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Projet de Conseil Consultatif de l’Environnement : Les copains d’abord.

dans Actualités/Environnement

La fameuse « chaîne d’or », qui regroupe les nombreuses associations de la wilaya d’Oran, serait sur le point d’être mise en veilleuse et remplacée par un conseil consultatif de l’environnement qui, dit on, sera installé en juin de l’année prochaine. C’est du moins ce qu’a annoncé l’un des principaux animateurs de cette chaîne d’or, accessoirement grand adversaire de la «chichomania» et protecteur de la morale.

Le remplacement de la chaîne d’or par un conseil consultatif  de l’environnement n’est pas en soi une évolution de la citoyenneté, ni même une prise en charge plus sérieuse et moins populiste des questions environnementales de la wilaya en général et de la ville en particulier. La chaîne d’or a été créé par la précédente administration du temps de l’ex-wali Zaalane (et pilotée par la direction des forêts) dans le seul but d’étouffer l’émergence d’une société civile plus responsable, notamment après l’affaire bien connue sous le nom  «ARC».

Aujourd’hui, la fameuse chaîne d’or a simplement fait son temps en applaudissant à l’ensemble des atteintes à l’environnement  et même les atteintes au patrimoine, à commencer par la forêt de Canastel ou nos amis prennent plaisir à se faire photographier dans des bâtisses en durs, totalement illégales au regard de la réglementation, mais cautionnées par les pouvoirs publics pour services rendus.

L’échec le plus cuisant de cette chaîne d’or restera bien entendu l’opération tri des ordures pilotée par le célèbre R20, l’ONG du non moins célèbre Arnold Schwarzenegger, qui avait promis d’en finir avec la saleté à Oran.

Le constat est plutôt amer. le quartier Akid Lotfi et la cité AADL, premiers terrains expérimentaux du R20 et de la chaîne d’or sont aujourd’hui aussi sales qu’avant. Plus grave encore, l’expérience fut contre productive et a finit par démobiliser les bonnes volontés des résidents.

D’autres expériences et de nombreuses campagnes d’informations et de formations ont été tentés dans  les fiefs de la chefferie de la chaîne d’or, aucune n’a, malheureusement aboutit, Oran n’a jamais été aussi sale.

D’où d’ailleurs la feuille de route du nouveau wali qui sonne le glas de la chaîne d’or d’abord et du R20 ensuite. Il est vraie aussi que la politique d’austérité qui pointe à l’horizon n’est pas très favorable aux amis et bienfaiteurs de l’ami Arnold.

A quoi donc a servie la fameuse chaîne d’or ? La question vaut son pesant d’or. En gros, elle aura permis à certains animateurs de s’installer dans la notabilité de salon et de devenir incontournables pour faire la claque et….. des «selfies» avec les officiels et les stars de cinéma.

D’autres un peu plus ambitieux, attendent un retour d’ascenseur et des strapontins dans les assemblées locales et  garde au chaud l’espoir d’un « destin national ».

A Oran l’exemple de Kada Chafi dit «Rasse», le célèbre et très courtisé président à vie de l’association La Radieuse, qui est désormais ministrable (du moins si tout marche bien pour ces parrains algérois), fait rêver et même courir nos citoyens exemplaires.

Le prochain conseil consultatif sera certainement fait avec exactement les mêmes individus qui polluent la société civile et ruine toute tentative d’émergence d’une démocratie participative critique et constructive.

Il faut juste rappeler que la création d’un conseil consultatif de l’environnement n’est pas nouvelle en soi. Il y a presque 25 ans, Me Henni  Merouan, président de l’assemblée désignée par les pouvoirs publics en remplacement de la municipalité FIS, avait osé tenter l’expérience des conseils consultatifs citoyens. L’expérience sera très vite écourtée par le wali de l’époque qui aura une fin de carrière bien peu glorieuse.

Ce premier conseil a  néanmoins eu le temps de tracer sa feuille de route et n’avait pas pour vocation de faire des oranais des éboueurs, pour nettoyer une ville confiée aux copains et aux coquins, comme disait feu Abdelkader Safir, mais des citoyens exigeants sur la qualité de leur cadre de vie en général, responsables de leurs bulletins de votes et jaloux de leur ville.

Après les faux parkings et les mosquées, place aux arbres de….camouflage

dans Actualités/Environnement

Aux dernières nouvelles, les pouvoirs publics locaux ont fini par rendre à l’arbre en général et à l’arbre d’alignement en particulier son rôle d’outil d’aménagement. Certes cela est limité uniquement à la seule  fonction esthétisante de l’arbre. Ce qui n’est pas rien, mais c’est un peu trop court pour parler d’une véritable stratégie environnementale à l’échelle de la ville.

Ainsi donc les entrées de la ville d’Oran seront plantées d’arbres.  C’est du moins la décision qui aurait étés prise, certainement dans l’urgence, par les responsables de l’administration locale. L’idée n’est pas nouvelle, ni même originale, elle aurait dû être mise en place il y a quelques années déjà par nos élus locaux qui, en général, préfèrent attendre les ordres qui viennent d’en haut, se contentant de suivre la mode du moment et d’applaudir «les idées lumineuses» de leur tutelle.

Ainsi donc après l’engazonnement des terres pleins d’autoroute, voila venu le temps de l’arbre urbain. Ce qui n’est pas pour déplaire aux citoyens. Bien représenté par ailleurs dans les salons des pouvoirs publics par une société civile qui  n’est pas en reste, et a applaudie, s’est fait prendre en photos et même « facebooké » bien trop souvent pour être clean.

Comme par exemple lorsque les services locaux des forêts se proposaient de dépouiller nos forêts de leurs litières au profit d’une ONG en mal de fabrication de compost…. urbain. Nos associations, trop bien encadrées, ont alors unanimement renvoyées aux calandres grecques le projet de réflexion sur le statut de l’arbre urbain. Ils ne manqueront donc certainement pas encore une fois de joindre leurs applaudissements « citoyens » à ceux de leurs élus.

Le futur programme de plantation est réservé dit-on aux entrées de la métropole oranaise. Il y a lieu de s’interroger sur ce programme qui concerne les grandes pénétrantes routières de la ville. Mais avant d’aborder cet axe dans le détail, abordons donc l’axe aérien.

Avant d’atterrir à l’aéroport d’Es-Senia, premier portail d’Oran, le visiteur doit nécessairement et à base altitude survoler l’immense Chteibo. Mais ici il n’est pas question d’arbre et de……… camouflage.

Cela est d’autant plus vrai que le terrain sur lequel est bâtie cette excroissance urbaine n’est pas vraiment idéal pour l’arbre en général.

Revenons donc à nos axes routiers. Pourquoi donc planter des arbres aux entrées de villes lorsque les paysages sont privatisés ? Les nouveaux riches qui ont remplacé les «faux fellahs» du gouvernement Hamrouche et de l’ex D S A Benhadidi, n’ont pas trouvé mieux que de séquestrer le paysage derrière d’hideux murs le long de leurs parcelles et, par voie de conséquence, sur les principaux axes autour de la ville.

Privatisant par là de longs tronçons de paysages ruraux et même naturels. C’est la première action que les pouvoirs publics devraient entreprendre. C’est à dire qu’au lieu de planter des arbres pour camoufler les murs des autres, ils devraient exiger de ces «gentlemans- farmers» des haies végétalisés. Ce qui serait certainement un mieux pour l’écologie, pour l’esthétique de nos entrées de ville, et même pour l’image d’un pouvoir qui abandonné jusqu’à l’image du pays au puissants lobbys de l’argent.

L’arborisation de nos entrées de ville n’a pas fait l’objet d’une réflexion d’aménagement et encore paysagère. Faut-il planté en mail ou en rond d’oignons ? Faut-il planter des baliveaux ou des cépées ? Faut-il planter en trancher ou au trou ? Faut-il planter des palmiers, des résineux ou des feuillus ?  De tout cela nous n’en savons strictement rien.

Il est vrai qu’il s’agit là de détails avec lesquels il ne faut surtout pas embarrasser les responsables publics de notre cadre de vie. D’ailleurs, ils ne seront probablement pas là pour apprécier les résultats ou les conséquences de leur politique environnementale. Par contre nous serons encore là et quel que soit le résultat nous devrons le subir. Nous subirons ces plantations et qu’importe si demain, parce que les distances de sécurité n’auront pas étés respectées, une famille oranaise soit endeuillée parce que son fils s’est pris un arbre.

Mais qu’importe donc la citoyenneté dans la gestion de carrière.  De tout cela nous n’en savons rien, mais nous savons d’ores et déjà que le projet a été confiée à une entreprise de réalisation d’espace vert qui pour l’instant n’a brillé que par ses échecs répétés au point de nous faire croire qu’une esplanade engazonnée est un jardin méditerranéen.

« Oran-vert », la bien nommée avec ces 11 ha de pépinière ne produit pas suffisamment pour subvenir à ses propres besoins et se rabat sur le marché local et même national.  Chauffant outrageusement les prix et mettant à mal les petits artisans jardiniers qui pour la plupart travaillent au noir.

Enfin il y a lieu de dire aussi que l’arbre urbain en général et l’arbre d’alignement en particulier n’ont pour vocation que de camoufler.

Le camouflage est une invention des militaires pour cacher ce qui ne doit pas être vu par l’ennemi.

Faut-il vraiment cacher nos entrées de ville au lieu d’entreprendre une réflexion paysagère pour assumer leur intégration paysagère ?

La question ne se pose même plus tant nous sommes enfermés dans une logique urgentiste, pour ne pas dire populiste, de la gestion de nos villes qui fait que l’on rase des forêts pour créer de faux parkings et que l’on érige des mosquées sur des sites naturels au prétexte qu’il faut briller.

Par S. SLAMA

 

 

 

 

 

 

Rencontre régionale sur le partenariat pour l’environnement: Perception des uns et interprétation des autres

dans Actualités/Environnement
  • Par H. I. M.

Le ministre des Ressources en Eau et de l’Environnement (REE), Abdelkader Ouali, qui découvre son département après six mois de son installation, semble dans la phase des questionnements lui permettant de comprendre et de relancer le secteur.

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Un partenariat non identifié

Au-delà des motivations généralisées aux divers ministères du gouvernement Sellal, qui adoptent une même stratégie mais différentes démarches, celui des REE lorgne vers les associations en leur proposant un partenariat pouvoirs publics-société civile.

C’est un partenariat non encore identifié tant que les associations, dans leur majorité, demeurent diamétralement opposées aux pouvoirs publics, quant aux concepts et perceptions. La rencontre régionale de Tlemcen (1), qui s’est déroulée les 16 et 17 janvier 2017, la deuxième du genre après celle de Sétif en décembre dernier, a certes permis aux cadres du ministère des R.E.E de rencontrer des acteurs sociaux, mais a surtout rappelé aux uns et aux autres que les questions environnementales nécessitent de la volonté et de la concertation.

Abdelkader Ouali a beaucoup prêché dans un discours moralisateur, improvisé pour lancer les débats lors de la rencontre à laquelle ont assisté les représentants d’une cinquantaine d’associations, des cadres du ministère de REE, dont les directeurs de wilaya, des universitaires et quelques élus locaux. Notons que le discours officiel n’a pas vraiment changé depuis l’ère Rahmani.

En effet, l’actuel ministre en charge du secteur (2)  a tenté d’interpeller les consciences, de titiller les fibres religieux et patriotique, de rappeler les valeurs relatives au travail et à la citoyenneté et de rassurer les présents quant à la disponibilité de son département au dialogue. Il a même utilisé la double contrainte «des directeurs de wilaya passif et des cadres malmenés lors des différentes sorties sur terrain

Des concepts universel à la réalité nationale

Abdelkader Ouali a avoué qu’il «ignore beaucoup de concepts universels» comme l’agenda 21 et la déclaration de Rio, tout en déclarant son attachement à «la réalité nationale», qui demeure peu reluisante, de l’avis de tout le monde. Dans sa démarche, l’actuel ministre procède par un ensemble de questionnements, lui permettant de découvrir le secteur des REE.

Dans son discours, le ministre s’est interrogé sur le rôle des différents organismes (3) qui constituent le secteur et sur les douze (12) lois promulguées et qui demeurent ignorées et inefficaces sur le terrain. Tout en rappelant les articles 19 et 68 de la constitution qui mettent les REE au centre des préoccupations des pouvoirs publics, Abdelkader Ouali se dit favorable à la création d’un observatoire national, qui aura la charge de collecter les données à partir des onze (11) autres observatoires régionaux, l’objectif étant l’élaboration d’une cartographie nationale de l’environnement. Le ministère ambitionne de marquer, par son empreinte, un secteur qui éprouve des difficultés énormes pour suivre le rythme imposé par les mutations au niveau international et imposé par des lobbys industriels et écologiques.

Le secteur de l’environnement : un géant aux pieds d’argile

Il faut rappeler que le secteur de l’environnement est passé par plusieurs étapes dont l’indicateur de base n’est autre que le nerf de la guerre : beaucoup d’argent y a été dépensé. C’est la période de la fin des années 1990 et le début des années 2000 qui a été la plus riche, matériellement, caractérisée par la main mise et forte d’un certain Chérif Rahmani, alliant à la fois et d’une manière trop contradictoire, une vision radieuse et une réalité malheureuse.

Durant cette période, beaucoup de choses ont été dites et pensées alors que peu de concret a été constaté. De l’avis de beaucoup de gens, le secteur de l’environnement est l’exemple d’un géant aux pieds d’argile.

L’année 2001 a constitué le grand tournant très mal négocié, de l’avis des observateurs. Le début était les allemands de la GTZ (devenue quelques années plus tard, GIZ, après la fusion de GTZ avec d’autres organismes comme Inwent et IFA, sous l’égide du ministère allemand des relations internationales).

Ce tournant a permis au secteur de l’environnement de former ses cadres dans plusieurs domaines et thèmes comme la gestion des déchets et la régulation des conflits environnementaux. Il est important de rappeler que ce partenariat avec GTZ a été motivé par l’échec cuisant du fameux projet mort-né du lancement de la charte citoyenne pour l’environnement.

L’échec a été surtout la conséquence du boycott et non adhésion des collectivités locales au dialogue (4) APC-citoyens. A Oran, on avait procéder par la création d’un conseil consultatif communal présidé l’universitaire Mahi Tabet Aouel, alors qu’à Gdyel la première réunion, à laquelle ont assisté les représentants de la société civile et de la direction de l’environnement, a été boycotté par le maire lui-même. Le conseil consultatif, installé par Noureddine Djellouli, maire d’Oran à l’époque, n’a tourné que pendant un trimestre, n’ayant même pas procédé à l’élaboration de son règlement intérieur.

La présence en force de la GTZ en Algérie, a coïncidé avec le lancement presque parallèlement, des fameux projets de l’Unité de Gestion des Programmes (UGP), par la Commission Européenne.

Plusieurs associations, surtout de l’ouest du pays, avaient bénéficié de la formule (20/80)%, arrêtée pour le cofinancement des projets. Ce mode de gestion des projets a fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de critiques ont été émises. Soulignons que dès 2009, les programmes de la GIZ et de l’Union européenne, se sont installés en Algérie, en y initiant de nouveau concepts renforcés par des expertises.

Des associations algériennes continuent toujours à bénéficier des mêmes aides, financières et techniques, pour mener des projets d’impacts plus ou moins larges sur la société et le quotidien des citoyens, tout cela à partir des canevas élaborés pour la circonstance.

Ce n’est que vers 2015, que le secteur de l’environnement, en copiant le modèle de la GIZ et de l’Union européenne et à travers ses différents organismes, a commencé à initier certains petits projets locaux en partenariat avec des associations.

Différentes expériences, différentes perceptions

La rencontre de Tlemcen s’est déroulée sous forme d’ateliers brainstorming. Cinq ateliers ont été créés pour la circonstance avec une modération qui, pédagogiquement, laisse à désirer tant que les interventions ont été dirigées et conditionnées, par les cadres du ministère des REE. Trois remarques s’imposent dans ce cadre :

Selon leurs expériences respectives, certains représentants d’associations ont activement participé à donner des idées ou à l’enrichissement du débat, alors que d’autres sont restés passifs préférant observer sans intervenir.

Au total, une cinquantaine d’idées (5) ont été recueillies dans les différents ateliers. Ce sont les cadres du ministère des REE en collaboration avec un pouls de personnes ressources, auront la charge, après la tenue prochaine de la rencontre de Blida, pour les associations des wilayas du centre du pays, d’élaborer un plan d’actions.

La modération dans les ateliers s’est basée sur les résultats de la première rencontre de Sétif qui a réuni les associations de l’est du pays, ce qui a constitué un conditionné les débats. En outre, la nécessité de définir les deux mots clés de la rencontre, à savoir PARTENARIAT et CITOYENNETÉ, aurait pu donner des résultats plus intéressants, puisque beaucoup de participants en ignoraient le sens et la faisabilité.

En commentant les différents rapports, lus par les rapporteurs des ateliers, Abdelkader Ouali, est resté fidèle à sa vision des choses : des décisions ont été prises et des réflexions lancées. Les directeurs de wilaya doivent être plus actifs et plus forts en assurant le rôle de véritables conseillers des walis, les maisons de l’environnement seront ouvertes aux citoyens, les conseils consultatifs sont à bannir et bénéficier des l’expertise de certaines associations, ont été  les points forts à retenir de la rencontre de Tlemcen.

En quittant les hauteurs de Lalla Setti (6), les participants à la rencontre se sont posé des questions, dont deux revenaient sur toutes les lèvres : à l’approche des élections, le partenariat, est-il conjoncturel ? Pourquoi n’a-t-on pas capitalisé les anciennes expériences ?

Pour la paix sociale, beaucoup de questions trouveront leurs réponses dans les semaines à venir.

 

1 : rencontre sur le partenariat pour l’environnement, dont le titre est «ensemble vers une citoyenneté pour l’environnement».

2 : il s’agit de l’environnement, qui a été toujours fusionné avec d’autres secteurs, dont l’aménagement du territoire, le tourisme et depuis six mois, les ressources en eau.

3 : sept (07) organismes et entreprises ont été créés depuis plusieurs années et qui demeurent en stand by, pour différentes raisons. Il s’agit, entre autres, des agences nationales des déchets, du littoral et des changements climatiques, du conservatoire de formation et du centre de développement des ressources biologiques.  

4 : le dialogue a été lancé à travers tout le territoire national, mais seule la commune de Sidi Bel-Abbès a pu constituer le document de base, qui n’est autre que la charte citoyenne.

5 : les rapporteurs dans les cinq (5) ateliers ont préféré parler de recommandations, dont certaines d’entre elles, ont constitué des redondances et des répétitions. 

6 : c’est la zone protégée qui a abrité les ateliers.

 

 

Oran à la recherche d’un nouveau look : L’art de transformer la ville en…village

dans Actualités/Environnement
  • S. Slama

Après la création de la première partie du fameux  jardin  citadin et méditerranéen sur la frange maritime, la ville d’Oran a entreprit de créer la deuxième partie de ce jardin en bordure du boulevard du Millénium à moins de 1 km à vol d’oiseau du premier. Cette deuxième partie dénommée jardin citadin 2,  est elle-même une sous-partie d’un ensemble jardiné qui, à terme, devrait faire quelques 17 ha du moins, si la promesse faite aux oranais est toujours tenue.

Jardin citadin.jpg1

En sus de ce grand projet de 4 ha, la municipalité se propose de créer des jardins dit de proximité au lieu et place de toutes les anciennes gares en l’occurrence la gare d’El Hamri, celle des Castors et celle de Yaghmoracen.

A cela il faut ajouter le traitement paysagé de la place El Kahina au centre de la ville en attendant le relookage d’autres places publiques avec, comme fil conducteur, le rasage, tout aussi inutile et énigmatique, des kiosques.

Les oranais ne peuvent donc qu’applaudir cette belle initiative, qui pourrait, fort bien, être un «argument» en faveur de l’équipe actuelle lors des prochaines élections locales. Le problème, si l’on peut dire,  se situe dans les conceptions paysagères de ces magnifiques espaces.

Il y a lieu de ce demander  si les concepteurs, de ces paysages ont, un jour, ne serait ce que par curiosité, ouvert un traité de paysage.

Dans son traité sur la composition des paysages, publié en 1777, René Louis de Girardin, nous a appris que : «Ce n’est ni en architecte, ni en jardinier, mais en Poète en en Peintre qu’il faut composer des paysages, afin d’intéresser tout à la fois l’œil et l’esprit

Cela n’est pas nouveau en soi, la poésie arabe avait déjà inventé les célèbres «nouayrates» ces poèmes dédiés à la nature et aux jardins qui furent à la base de la création des légendaires jardins de l’Andalousie heureuse.

Les tout nouveaux jardins d’Oran n’ont malheureusement rien de poétique ni même d’intéressant. C’est tout juste si l’on peut les qualifiés d’espaces végétalisés.

D’ailleurs il y a  quelques jours le vice-président en charge de l’urbanisme a relevé, à travers la presse, «l’indigence» de nos jardins.

Sa  petite phrase «nous avons fait dans la simplicité», nous dit, en finalité, beaucoup, car la simplicité d’une composition paysagère se mesure d’abord à l’once des coûts des réalisations et de l’entretien.

Faute de chiffres, nous ignorons, donc, si les coûts de ces réalisations furent aussi réduits que le laisse entendre notre vice président. C’est d’ailleurs là un sujet qui fâche et sur lequel nos élus préfèrent éviter de communiquer.

En réalité la «simplicité» que préconise notre élu, devrait se situer beaucoup plus dans le système de gestion qui doit permettre de différencier les espaces en fonction de leurs situations dans l’espace urbain, plutôt que dans la brimade de l’esprit créatif des paysagistes et dans l’indigence de leurs compositions.

Mais revenons donc sur la composition paysagère des jardins et prenant l’exemple du célèbre jardin citadin 2, copie conforme du 1er avec ses grandes allées bétonnées, ses pelouses et son bassin. Alphan, célèbre ingénieur, à qui Paris doit sa réputation de plus belle ville du monde, disait : «L’allée n’est qu’un itinéraire. Elle permet de se transporter d’un point à un autre, en suivant la direction la plus commande et la plus agréable ; elle n’ajoute aucun charme au tableau et lui nuit le plus souvent aussi doit-elle être complétement effacée

Voila pourquoi, il y a un an à l’occasion de l’ouverture au public du jardin citadin 1, nous avions alors parlé d’esplanade végétalisée au lieu et place de jardin. Ce qui avait beaucoup déplu à de pseudo-paysagistes plus accoutumés au  copié-collé qu’à la réflexion paysagère.

La composition du jardin citadin 2 n’est pas différente que celle du premier, il s’agirait, en fait, plus un espace vert d’accompagnement des structures sportives, socio-culturelle et même du parking projeté qu’un véritable jardin citadin.

Il aurait été peut être plus intéressant de développer sur quelques milliers de autour de la fameuse maison de l’environnement, des jardins collectifs.  Ce qui constituerait une manière comme une autre de titiller la fibre écologique des associations et autres comités de quartiers qui foisonnent dans les parages.

Dans tout les cas, ces jardins partagés apporteront certainement un peu de couleurs dans et autour des esplanades gazonnées projetées, bien trop uniformes, trop mornes pour faire le jardin.

Nos paysagistes, qui non certainement pas pris le temps de lire Edward Petzold, célèbre paysagiste allemand, semblent donc totalement  ignorer que «la couleur confère âme et vie au paysage, en agissant sur les sentiments par le canal de sens. Elle est sa chair et son sang et sans elle la forme n’est que squelette

Non déplaise donc à nos «paysagistes», la création paysagère a aussi, pour vocation, de susciter l’envie de s’inventer une terre d’évasion sur les rebords d’une fenêtre.

Place de la Kahina un relookage sans qualité

relookage

La réaménagement de la place de la Kahina au centre de la ville ne fut pas des plus heureux, ainsi le mail arboré sur un coté de la place a tout simplement été bétonné.  Les Ficus qui le constituaient furent trop souvent mal traités et ont finit par rendre l’âme.

Dans le cadre du projet de relookage entreprit par la ville, les arbres morts ont été arrachés mais au lieu de les remplacer, comme il se doit, leur emplacement  fut tout simplement carrelé.

Plus grave encore, la municipalité a pris le soin de bétonner totalement l’espace vital des arbres qui subsistent. Edouard André autre paysagiste célèbre à qui Paris doit les Buttes Chaumond et Liverpool le parc Setfon (pour ne citer que ceux là) écrivait «Les arbres doivent être conservés dés qu’il y a doute sur l’opportunité de les supprimer. C’est à l’artiste à faire pour eux des sacrifices, à modifier ses plans… »

Le nouvel aménagement préconisé par nos «paysagistes» municipaux donne à cette superbe place un caractère falsifié pour ne pas dire absurde. Un caractère qui n’est assurément  pas propice à «nous extraire de notre condition usuelle et à nous plonger dans une autre indubitablement poétique » comme dirait Osmold, le célèbre paysagiste américain à qui New-York ; Boston, Chicago Montréal et bien d’autres grandes villes lui doivent beaucoup  dans leurs statut de métropoles.

Mais le comble de l’absurdité dans l’aménagement de cette place est ce minuscule et insignifiant palmier phoénix installé sur le massif central.  Indéniablement nos paysagistes ignorent que «le jardin est une œuvre d’art où la sculpture et l’architecture ont leur place ; elles le complètent en y ajoutant un cachet de noblesse et de Majesté. » comme le soulignait très doctement le maitre Alphan.

Pourquoi donc un palmier en touffe au milieu de cette place alors qu’un jeu d’eau, une statue ou même un bel Araucaria ; voir la silhouette sculpturale d’un dracéna aurait certainement un plus bel effet et aurait contribué à lui donner du caractère.

Pourquoi nos paysagistes ont ignoré les magnifiques escaliers de l’ex-Cathédrale dans le relookage de cet espace?

Pourquoi  fallait à tout prix gazonner ces parterres surélevés alors que tout le monde sait qu’ils  subiront indéniablement, le même sort que ceux de la place du 1er Novembre.

La place Kahina, entourée d’une architecture melting-pot, si l’on peu dire,  ou se trouve de majestueux bâtiments ne méritait certainement pas le traitement qu’elle vient de subir. Désormais ce superbe et trop rare espace public de la ville n’a rien à envier à place publique dans un village de l’arrière-pays.

Faute d’un espace vital protégé, l’arbre emprisonné dans le béton ne survivra certainement pas. Tout comme l’est l’esprit de nos responsables.

 

 

 

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