulée Verte, qui a été proposé par l’association Bel-Horizon, est une vielle idée, développée à partir des années 2000, lorsque le président Bouteflika avait rejeté, dans la forme et dans le fond, le projet immobilier défendu par l’ex-DUC et actuel  ministre de  l’habitat.

Le président optera alors pour le projet de forêt récréative. Un projet alternatif auquel d’ailleurs personne parmi les responsables présent à cette époque et tous ceux qui sont succédé à Oran n’y croyait vraiment.

Selon les informations de l’époque, le président aurait alors accordé une enveloppe de 20 millions de dinars au service des forêts en vue de développer le projet de forêt urbaine. Il faudra toutefois attendre quelques années pour que les premiers arbres soient implantés sur le site sans aucune étude préalable, encore moins un plan de plantation.

Laissés pour compte, les eucalyptus profiteront du microclimat de la zone et surtout des remontées d’eau de l’Oued Ras el Ain pour ne pas mourir et  même pousser relativement assez vite et bien. Il faudra attendre deux ou trois ans encore pour voir le projet refaire surface dans le cadre d’une opération de marketing.

L’ex-wali Boudiaf et son chevalier servant de l’époque, parachuté maire d’Oran, s’empresseront de venir en grande pompe planter quelques eucalyptus en présence des jeunes de l’association Bel Horizon, qui défendront alors leur projet de la Coulée Verte.

En réalité il s’agissait d’un faux départ, une opération de marketing qui servira à tromper les citoyens ou du moins ceux qui portaient un intérêt sincère  à leur ville. Les arguments avancés  à l’époque sont exactement les mêmes que ceux qui convaincront l’actuel wali d’Oran. L’histoire montrera très rapidement le fait que les pouvoirs publics et les élus de cette époque (et actuels) avaient d’autres centres intérêts. L’affaire de la forêt de Canastel, la destruction des Halles Centrales, le dossier des Arènes sont des exemples parmi tant d’autres sur le projet urbain que ces messieurs défendaient contre vent et marée.

La relance du projet de Coulée Verte viendra en 2014 et sera le fait de l’ex ministre Boudiaf qui confiera alors le projet de «parcours culturel» au service de l’urbanisme, en lieu et place de la direction de la Culture.

Peu au fait des enjeux et des significations, les responsables de l’urbanisme multiplieront les méprises dans le cahier de charges. Le projet de parcours culturel urbain se transforme en projet de création d’un parcours culturel dans et à partir de la promenade Ibn-Badis ex-Letang.

Cela permettra alors au paysagiste en charge du projet de relancer le projet de la Coulée verte mais  à partir d’un autre bout. C’est ainsi que dans le cadre de ce projet, une analyse paysagère s’impose,  elle permettra d’examiner les nombreux paysages que l’on peut découvrir à partir du jardin.

Ils constituent en fait un fabuleux parcours culturel visuel qui permet alors de découvrir d’un seul coup d’œil ou presque plus de 1000 ans d’histoire. Cette analyse a été établie dans le but  d’asseoir une base qui permettrait  à l’avenir et plus précisément dans le cadre du plan de sauvegarde de la vielle ville, d’établir une stratégie de valorisation et de protection qui englobe non seulement les monuments historiques et pittoresque mais aussi leur environnement.

En vérité, sans ces paysages, la Promenade, qui est sensée produire du donne à voir, n’a pour ainsi dire plus aucune valeur. Dans le cadre de ce projet les falaises de Bab El Hamra qui constitue un paysage minéral ainsi que le célèbre site de la Calère ne portent en vérité aucun monument historique ou pittoresque visible à partir de la Promenade et sont donc appréhendés comme des paysages en construction.

La Promenade de Letang est le point final de cette première  station de la coulée verte qui prend naissance sur les flancs du Murdjajo. Le projet de parcours culturel entend bien rétablir prioritairement des passerelles entre le jardin et la place de la République, notamment à travers un réaménagement profond du talus Ouest qui borde cette superbe place publique.

 

Mais revenant donc au site premier de cette Coulée Verte et qui, au départ était composé de deux espaces verts distincts.

La partie haute a été conçue pour mettre en valeur le paysage minéral des falaises à travers un jardin thématique  lié à notre climat et dédié à l’éloge de l’aridité.

Le choix de cette thématique n’est pas fortuit mais réfléchie à partir de l’orientation du site et surtout de la réalité du réchauffement climatique et à la diminution des ressources en eau qui nous touche plus que partout ailleurs.

Il s’agirait alors de créer un jardin pédagogique qui montre à nos concitoyens et à nos enfants à travers des collections  végétales et un design adapté,  une esthétique nouvelle (très à la mode sous d’autres cieux), basée sur la sobriété et l’économie des ressources aussi rare et fragile que la terre. Il s’agirait de montrer que la beauté singulière des paysages arides n’a rien à envier aux jardins engazonnés consommateurs de ressources aussi rares et fragiles que l’eau, criant de mondanité et de nombrilisme et qui servent malheureusement de modèle unique à nos décideurs. Il s’agirait aussi de montrer à nos concitoyens qui se piquent d’écologie et d’écocitoyenneté une vision du jardin respectueux de l’environnement.

Dans le cadre du projet de coulée verte, le site de la Calère devait permettre de compenser le manque d’espaces vert et de loisirs aussi criard que scandaleux que connait la basse ville. Cela est d’autant plus urgent que le plan de gestion d’un jardin historique tel que l’ex-Promenade Letang, unique espace vert de la vielle ville, ne permet pas de nombreux équipements de jeux et de loisir.

Le site de la Calère qui constitue un microclimat  très particulier est en réalité le site idéal pour la création et le développement d’un arboretum en lieu et place d’une forêt urbaine qui jouxte l’immense pinède du Murdjajo. L’arboretum permettrait alors d’introduire et de développer de nouvelles espèces d’arbres et d’arbustes en vue de leur introduction dans le cadre d’une stratégie de diversification des espèces plantées notamment en matière de plantation d’alignement dans une ville qui peine pour diversifier son patrimoine arboré.

Le projet de la coulée verte est en réalité la première étape d’un long et très complexe projet de reconversion et de dynamisation de la mémoire de la ville. Le choix de la Calère n’est pas fortuit car il s’agit en fait du premier morceau de la mémoire urbaine trépanée au nom d’une pseudo-modernité.

Aujourd’hui ce projet constitue une opportunité courageuse de rendre à cette ville sa dignité, en rétablissant des liens avec son environnement naturel qui soit montagnard ou marin. Le projet de la Coulée Verte avec ces dernières variantes qui ouvrent enfin la ville sur la mer méditerranée, permettra à son  promoteur d’inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire urbaine de cette ville.

  • Par SLAMA. S

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’alibi… « saleté ».

dans Actualités/Environnement

Le nouveau wali d’Oran, qui a fait le pari fou de faire d’Oran une ville propre, a réuni il y a une semaine environ, de nombreux responsables de l’administration, de la municipalité, des services de l’hygiène et de l’environnement. L’objet de cette réunion  concernait  des mesures «d’hygiène» pour le célèbre quartier «M’dina J’dida».

En gros, il s’agirait de collecter et de stocker, au niveau de l’ancien siège de la direction de l’hygiène, les déchets d’emballage qui sont,  en l’occurrence du papier, du carton et du plastic. Si pour cette dernière matière il y a peu de possibilités à moins de l’exporter vers les USA. Puisque ce sont des industriels américains qui ont acquis des droits sur le système de recyclage mis au point  par un chercheur de l’université de Sétif et qui n’a jamais trouvé une écoute attentive chez les décideurs algériens.

De ce fait, entre 60 et 70% de cette matière plastic, tout types confondus, se retrouvera donc forcement dans la nature ou, au mieux, stockée dans des entrepôts gardés «secrets», en attendant une improbable industrie de transformation, ou alors tout bonnement incinérée en catimini.

Quand au reste, à savoir le papier et le carton, il y a bien longtemps que ces matières premières sont intégrées dans un marché organisé et qui fonctionne très bien.

D’ailleurs en général, dés 20 heures les rues de M’dina Jdida sont déjà plus ou moins propres. Ce qui n’est pas le cas de très nombreuses grandes artères de la ville.

Selon les chiffres du très officiel R20, les papiers et cartons représentaient à peine 9 % des 1400 tonnes de déchets traités par le Centre d’Enfouissement Technique(CET) de Hassi-Bounif en 2016.

Ces malheureux 9% ne représentent en réalité qu’une infime partie d’un gisement dont le chiffre d’affaires est estimé à plus de 2 milliards de dinars par an et qui échappe aux organismes en charge de l’hygiène public et surtout à l’état qui a beaucoup investi dans les fameux CET.

En ces temps de vaches maigres et d’épuisement de la manne financière, notre wali peine à trouver un financement à la hauteur de sa feuille de route. Cela est d’autant plus grave qu’il est pratiquement interdit de ce tourner vers le Trésor public. C’est donc tout bonnement que les pouvoirs publics exercent une espèce de droit de priorité sur le gisement et tant pis pour les centaines de «va nus pieds» qui chaque soir viennent gagner leur pitance quotidienne, en collectant cartons, papiers et plastic à la « ville nouvelle ».

Ce n’est donc pas tant la propreté de la ville qui intéresse nos responsables, car pour cela il y a d’autres moyens dont le plus simple et le moins onéreux serait de réduire le gisement à la source, en faisant campagne contre la multiplication des emballages par exemple. Mais cela n’est pas dans les attributions d’un wali, fut-il celui d’une ville comme Oran car il pourrait alors connaitre le sort d’un «Tebboune», s’il venait à contrecarrer les stratégies, plus machiavéliques que commerciales, des barons de l’emballage qui n’hésitent pas à faire appel au «mauvais œil» et au bien fait de la «sotra» pour rajouter une couche de plastique sur du carton et même du papier d’emballage sur du plastic.

A quoi pourrait bien servir cette énorme manne financière que nos responsables veulent à tout prix canaliser ?

Pour certains, les plus optimistes peut-être, il s’agira d’acquérir des moyens en l’occurrence des camions et des bennes-tasseuses pour les municipalités, notamment la ville d’Oran et l’EPIC « Oran Propreté« , en prévision des Jeux Méditerranéens de 2021.

Pas si sur que cela disent les plus pessimistes, le wali aurait été abasourdie par le délabrement du parc communal  totalement renouvelé ces dernières années et qui serait d’ores et déjà en grande partie inutilisable.

La durée de vie d’une benne-tasseuse  dans les services de nettoiement de la ville serait d’à peine 3 à 4 ans et à peine un peu plus soit 4 à 5 ans au niveau de l’EPIC « Oran- propreté« .

Pour d’autres, cette manne financière servira à payer le lobby des «éboueurs» qui ont acquis des moyens par le biais des dispositifs d’aide à la création d’entreprise et notamment dans le cadre de l’ANSEJ et de la CNAC.

Bien au fait de la feuille de route du wali, par le biais de leurs géniteurs, pour la plupart élus de la nation et accessoirement représentants des oranais dans les assemblées nationales, ce lobby devenu incontournable a montré toute sa capacité de nuisance en organisant une grève sauvage qui a fait de la ville d’un véritable dépotoir, quelques jours seulement avant que le nouveau wali ne prenne son poste.

La « société civile » n’est pas indifférente à ces gesticulations populistes des pouvoirs publics. Apres des années de silence pour le moins complice, des concitoyens sortent d’un coup et comme par hasard  d’une longue hibernation juste pour nous dire que finalement si la ville est sale ce n’est pas la faute à l’Etat ni même aux représentants du peuple mais au peuple lui-même qui est traité de «Moussakh».

Ces groupes très dynamiques sur la toile refusent tout débat de fond, se contentant de vous invitez à participer aux mascarades organisées tant tôt à la forêt de Canastel,  tantôt sur l’Esplanade de Sidi M’Hamed ou encore Hai Yasmine. Le rituel est bien huilé: on vous offre des gants et des sachets de plastic et on vous convie à faire les … éboueurs.

D’autres n’hésitent pas à crier victoire parce le wali aurait été mis au courant de la situation de «leur» quartier ou de «leur» rue dont les photos sont publiés sur les réseaux sociaux et qu’ils auraient été programmés, soit pour une visite soit pour une opération de nettoyage.

Soyons sérieux dans quelques semaines et au mieux dans quelques mois, lorsque cette fièvre sera retombée, ne serait ce que parce qu’un wali ne peut passer tout son temps à recenser et à surveiller des points noirs, encore moins l’incivisme de chacun de nous et l’incompétence d’élus qui auront étés désignés ailleurs.

La ville retrouvera alors son image fait des amoncellements de déchets aux coins des rues, des poubelles trop pleines, des encombrants déposés aux pieds des immeubles et des chiffonniers qui viendront éventrés des sacs poubelles à la recherche de fer, de carton et de plastic qui aurait échappé à la voracité de l’Etat.  Il sera alors peut être encore temps de s’interroger sur  l’absence de courage de nos politiques qui n’osent pas interdire l’emballage perdu notamment en matière de boissons ou l’interdiction de l’utilisation de sachet en plastic comme l’on fait de très nombreux pays tel que le Mali, le Niger ou encore le Kenya.

Il est vrai aussi que dans ces pays trop pauvres, mais néanmoins courageux, ni les intrants ni les énergies dans  industries polluantes ou gaspillantes ne bénéficient de subventions et encore moins d’allègements fiscaux.

  • Par S. Slama.

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