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Inauguration du jardin « méditerranéen » d’Oran: un « no-mans land » végétalisé

dans Actualités/Environnement
  • Par S.Slama

La municipalité a voulu faire les choses en grand pour l’inauguration, ce dimanche matin, du jardin renommé «méditerranéen». Pas moins de 5 groupes folkloriques et une compagnie de «goum» pour accueillir le wali venu baptiser un jardin qui en finalité n’en est pas un.

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Le fameux jardin méditerranéen que les oranais attendaient depuis des lustres n’est en dernier ressort qu’une longue et plane esplanade, plus ou moins végétalisée ou plutôt bétonnée et accessoirement gazonnée.

Un jardin «fast-food» comme disait un vieux jardinier, parce que fait essentiellement de plantes exotiques à croissance rapide et de pelouses qui demandent beaucoup d’eau et que si cette denrée vient à manquer, le jardin est alors en péril. Ce qui n’est pas le cas d’un jardin mediterranéen qui demande beaucoup plus d’imagination et surtout de professionnalisme.

On nous dira que le terme de «méditerranéen  aurait été choisi pour la simple raison qu’il « sonne bien » et non  parce qu’il s’agit d’un jardin méditerranéen. En finalité ce jardin aurait très bien pu être nommé désert ou même … mascarade.

Dans tout les cas, le mot « méditerranéen » sied mal à cette esplanade de 7 ha qui aura coûté au contribuable la bagatelle de 180 millions de dinars, ce qui n’est pas rien.

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Au regard de cette faramineuse facture, le résultat est plus que décevant et, à notre avis, mériterait d’être décortiquer au plus prés.

C’est d’ailleurs peut être cela qui explique que l’on a pris le soin de ne pas rendre publique la fiche technique du jardin. Aucun panneau d’information, aucune information n’a été affichée et nul n’est, aujourd’hui, en mesure de dire ce qu’a coûté réellement la réalisation du bassin en géomembrane par exemple.

D’ailleurs, le wali en personne sollicitera la compagnie des eaux SEOR pour l’installation de quelques fontaines au titre de la contribution de cette société, au bien être des oranais, alors qu’un énorme budget n’a pas suffit, semble t-il, à donner un semblant de jardin.

Aucune rupture visuelle avec la grande avenue qui le longe. Aucun mouvement de terrain qui apporterait un peu de féerie. Après tout et avant tout, un jardin est un lieu de rêverie.

Mieux encore, les concepteurs n’ont même pas pris la peine de trouver une solution aux odeurs nauséabondes dégagées par la station de traitement des eaux usées installée au beau milieu du site, ni aux écoulements des eaux pluviales qui pourraient à terme jouer un mauvais tour à la future route qui passe en contrebas.

Pourtant cela aurait été facile d’installer, sur les grilles de la station, quelques beaux jasmins et quelques chèvrefeuilles pour embaumer l’air et justement rappeler cette méditerranée qui n’est pas seulement une mer.

Les responsables ont toutefois mis un point d’honneur à policer plus qu’il ne faut ce site dédié à la farniente puisque désormais une brigade canine sera sur les lieux en permanence et notamment pour empêcher les enfants de plonger dans l’étang artificiel selon monsieur le wali.

Par contre rien ne sera dit sur la conformité du garde corps installé en bordure de la falaise et qui constitue un réel danger pour les enfants.

Pour éviter que le site ne se dégrade trop rapidement, un service de maintenance sera installé sur place et veillera au grain. Un service qui en réalité aura beaucoup à faire pour, d’abord, corriger les erreurs des aménageurs qui ont pris le soin d’installer du gazon au pied de quelques rares plantes xérophytes, ou encore pour protéger les stipes des palmiers des morsures des haubans en aciers.

Il est bien dommage que les concepteurs de cet espace n’aient pas pris la peine de regarder autour d’eux et de voir ce que sont devenus les cyprès mal haubanés et plantés lors du sommet du gaz (G16) sur le boulevard de Canastel.

Le jardin «méditerranéen» qui fait la fierté de nos responsables locaux n’est pas un jardin en vérité, mais juste un no-mans land aménagé pour les noctambules et les estivants car il ne sera certainement pas fréquentable dans la fournaise diurne et encore moins lorsque souffleront en hivers les vents frais du Nord-ouest. Mais la c’est déjà une autre histoire.

Lire : http://www.oranais.com/actualites/projet-du-jardin-citadin-et-mediterraneen-doran-du-bleu-azur-au-leurre-vert.htm

Unique structure touristique « publique » de la région d’Oran: Radioscopie d’une gestion « complexe » au royaume des Andalouses

dans Actualités
  • Par S.SLAMA

Le complexe des Andalouses est la seule structure touristique publique de la région d’Oran. Crée en 1973 pour un tourisme national de masse, le complexe des Andalouses est passé par bien de vicissitudes, jusqu’à devenir un boui-boui pour prostituées et malfrats de bas étages. Une gestion qui doit tout au SGP Gestour qui en principe devrait disparaître du paysage touristique national à la fin du mois de juillet.

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Son remplacement devrait se faire à travers 5 entités spécialisées. Il est attendu de cette énième restructuration du secteur, que la précédente ministre avait qualifiée de «précaire» d’en faire une véritable industrie.

Ce qui, bien entendu, ne veut pas dire que le secteur touristique algérien, qui a connu un énorme soutien des pouvoirs publics estimé à plus de 5000 milliards de cts, durant la dernière décennie, sera plus dynamique ou plus efficace pour drainer les millions de touristes qui ne veulent plus se rendre en Syrie, en Égypte ou en Tunisie.

Ces entités n’attireront même pas les milliers d’algériens qui préfèrent se rendre ailleurs juste pour bénéficier d’une qualité de service à la hauteur de leur bourse.

Au dire des connaisseurs, ce changement, attendu depuis longtemps, serait en finalité insuffisant. Si l’on garde les mêmes patrons.

D’ailleurs, pour déboulonner la vingtaine de «pachas» qui régentent hôtellerie du secteur public depuis trop longtemps, alors que dans des secteurs bien plus vitaux de compétents cadres « retraitables » sont sortis sans ménagement, le premier ministre en personne aurait offert à chacun d’eux une prime de départ d’environ 10 millions de dinars répartie sur 3 ans.

Bien entendu en sus d’une retraite en or, calculée sur la base de salaires faramineux qui dépassent les 20 0000 Da par mois et décrétés par ces mêmes pachas au nom de l’autonomie financière des entreprises que l’Etat leur a confié.

A titre d’exemple, la masse salariale des trois principaux dirigeants de l’EGT les Andalouses dépasse les 500 000 DA par mois et bien entendu en sus d’avantages en nature et… de « toutes natures ».

«Ce qui n’est pas rien pour une structure qui ne tourne à plein régime que 3 mois sur 12» nous dira un connaisseur.

Selon les spécialistes dans l’hôtellerie internationale, les directeurs changent en moyenne tout les 3 à 5 ans. Cela n’est pas le cas dans nos structures hôtelières ou les directeurs sont nommés … à vie.

A l’instar du directeur de l’EGT les Andalouses qui occupe le poste depuis 2005 et continue à régenter la structure alors qu’il a dépassé depuis au moins trois ans l’âge de mise à la retraite. C’est, dit on, encore une particularité du secteur touristique nationale. «Une conséquence de la gestion catastrophique de GESTOUR» nous dira un ancien cadre supérieur du secteur.

Plus grave encore, la fin de mission de GESTOUR n’est même pas sanctionnée par un bilan et les milliards de dinars perdus seront simplement passé dans le compte pertes et profits. L’hôtellerie, qui constitue l’activité maîtresse du secteur est considérée comme une activité négligeable par le groupe.

Le résultat de cette insanité est que bien des responsables de structure hôtelière offre et abuse des nuitées gratuites à leurs « relations ».

Au complexe des Andalouses bien des bungalows sont offerts gratuitement et à l’année à une clientèle triée sur le volet dont au moins un ministre de la République bien connu sur la place d’Oran, de hauts fonctionnaires et des hauts gradés des corps constitués en poste localement.

Des cadeaux qui ne s’expliquent que par un vieil adage de chez nous et qui dit «El yad tmad wa el ain tahcham.» Que l’on pourrait traduire par lorsque «la main donne l’œil se ferme

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Le programme de rénovation des structures hôtelières mis en place par les pouvoir publics est une manne financière qui attire et surtout excite les appétits.

A l’EGT les Andalouses pas moins de 107 milliards ont été injecté pour la remise en état du complexe et le réaménagement du night-club en complexe de thalassothérapie.

Un programme de rénovation qui fonctionnerait sans direction technique. Pas moins de trois directeurs techniques ont préféré remettre le tablier plutôt que de servir de caution à un état de fait.

Selon des sources bien au fait de ce qui se passe dans l’EGT des Andalouses, des chambres auraient étés rénoves à deux reprises en 2013 puis en 2015 sans nécessité absolue.

De même que la cuisine qui vient de recevoir un tout nouvel équipement de moindre qualité en remplacement du précédent «qui serait encore utilisable pour au moins une voir deux saisons et en tout les cas de bien meilleur qualité.» nous dira t-on.

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Quand au projet de thalassothérapie, confié à un partenaire espagnol «Mainco International» qui est plutôt spécialisée dans le bâtiment et les travaux publics. Dans tout les cas rien qui la rattache au tourisme et encore moins à la thalassothérapie.

Le projet d’une durée de 18 mois a été lancé en octobre 2014 et il consiste en un réaménagement du night-club et la construction d’une salle de réception en charpente métallique.

Pour l’instant pratiquement 10 mois après le début des travaux, le projet patine avec tout au plus 10% de réalisation et surtout d’énormes surcoûts qui se chiffrent en milliards au dire de certains bien au fait de la situation.

Quand au docteur expert en la matière et qui servirait de conseiller pour le projet de Thalasso personne ne l’a encore vu au complexe et encore moins sur le chantier,.

Bien des incohérences caractérise la gestion de cette structure touristique, classé 2 étoiles et dédiée au tourisme local, à l’instar de la reconversion de chambres d’hôtel en 17 suites royales, la création d’une salle de fête pour 500 personnes qui existait déjà et a, tout au plus, était relooké, la création d’un self service décidée par la direction du complexe et qui ne fonctionnerait en réalité que quelques semaines par an.

 

 

Crée en 1973 pour le tourisme local, le complexe des andalouses est aujourd’hui une entité privée dans l’entrée est strictement interdite au non résidents et même les gens qui ont des réservations pour le mois d’août sont interdits d’entrée en juillet.

Bien entendu les passe-droits sont nombreux et les agents de sécurité savent fermés les yeux lorsqu’en sait y faire. Bien des cadres jeunes et moins jeunes bardés de diplômes appartenant au secteur du tourisme attendent une action salvatrice de cette restructuration pour sauver la maison après des années pour ne pas dire des décennies de non gestion.

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Les deux poids deux mesures des pouvoirs publics.

Il semblerait que l’interdiction de la fameuse concession des solariums, qui ont privatisé nos plages, ne serait pas appliquée avec toute la rigueur des lois de la République mais, comme d’habitude, à la tête du client.

La preuve la plus visible et la plus criarde par sa laideur serait l’immense amoncellement de pierres qui balafre sur toute sa largeur la magnifique plage des Andalouses. Une muraille érigée par l’administration du complexe, une entité étatique, mais qui fait fi des mesures de l’Etat.

Il semblerait même que l’interdiction de la concession, décidée par le ministère de tutelle de l’EGT les Andalouses, dérange bien des intérêts.

A l’origine le solarium a été concédé par la municipalité d’El-Ançor au complexe pour une durée de 5 ans. Ce dernier l’aurait alors concédé, par le biais de la location de sa base nautique, à un privé, ce qui expliquerait la création du mur.

Enfin, pour garantir un revenu appréciable au concessionnaire du solarium-base nautique, la direction de l’EGT les Andalouse a tout bonnement interdit l’entrée aux visiteurs qui doivent pour accéder à la plage passer par la base nautique et surtout débourser 1000 da par personne.

Cette interdiction s’est faite au détriment des commerçants concessionnaires de boutiques dans le complexe dont la clientèle est surtout faite des visiteurs plutôt que de résidents.

En principe, pour au moins prouver sa bonne foi, la direction du complexe aurait du se mettre en conformité avec la réglementation édictée par les lois de la république et procédé au démontage de ce mur de l’apartheid durant la période creuse du Ramadhan et les pouvoirs publics auraient du veiller à la stricte application de la réglementation.

Aujourd’hui, alors que la saison estivale démarre réellement, le mur est toujours là et l’entrée du complexe est toujours interdite aux citoyens que nous sommes.

 

Monseigneur Tessier marque une « halte avec l’Emir » à Oran: Lecture libre des « Mawakifs » d’Abdelkader 

dans Actualités/Vie associative

 

  • Par S. SLAMA

Monseigneur Tessier, ancien archevêque de l’Eglise algérienne et ancien évêque d’Oran et revenu, lundi dernier, dans «sa» ville pour nous évoquer les «Mawakifs» (Les haltes), la grande œuvre mystique de l’Emir Abdelkader.

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Les «Haltes», au nombre de 380 sont inspirées du saint Livre et monseigneur Tessier choisira de donner lecture à tout juste une dizaine d’entre eux devant une assistance très nombreuse.

Cette lecture libre des Mawakifs de l’Emir donnée par un ecclésiastique dans un temple chrétien en plein mois du Ramadhan et au lendemain des abominables actes de terreurs perpétrés dans le monde au nom de l’Islam, n’est pas dénuée de sens.

La conférence de Mgr Tessier, quoique programmée depuis fort longtemps, apparaît tout de même comme un défi courageux lancé à la figure du «daechisme»  ambiant prôné par l’islamisme «cathodique».

Cette prise de parole mérite, donc, d’être consignée dans le grand livre de l’Islam tolérant prôné par nos ancêtres andalous-maghrébins et par l’Emir Abdelkader lui-même.

Une dimension du fondateur de l’Etat algérien moderne qui malheureusement n’a que, trop rarement, été mise en exergue.

Selon Mgr Tessier, les «Mawakifs» de l’Emir sont une œuvre qui ne sera publiée en Algérie qu’un siècle plus tard et se trouve donc très peu connue.

En 2011 à l’occasion d’un colloque organisé par le cercle philosophique de la Vallée du Loire, le docteur Dali Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, soulignait alors, qu’à partir de sa retraite damascène, l’Emir avait beaucoup voyagé dans le «Cham» et en Orient en prêchant la parole de son vénéré maître Muhieddine Ibn-Arabi mais aussi ses propres Mawakifs.

Il s’agit donc de préceptes soufis, enseignés et défendus par l’Emir du temps de son vivant et devenu depuis «le secret» de quelques érudits spécialiste de la mystique et de l’ésotérisme.

Mgr Tessier tiendra à mettre en exergue et saluera, en quelque sorte, le retour de l’Islam officiel vers l’Islam ancestral.

En rappelant que l’actuel ministre des cultes revendique cet Islam soufi et déclarera «qu’il n’est peut être pas nécessaire de remonter jusqu’à cette Andalousie mythique mais plus simplement de se replonger dans la découverte et la diffusion des Mawakifs et autres écrits soufi des penseurs algériens des siècles précédents et dont l’Emir constitue la figure de prou».

L’intervenant prendra le soin d’éviter d’expliquer les raisons de ses choix pour «les 10 haltes» qu’il présentera au public oranais. Ce qui donnera lieu à une polémique discrète ou quelques auditeurs tiendront à souligné, en aparté, que ces Mawakifs sont d’une grande indulgence vis-à-vis des autres religions et notamment l’église chrétienne.

Comment donc pourrait il en être autrement pour celui qui prône et applique le credo du « Cheikh el Akbar » du soufisme «Mon cœur est devenu capable de toutes ses formes. Il est une prairie pour les gazelles, un couvent pour les moines (chrétiens) et un temple pour les idolâtres et la Kaaba du pèlerin. Amour est ma religion et ma foi, quelque direction que prenne la monture

Ce message de l’Islam andalou, vieux de quelques 800 ans, se trouve être aujourd’hui plus que jamais d’actualité face à l’islamisme radical et destructeur prôné par la pensée Moyen-orientale encore accrochée à une vision aussi archaïque qu’inhumaine d’un Islam qui n’a peut être jamais vraiment existé par le passé et que l’émir combattra en sauvant 15 000 chrétiens du glaive druze.

Lors du débat qui suivra la lecture des Mawakifs donnée par l’ecclésiastique, il sera bien entendu question de « l’autre Emir » qui, quelques années avant sa retraite orientale, prônait le Djihad au nom de Dar el Islam.

Mais il s’agissait alors d’un Djihad précurseur qui se voulait d’abord humain qui «ne sacrifiait ni l’innocence ni le prisonnier

Pour une participante à cette conférence, membre de la fondation Emir Abdelkader, comme il se doit, «le Djihad mené et prôné s’inscrit bien dans la culture mystique et l’enseignement soufi de l’Emir

Sauf que ce Djihad était sans aucun rapport avec celui de l’armée coloniale dirigée par le maréchal Bugeaud et ses axillaires remarquable par sa seule cruauté et à l’instar des Pélissier, des Saint Arnaud et autre Lamoricière qui affamèrent en multipliant les razzias, enfumant les populations civiles innocentes réfugiées dans des grottes, rasant des contrées entières et payant à leurs soldats 10 francs les oreilles d’indigènes et ou les femmes étaient un gibier si parfait qu’en les échangeaient contre des chevaux .

Une France coloniale à qui l’Emir finira d’ailleurs par tout pardonner voir même d’absoudre de ces crimes en déclarant dés octobre 1852 «d’autres ont pu me terrasser, d’autres ont pu m’enchainer mais Louis Napoléon et le seul qui m’ait conquis

L’archevêque émérite d’Alger en diplomate averti gardera un silence pieu sur la question et laissera donc aux éminents chroniqueurs et autres analystes du factuel, sélectionnés, relaté et décrire la multiplicité des facettes de l’Emir.

Il serait peut être temps, aujourd’hui de dépasser ces lectures qui n’engagent en finalité que leurs lecteurs et de trouver d’autres clés pour rendre enfin lisible aux algériens l’exceptionnalité du fondateur la nation.

Car n’est ce pas, donc, pas là le but de l’histoire «qui n’est pas tant de conserver toute trace mémorielle du passé, mais de s’en libérer pour que le fardeau des faits ne pèse pas trop lourdement sur les épaules des vivants» comme l’a appris l’historien Lucien Febvre.

Le Pr Cohen hôte de la ville d’Oran: « Le patrimoine colonial, un pan de l’histoire urbaine »

dans Actualités/Patrimoine
  • Par S. SLAMA

Le professeur Cohen est un architecte historien de l’art, spécialiste de l’histoire du mouvement moderne. C’est à l’invitation de l’Institut français d’Oran et de l’association Bel-Horizon que cet éminent professeur à «l’Institut of Finest of Art» de New-York et ancien directeur de l’Institut Français d’Architecture (I F A) à Paris est venu donner une conférence au département d’architecture de l’université d’Oran.

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Le professeur Cohen, mondialement connu pour ces travaux sur la «Problématique de la modernité» a publié une quarantaine d’ouvrages sur la question et a réalisé une vingtaine d’expositions à travers le monde.

L’intitulé de sa conférence, qui a pour titre «De l’histoire au patrimoine» est d’actualité au moment ou de nombreux architectes-chercheurs de l’université algérienne, à l’instar du Dr Dekoumi de l’université de Constantine, qui soulignait dans une contribution publié en 2009, que «le legs colonial n’a jusqu’à nos jours pas été explicitement reconnu comme faisant partie du patrimoine architectural ni urbanistique national».

Et c’est en ce sens que ce vide juridique qui autorisera des «roitelets» de l’administration locale à faire raser des monuments aussi significatif que les Halles centrales pour créer une réserve foncière au profit des projets immobiliers de leurs amis ainsi que le cinéma Régina détruit en catimini ou encore le plus vieux pavillon de l’hôpital d’Oran , rasé pour créer un parking par exemple.

En véritable éducateur, le professeur Cohen a fait dans le pédagogique en montrant le coté noir et le coté blanc de la patrimonialisation et en globe-trotter de l’architecture moderne.

Pendant son intervention, il a fait «voyager» ces auditeurs à New-York, à Casablanca, de Moscou, au Pays-Bas.

Un tour d’horizon pour dire que la problématique du patrimoine est finalement partout la même, face au cynisme des pouvoirs dans les politiques de conservation et de restauration.

La patrimonialisation un travail militant pour le professeur Cohen, il le démontrera très bien dans son exposé. Pour ce dernier, il n’y a pas de «recette précise, il faut juste profiter des opportunités qui s’offrent pour sauvegarder le patrimoine ».

Il justifiera ses propos en déclarant que si dans les Pays- bas «ce sont les pouvoirs publics qui sont derrière les stratégies de conservation et de protection du patrimoine, à Moscou beaucoup de bâtiment ont étés sauvés par les oligarques, nouveaux maîtres du jeu, qui heureusement ne s’intéresses pas tous au seul football et aux casinos».

Moscou, à laquelle le professeur Cohen a consacré 40 ans de recherche, est un des plus important centre des mouvements architecturaux d’avant-garde des années 20 et 30, une ville ou des architectes comme Le Corbusier sont allé chercher de «nouvelles idées» ou pour reprendre le professeur Cohen plus simplement des… «plans».

Pour l’anecdote, le professeur Cohen, qui est aussi un militant de la cause patrimoniale, nous dira qu’il s’est personnellement beaucoup investi pour sauver la tour Tatline, le pendant moscovite de la tour Eiffel parisienne et exemple emblématique de ce patrimoine culturel et architectural menacé par des projets immobiliers.

Le conférencier nous apprendra qu’il avait mené campagne pour cette tour en faisant signer une pétition par les mandarins de l’architecture du monde entier pour sa sauvegarde. Pendant ce temps là, les jeunes moscovites faisaient «barrière de leurs corps pour empêcher les bulldozers d’avancer».

Preuve en est que même chez le « Tsar Poutine« , la société civile peut faire quelque chose pour le patrimoine.


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Certes il y aussi beaucoup d’échecs et tout le patrimoine de l’architecture moderne dans un pays, quel qu’il soit, ne pourra certainement pas être sauvé. Ainsi au pays de l’Oncle Sam ou le sacre de l’argent et de la propriété privé règne en maître, les lois sur le patrimoine sont quasiment inexistantes. Un modèle qui ferait rêver bien des lobbys de chez nous.

En Amérique du Nord, plus que partout ailleurs, c’est encore la société civile qui constitue le dernier rempart pour la sauvegarde du patrimoine architectural. Cela est d’autant plus important que l’acte de voter a bien un sens dans cette partie du monde.

«Le sponsoring qu’il soit public ou privé est un atout très important qu’il faut développer pour sauvegarder le patrimoine.» nous dira l’éminent conférencier. Le professeur n’oubliera pas de montrer le coté noir dans la conservation et la restauration du patrimoine qui se trouve dans les solutions de facilitées tel que le façadisme et la « dysnelandisation » qui sont, selon lui, de dangereuses manifestations pour le patrimoine.

Oran – Casablanca un patrimoine partagé

 

 

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Le professeur Cohen s’étendra longtemps sur le cas de Casablanca, un souvenir de jeunesse pour lui, mais aussi un travail de fond qui durera une vingtaine d’années avec, à la clé, un livre publié en 1998, intitulé «Casablanca. Mythe et figures d’une aventure urbaine» qu’il signera avec Monique Eleb.

Un livre dont l’impact sera décisif et durable sur le devenir de la «Ville Blanche» selon bon nombre de spécialistes.

Le professeur Cohen dira, à ce propos,  «avoir pleuré» lorsque l’association Casa mémoire éditera en 2011 un «Guide des architectures du XX siècle de Casablanca», qui en est à sa deuxième édition aujourd’hui et qui fait suite au livre de notre conférencier.

Il est vrai aussi que cette association, très «élitiste, lui devra beaucoup puisqu’en 1999, le professeur Cohen lui donnera une aura internationale en organisant une exposition à Paris tiré de son livre.

Casablanca qui, aujourd’hui, postule pour un classement au niveau mondial en tant que «musée vivant de l’architecture moderne», a une approche «pertinente et moins restrictive que celle de l’art-déco et qui a surtout permis de gommer la dimension coloniale de cet héritage architectural.» selon l’architecte Pascal Garret.

Le cas de Casablanca fut un temps fort dans cette conférence parce qu’il présente bien des similitudes avec Oran.

Comme Casablanca, Oran a longtemps souffert de cette image de ville coloniale et non «authentique».

Tout comme sa sœur jumelle, l’histoire du patrimoine moderne d’Oran a commencé par des destructions massives.

Enfin Casablanca et Oran ont toutes les deux une vielle et une nouvelle Médina.

Le professeur Cohen a terminé sa remarquable conférence par un clin d’œil à la restauration des jardins et des paysages et en appelant les participants, à cette rencontre, à constituer des savoirs en la matière.

Cette remarque, non prévue, est certainement le résultat d’un constat. Car la veille de sa conférence, l’éminent professeur, accompagné de quelques architectes de l’association Bel-Horizon, n’a pas hésité à arpenter les rues d’Oran et fait le plein de photos sur la ville.

Interrogé sur le programme de restauration de 600 bâtiments, entrepris par les pouvoirs publics le professeur Cohen reconnaîtra qu’il s’agit là «d’un geste très fort et rare de la part des pouvoirs publics».

Le débat qui a suivi son intervention n’a pas volé très haut malheureusement malgré la forte présence de la communauté universitaire.

Le professeur Cohen répondra à quelques questions en expliquant que le conflit entre ville moderne et medina est un phénomène que l’on retrouve partout, en réponse à une question qui faisait allusion au cas de Sidi Houari.

Enfin, pour le professeur, la sauvegarde du patrimoine passe obligatoirement par sa finalité socio-économique ou le secteur du tourisme constitue le vecteur principal pour le développement des villes historiques.

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