Tag archive

culture

La chanson oranaise à la croisée des chemins : L’urgence d’un diagnostic

dans Actualités/Arts & Culture

Loin de nous l’idée de faire le procès du fait culturel et artistique qu’est la chanson oranaise. Nous tentons de poser des questions, de faire des remarques et de rappeler des faits, afin que, artistes, pratiquants directs, spécialistes et responsables puissent faire de notre réflexion, une halte pour établir le diagnostic, procéder au bilan et faire des propositions concrètes. Tout cela pour permettre à la chanson oranaise, de vivre très longtemps et de continuer à exister sur la voie du développement et de l’amélioration continue.

Six facteurs pour comprendre

Que faut-il faire maintenant après la clôture de la 10ème édition du festival de la chanson oranaise?

Si les organisateurs doivent penser, dès à présent, à la prochaine édition, tout le monde, les amoureux de l’art principalement, sont dans l’obligation de réfléchir sérieusement à l’avenir du genre très cher aux défunts Wahby, Blaoui, Ahmed Saber et Benzerga.

Dix années, le temps qu’a duré le festival local, jusqu’à aujourd’hui et auquel on souhaite longue vie, suffisent pour tirer des leçons et appréhender le futur avec plus de rigueur, de sérénité et d’organisation. Les fausses notes, comme les bonnes, doivent constituer le capital expérience afin de minimiser les faiblesses et étayer les forces motrices. Il est temps de procéder au diagnostic.

La tenue, coûte que coûte, du festival, qui est en elle-même une réussite, ne doit pas constituer l’arbre qui cache la forêt. Il faut avoir le courage de dire que «la chanson oranaise vit une véritable crise», et il est urgent d’en identifier la nature et les causes, objectivement, en toute sincérité, responsabilité et honnêteté. Il est nécessaire de nommer les problèmes réels pour pouvoir prescrire les remèdes efficaces et agir en conséquence.

Les volontés pour améliorer la situation existent et il est surtout recommandé de les inciter sereinement, les rassurer et les encourager. Il faut trouver intelligemment les motivations adéquates pour que nul ne se décourage ou ne baisse les bras.

A notre sens, ce sont six (06) facteurs essentiels, constituant par là, même un hexagone ou polygone à six (06) côtés qui peuvent permettre l’amélioration de la situation actuelle. Il s’agit des acteurs directs et indirects dans le et du fait culturel et artistique qu’est la chanson oranaise ou le genre musical, El Wahrani.

Il s’agit, dans un ordre comme dans un autre, des acteurs suivants : les pratiquants, constitués par les chanteurs, les musiciens et les paroliers, les pouvoirs publics, le large public, constitué des fans et des amoureux de la chanson oranaise, les sponsors, les médias et les chercheurs et les universitaires.

Les pratiquants : une lourde responsabilité

Les pratiquants, acteurs directs et premiers concernés, doivent se prendre en charge. Aucune délégation de pouvoir n’est tolérée dans le fait culturel et artistique. Par amour ou par passion, ou même par besoin matériel, l’art est avant tout une expression d’âme et du cœur. Chanteurs, paroliers et musiciens doivent s’impliquer pleinement, voire accepter de faire des sacrifices.

Tout d’abord, en ce qui concerne les chanteurs, nous signalons que les voix existent et ne demandent qu’une prise en charge honnête et réelle. Il suffit de les diriger pour que les jeunes puissent s’imposer à différents niveaux ; local, régional et national. Nous en citons les noms des lauréats des différentes éditions du festival de la chanson oranaise comme Aida Adda, Omar Reffas, Houria Boulandji, Sabrina, Romaissa et Mansour Bengacemi.

La liste, non exhaustive, ne peut exclure des voix qui se sont imposées ces dernières années comme Houari Oualhaci, Abdallah Sai, Houari Sifaoui ou Bachir Bouguedra. Cet échantillon renforcé par d’autres noms, peut remplacer les Baroudi Bekhedda, Maati El Hadj, Houria Baba, Malika Meddah, Rahal Zoubir et Abdelkader Cherigui, dont l’avenir est derrière eux. Alors qu’ils n’ont rien à prouver, ces derniers  peuvent constituer un véritable encadrement pour les jeunes générations.

Il est également désolant, voire indécent, de constater que de plus en plus de chanteurs, même les plus anciens, ont souvent recours à la lecture, sur les pupitres, de leurs «lyrics», alors qu’ils doivent vivre la chanson pour pouvoir attirer l’attention de leur public. Ce fait, qui s’est produit plusieurs fois durant la 10ème édition, s’est propagé auprès des chanteurs «séniors», imités malencontreusement par les «juniors».

A ce niveau, la crise est accentuée quand on parle de la composition musicale. Par manque de volonté ou de compétences ou même de goût, les noms des compositeurs, pouvant assurer la besogne, selon une méthodologie classique, se comptent sur les doigts d’une seule main. Les musiciens sont appelés à s’impliquer davantage et sérieusement dans l’ouverture et le développement du genre El Wahrani, par des œuvres de qualité et des recherches musicales originales.

Le véritable maillon faible est constitué par les paroliers, car il existe très peu de poètes de la trempe de Sidi Lakhdar Benkhlouf et Belguitoun, par exemple, qui sont capables de créer. Cette catégorie d’acteurs directs compose l’écorce fine et vulnérable de la chanson oranaise. Si pour les œuvres devenues classiques de Wahby, Blaoui, Benzerga et Ahmed Saber, le succès a été assuré, les chansons enregistrées récemment et durant les dernières années, et mises à part quelques unes très rares, la médiocrité s’avère la caractéristique dominante.

Cela est certainement le produit d’un environnement social et culturel très particulier, où la médiocrité est presque généralisée, mais le niveau de ceux qui écrivent les textes des chansons, excepté un ou deux, pose énormément de questionnements, surtout au lendemain de la disparition du feu Belhadri Belhadri.

Quand on parle de paroles on évoque forcément le thème de la chanson. A ce titre, nous avons constaté que plus de 80% des textes chantés sont du type nostalgique, liés à l’histoire et à… la géographie d’Oran.

Pire, les paroles n’apportent rien de nouveau au niveau esthétique et vocabulaire, si ce n’est une médiocrité incohérente. Pour illustrer cette médiocrité, nous citons l’exemple de la chanson «donnée» par Bey Bekkey au jeune Mansour Bengacemi et dont le titre «wahrane, ostorate ezzamane» (Oran, une légende du temps), est très réducteur de l’histoire de Wahrane. Non, Messieurs, Oran n’est pas une légende. C’est une réalité.

Ainsi, dans les paroles ou les lyrics, qui ne font plus partie de la poésie melhoun, on ne retrouve plus de la créativité. Mis à part quelques cas très rares, les paroliers sont tombés dans la facilité et ne font que rassembler des mots et expressions, le plus souvent, dans une redondance terrible et un agencement laid.

Ainsi, les trois ingrédients de base, pour la réussite d’une chanson, et qui sont la voix, la musique et les paroles, évoluent «aisément» dans un contexte défavorable. Ils participent, tout simplement, au déséquilibre et au déclin de la chanson oranaise.

Les pouvoirs publics doivent et la politique culturelle

Si, au niveau local, la direction de la culture doit promouvoir et multiplier les événements, elle doit aussi améliorer ses prestations en matière d’écoute, de prise en charge et d’accueil des artistes. Nous ne voulons pas remuer le couteau dans la plaie, mais les locaux et les bureaux des bureaucrates et administrateurs sont devenus de véritables cimetières, où reposent dans une totale et insolente indifférence, les projets, les rêves et les espoirs de plusieurs artistes, hommes et femmes de la culture.

Pour de nombreuses personnes, la situation est déprimante, tout au long de l’année, malgré les promesses et les déclarations des responsables. Oran, pourtant wilaya multiculturelle, vit dans un marasme à telle enseigne que beaucoup de gens se demandent si, à part le Raï, la ville a encore un ancrage culturel.

En outre, il est demandé à l’ONDA, Office chargé de la protection des œuvres artistiques, de se retrouver une dynamique autre que celle de former un «coffre fort» pour enterrer les œuvres. Cela demande un minimum de créativité et d’esprit d’initiative, un terrain ignoré, inexploré et anormal pour nos bureaucrates.

Le plus gros et le plus important travail revient à la volonté des pouvoirs publics, l’Etat et le gouvernement, représentés par le ministère de la Culture. Il est surtout attendu que les pouvoirs publics donnent «le coup de pousse» nécessaire à la chanson oranaise. En le confinant dans son caractère local, cela semble être un genre d’humiliation à la chanson oranaise qui revendique sa vocation nationale. Rabah Driassa, Mohamed Ouejdi, Nora, Seloua et Keltoum, pour ne citer que ces noms, au sommet de leur popularité, n’ont-ils pas pris, dans leurs chansons et par leurs tripes, les airs et les mélodies d’El Wahrani?

Revendiquer ne suffit pas, car en parallèle, il faut s’imposer auprès des jeunes générations comme l’a fait auparavant le Raï enfanté (faut-il le rappeler?) par le genre El Wahrani, et qui est devenu genre musical…universel.

La chanson et la musique oranaises ont besoin d’être considérées et reconnues concrètement pour ne pas rester confinées et citées dans des discours circonstanciels, occasionnels et conjoncturels, surtout que la constitutionnalisation de l’acte culturel lui est favorable.

Après l’APICO, le vide total

Il est vrai que, d’un point de vue sociologique, Oran a beaucoup changé, depuis quelques années. Elle a subi des mutations en profondeur de sa composante sociale qu’est la population. Oran, pôle commercial et industriel par excellence, a attiré, et continue d’attirer, les populations des autres régions du pays. Elles y viennent, y vivent et s’y installent. Fixées, culturellement et socialement, ces populations ramènent avec elles des traditions, des pratiques et des us qui ne sont pas sans conséquences sur le genre musical local qu’est El Wahrani, et qui n’a pas trouvé le soutien nécessaire pour sa pérennisation et sa…survie.

Pour le constat, notons qu’aucune association n’est créée pour la promotion de la chanson oranaise, depuis la dissolution de la fameuse APICO, il y a quelques années. Pis encore, on n’écoute plus El Wahrani comme autrefois, c’est-à-dire en famille, lors des fêtes sociales comme les mariages, dans les cafés, ou entre amis, comme c’est le cas pour le Raï, qui continue à s’imposer même dans sa version «hard».

Rappelons, avec beaucoup d’amertume et de désolation, que récemment, le printemps dernier, lors d’une soirée gala organisée par l’ONCI, où devaient se produire, entre autres, les Houria Baba, Maati El Hadj et Baroudi Bekhedda, des noms lourds dans la chanson oranaise, la salle du cinéma Maghreb (ex Régent) n’a enregistré que la vente d’une dizaine de billets. C’était une véritable catastrophe, non médiatisée certes, mais qui a laissé beaucoup de séquelles dans la scène culturelle locale et a eu des répercussions néfastes au niveau central.

Le public répond favorablement quand il y a de la matière à voir et à écouter. Celui de la 10ème édition était fidèle, même en petit nombre. Le public de la chanson oranaise n’est pas vraiment jeune, mais se situe dans la tranche d’âge 40-60 ans, qu’il faut cibler et intéresser. Ce public se déplace en familles et en groupes d’amis et de copains.

En dehors de la maison, la chanson oranaise s’apprécie en salles «indoors». Ces données doivent être exploitées pour le futur.

Le nécessaire marketing culturel

Personne ne peut nier le rôle des médias et de la communication, même si l’internet s’accapare la part du lion, dans la promotion du fait culturel, de la chanson, en particulier. D’un point de vue professionnel, les techniques et les outils de communication sont exploités par le marketing culturel, une réalité que semblent ignorer les responsables du fait culturel, chez nous.

A Oran, il est malheureux de dire qu’on respire l’amateurisme, on aime le bricolage et on est fans du laisser-aller. Cela semble être le mot de passe à tous les niveaux. Ce qui tue le talent chez nous, ce n’est pas seulement le manque de compétences professionnelles, mais c’est surtout cette indifférence banalisée quotidiennement, ce rejet de la critique et cette dépendance et presque sacralisation de tout ce qui est centralisée, de tout ce qui vient d’Alger, plus précisément.

Malgré tout, posons-nous quelques interrogations ; combien y a-t-il d’articles critiques des performances des chanteurs?  Y a-t-il de vrais professionnels de la critique de la chanson et de la musique oranaises? Responsables et artistes, acceptent-ils les critiques? Ces questions, et bien d’autres, resteront posées tant qu’un véritable débat n’a pas été ouvert sur ce plan précis.

En outre, l’implication des médias, dits lourds, doit être effective, pleine et conséquente. La couverture ne doit pas être événementielle et occasionnelle. Cependant, il faudra aussi trouver de la matière à se mettre sous les dents, quand on sait que les événements sont de plus en plus rares.

Sponsoring, dites-vous ?

L’acte culturel doit trouver un autofinancement et une autonomie réelle. Or, en Algérie, le sponsoring est récent et mal compris ou mal utilisé. Il est presque absent de la scène culturelle. A notre sens, pour attirer du sponsoring, la chanson oranaise doit miser pleinement sur les jeunes talents. Ce sont eux, et seulement eux, qui peuvent reconquérir le champ perdu et redorer son blason à la chanson oranaise. Cela sera difficile, mais possible net à la portée, même dans une conjoncture d’austérité et de vaches maigres.

Le marketing culturel et le sponsoring doivent constituer les leviers de base pour remettre sur rails la chanson oranaise. Ils ne sont pas d’actualité dans les calculs quotidiens de nos responsables, mais ils sont des priorités imminentes et urgentes, c’est-à-dire à très court terme.

L’université pour réanimer le champ culturel

Les universitaires et les chercheurs ne doivent pas rester en marge du débat. Ils doivent construire la locomotive pour faire avancer le discours vers l’acte réel de développement et d’épanouissement de la chanson oranaise. Ce patrimoine immatériel a une histoire ancienne, mais aussi moderne et présente qu’il faut analyser et tenter de comprendre. La discographie et les textes sont matière pour des études et pour ce faire, l’université doit s’ouvrir et ouvrir ses portes à la chanson oranaise dans toutes ses dimensions et ses composantes qui font d’elle, avant toute autre considération, un phénomène social et de société.

  • Par MINA H.

Pour une refondation de l’institution théâtrale : Le CRASC propose une sortie de crise

dans Actualités/Culture

 

  • Par Ali HASSANI

 A l’image de la culture en Algérie, le théâtre ne va pas bien. C’est la crise. La sonnette d’alarme est déjà tirée. Le 27 mars dernier, au CRASC, à la veille de la célébration de la journée mondiale du théâtre et des arts de la scène, invités par des chercheurs, des praticiens ont tenté de donner des éléments de réponse à un constat et de faire des propositions pour sortir de ce qui constitue désormais la crise du théâtre algérien.

Repenser le théâtre en Algérie

«Pour une refondation de l’institution théâtrale» a été le thème débattu lors de la table ronde tenue en cette journée printanière du 27 au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC).

La rencontre modérée par le chercheur Hadj Miliani, a été animée par des acteurs impliqués dans le fait culturel théâtral, local et national. Nombreux objectifs ont été assignés à cette rencontre dont principalement de débattre des dispositifs de structuration de l’activité théâtrale en Algérie dans tous les domaines.

Selon Hadj Miliani, la rencontre constitue une occasion pour élaborer des propositions concrètes, formuler un cadre d’organisation et repenser une carte des structures dans le domaine théâtral.

Rappelant le contexte économique actuel et la conjoncture caractérisée par un semblant de «restructuration de l’activité théâtrale» Hadj Miliani a énuméré, lors de l’introduction du thème, plusieurs aspects liés aux différentes facettes «susceptibles» d’apporter «le plus attendu» ou «le changement tant espéré.»

Entre critiques et propositions

Dans son intervention, le journaliste Mohamed Kali a surtout plaidé pour «une refondation graduelle» du domaine théâtral. Il est revenu sur l’historique en prenant comme origine, le début de la crise au lendemain du «soulèvement social» en octobre 1988. S’appuyant sur son expérience, il s’est limité à citer des faits en prônant la production de «l’information». Son «plaidoyer» a été en faveur des intermittents du théâtre, dont l’officialisation serait une solution qui permettrait à des centaines de personnes de vivre décemment de cet art qu’est le théâtre. Afin de ratisser large, Mohamed Kali n’a pas hésité à proposer des «copier le modèle français» en «récupérant les maisons de la culture, en assurant une formation qualifiante et en enseignant le théâtre à l’école

L’intervention du directeur du TRO Abdelkader Alloula, M. Ghaouti Azri, a été un véritable condensé de «critiques et de questionnements». Selon lui, «le ministère de la culture est en crise de gestion», c’est pourquoi il a recours à ce qu’a été «produit auparavant», allusion faite au travail entrepris en 2008 à propos des états des lieux du théâtre algérien. Le gestionnaire n’est pas allé par plusieurs chemins pour dire que «l’Etat ne s’occupe plus du théâtre

Avant de conclure, M. Azri s’est attardé sur la proposition relative à la création des centres dramatiques nationaux, CDN, dont les missions seraient données aux actuels théâtres régionaux qui jouissent d’une certaine expertise.

En guise de conclusion, il avancera que «le corps social est malade» et cela se répercute négativement sur l’ensemble des domaines, la culture et le théâtre, comme la santé, l’éducation ou l’enseignement supérieur.

Reconquérir l’espace social

Pour sa part, Lakhdar Mansouri s’est étalé, dans son intervention, sur «la crise sans précédent» et «le lot d’incohérences» vécus par les universitaires afin d’assurer une formation adéquate dans le domaine théâtral. L’universitaire est revenu sur les problèmes et les contraintes dans lesquels (et malgré lesquels) la formation est assurée. Parmi les propositions faites, Mansouri a insisté sur «la consultation des juristes afin de proposer des textes pour la praticiens en adéquation avec les lois qui régissent les relations de travail

Lors du débat ouvert à la fin de la table ronde, des critiques ont été formulées et des questions posées, alors que leur contenu a tourné autour d’une seule problématique de base : «comment conduire une réelle démarche stratégique en matière de marketing culturel dans le domaine théâtral

Cela suppose des réponses à certaines questions relatives au produit artistique lui-même, à la nature de son financement et à l’aspect conatif relatif à comment drainer le public, segmenté ou non. Le tout passera nécessairement par la reconquête de l’produit artistique, de la cité, tout simplement.

Un ministère en panne de créativité

Le théâtre algérien vit une phase déterminante pour son avenir, ou plus exactement, pour l’avenir des gens qui le font vivre et vivent de ce qu’ils font. La scène artistique algérienne, à travers les arts de la scène, vit au rythme du contraste. Sensée donner de la créativité, cette scène est en pleine crise de créativité. Le ministère est pointé du doigt et tout ce que font Mihoubi et ses collaborateurs déplaît, pire : il est à l’origine de la grogne généralisée.

Quel message aimeraient ou auraient aimé transmettre les gens du théâtre algérien à l’occasion de la célébration de la journée mondiale dédiée aux arts de la scène en ce 27 mars 2017?

Entre «redynamiser le théâtre et valoriser l’artiste», le cœur balancera et la parole ne sera guère tranchée.

Né dans un contexte colonial, même s’il serait «sorti du néant dans les années qui ont suivi la guerre de 1914» selon l’affirmation de Mahieddine Bachetarzi dans ses mémoires, ou existait dès 1912 grâce aux premières pièces en langue arabe classique, selon Ahmed Cheniki, le théâtre algérien a construit son champ d’expression, d’après Hadj Miliani, en fondant «un répertoire inspiré du patrimoine universel et des questionnements politiques et sociaux de la société algérienne».

Actuellement victime expiatoire de multiples facteurs, exogènes et endogènes, menées par des considérations politiques, des exigences idéologiques et des prétextes artistiques, le théâtre algérien n’arrive plus à attirer le public ni à imposer son rythme et son choix culturel. Il ne fait plus vivre et se perd entre une bureaucratie aliénante et un manque de stratégie flagrant.

 

 

Le bilan est mitigé : La médiation, a-t-elle échoué en Algérie ?

dans Contributions
  • Par Ali HASSANI

Malgré son importance, et en l’absence d’une évaluation effective et réelle, la médiation en Algérie est un échec cuisant, compte tenu des objectifs qui lui ont été assignés et des attentes de nombreux pratiquants. Le point.

mediation2

Au début, était …Inwent

En 2008, alors que les personnes, formées par Inwent, un organisme relevant du ministère allemand de la coopération internationale, affichaient leur optimisme à voir la médiation, un mode dit alternatif pour la gestion non-violente des conflits, investir de plus en plus, le terrain, l’Etat algérien promulgue la loi relative à la création de la médiation judiciaire. Ainsi, les portes ont ouvertes pour que greffiers, avocats et magistrats postulent pour les postes et titres de médiateurs judiciaires. Personne ne pouvait imaginer qu’au lieu de constituer un départ et un souffle propulseur, cette décision a marqué le début de la fin pour la médiation en tant que mode social pour prévenir, réguler et/ou résoudre les conflits.

Dès 2002, le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, et sur proposition de partenariat avec Inwent, a ouvert les portes à ses directeurs de wilaya et cadres pour se former dans la gestion non-violente des conflits environnementaux.

Une année plus tard, en décembre 2003, le CRASC se joint à Inwent, dans un programme de coopération algéro-allemande, afin de former dans le cadre de la médiation environnementale. Plusieurs sessions de formation ont été assurées, alors que la déperdition allait atteindre des niveaux assez élevés.

Effectivement, sur presque 300 personnes formées lors des premiers ateliers d’initiation, seulement une vingtaine de participants ont pu passer par les différents filtres et atteindre la phase finale, celle de la formation de formateurs. Le groupe final a suivi 200 heures de formation étalée sur plusieurs ateliers actifs privilégiant la forme participative.

La médiation étant une discipline qui fait appel à des compétences et aptitudes diverses, la formation a été graduelle. En fait, les formateurs, de divers horizons et domaines, ont assuré des formations dans la communication interpersonnelle, la gestion des conflits et la facilitation. C’est ainsi que le groupe cible, selon sa composante, ses passions et centres d’intérêt, s’est éparpillé sur plusieurs domaines et spécialités, tout en demeurant un ensemble d’individus multiplicateurs de la culture de la gestion pacifique des conflits.

C’est ainsi qu’en plus de ceux et celles qui ont choisi la médiation comme activité principale, d’autres membres ont préféré s’orienter vers l’animation, la facilitation, ou la recherche. Plusieurs personnes ont choisi de rester au niveau d’un travail sur soi et le développement personnel. Le bilan et l’évaluation n’ont pas été faits et demeurent donc, non identifiés.

conflit1

Fatiha Ben Naoum, la pionnière

Afin de rendre à César ce qui lui appartient et faire le point sur les faits historiques qui méritent d’être cités, il y a lieu de signaler qu’au cœur de ce processus, il y avait un nom: Fatiha Ben Naoum.

Cette femme issue d’une famille originaire de Sidi Bel-Abbès, très instruite et qui avait choisi de vivre en Allemagne dès la fin des années 1970, a été la véritable plaque tournante, le cerveau penseur et la principale actrice dans l’introduction, en Algérie, de la médiation, sous sa conception moderne. Elle était au four et au moulin, en Allemagne comme en Algérie et veillait au moindre détail pour que participants, formateurs et administrateurs assuraient, chacun et chacune dans son coin, ses tâches, ses missions et son rôle.

Fatiha Ben Naoum constituait le trait d’union dans la coopération algéro-allemande. A vrai dire, elle en constituait le véritable maillon fort. La dame était -et demeure- aimée et respectée par tout le monde pour son engagement, son assiduité et son sens de l’écoute.

Pour revenir à la médiation, L’Etat algérien doit capitaliser cette expérience qui donne l’air d’être diluée et donc sans effets réels. La médiation est peut-être un label national de premier ordre.

Durant les dernières années, l’Algérie a été sollicitée pour «modérer» plusieurs conflits et le nom de Lakhdar Ibrahimi est souvent cité en premier, quand on évoque le mot «médiation».

Néanmoins, dans cette réflexion à propos de la médiation, ce processus élaboré en quatre (04) ou cinq (05) étapes ou phases, est connu en Algérie depuis très longtemps. Citée par Saint Augustin en parlant d’Apulée de Madaure, la médiation est considérée historiquement comme étant algérienne.

Signalons qu’à travers le pays, les modes traditionnels de résolution des conflits sont connus. Nous en citons la « Jama’âa » et le « Jah ». A ce titre, il faut préciser que «nos» méthodes sont en fait, des formes plus ou moins élaborées de ce qui est appelé l’Arbitrage.

conflit2

Les raisons d’un échec

A notre sens, l’origine de l’échec, en Algérie, de la médiation qui n’assure plus sa fonction sociale, se trouve dans les trois facteurs suivants :

  • L’introduction, ou plus exactement l’instauration, de la médiation judiciaire qui s’est faite par un simple «copier-coller» des textes déjà connus et existants en France. Cela s’est fait sans étude préalable du contexte algérien, dans ses volets, social et culturel. Les personnes qui ont été chargées de promulguer les textes de loi, auraient pu prendre le temps nécessaire afin d’élaborer des articles et clauses prenant en compte l’évolution de la société algérienne.
  • Le recrutement des médiateurs s’est fait d’une manière anarchique. La justice en général, et algérienne en particulier, étant avant tout, bureaucratique, pour la médiation, les décideurs ont préféré faire appel à des greffiers en préretraite, avant d’élargir le champ aux avocats et autres magistrats. Bien sûr, l’affluence était record aux premières semaines après l’ouverture des candidatures. A Oran, par exemple, près de 200 dossiers ont été déposés dès la première semaine.
  • L’absence d’une véritable campagne de sensibilisation et de vulgarisation, permettant de préparer le terrain, a été défavorable pour la comprendre du processus, le pratiquer et en escompter des résultats réels et fiables. Tout a été fait dans l’expectative et la précipitation et l’Algérie a perdu plusieurs années difficiles à rattraper.

conflit4

Réactiver la médiation

Pour mieux comprendre la médiation, il est nécessaire de signaler que ce processus est basé sur des principes et règles, lesquels constituent l’essence même de ce mode de résolution des conflits. Arrivés chez le médiateur, de leur propre gré et volonté et avec des perceptions différentes de leur conflit, les médiés ou les antagonistes sont pris en charge dans le but de trouver ensemble un consensus ou un compromis leur permettant de concevoir les solutions. Le travail du médiateur se base essentiellement sur l’identification des causes du problème, des intérêts et des besoins, la nomination des sentiments et la conception des solutions possibles. Le rôle du médiateur est souvent assimilé à celui d’une sage-femme. Il aide à la naissance de quelque chose dont il n’est pas le créateur. Mais il n’est pas, non plus, là, pour résoudre le problème.

Sachant que la médiation peut constituer pour l’avenir, une clé efficace pour lutter contre les violences et un moyen pour prévenir les conflits, son usage et fortement recommandé. Gageons qu’à l’avenir, nos décideurs devront revoir leur pâle copie de la réglementation et ouvriront grandes ouvertes, les portes à la médiation conventionnelle.

Ces idoles que nos jeunes imaginent : Changement de valeurs, changement de modèles.

dans Actualités/Génération "jeunes"/Société
  • Par H. I. M.

Le modèle à suivre, ou l’idole, pour les jeunes algériens, est en train de basculer. Cette translation de l’image idéale à prendre comme référence dans la vie marque un manquement ou un changement dans le système des valeurs sociales principalement. Le point.

jeunes algériens.jpg1

Le système des valeurs

Connues et définies pour être «l’ensemble des critères qui permettent de distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais», les valeurs humaines sont classées selon une échelle. Ainsi, nous parlons souvent de l’échelle des valeurs et cela suppose qu’une hiérarchisation existe selon notre personnalité, notre culture et notre système social et environnement naturel. Bien sûr, l’échelle des valeurs individuelles s’inscrit entièrement ou partiellement dans un système de valeurs sociales, lesquelles influencent nos comportements et nos attitudes ; chaque valeur admet une contre-valeur.

En Algérie, même si les études et les recherches demeurent très (ou trop) limitées dans le domaine des systèmes de valeurs (deux universités ont initié quelques études: celles de Bejaia et de Constantine), nous nous référons aux différentes vertus et divers principes qui ont régi les périodes et les décennies.

Les valeurs sont évolutives

Alger-1963-meeting-de-soutien-aux-décrets-de-mars

 

La décennie qui a précédé l’indépendance, incluant les années de la guerre de libération, le mot d’ordre, socialement parlant, n’avait d’autre valeur que celle liée à la liberté et à la lutte. Socialement, des valeurs dites traditionnelles ont subsisté comme ligne de conduite de la société algérienne. On en cite des valeurs comme la patience, la foi et le destin.

Durant les années 1960, et une grande partie de la décennie suivante (1970), d’autres valeurs sont apparues avec des principes et idéaux comme le socialisme et la solidarité.

Au début des années 1980, l’autonomie et le désir ont marqué notre système de valeurs, pour laisser place, ensuite, durant les années 1990, à un système hybride marqué par la disparité des valeurs. On peut parler de la religion, de l’argent et du respect en même temps et chez la même personne. Notre société qui souffrait d’une clarté dans la vision et d’une unification de discours, ne pouvait pas offrir une échelle de référence en matière de valeurs.

C’est avec le début du 3ème millénaire, que l’évolution des valeurs a pris une tournure basée sur tout ce qui est extérieur comme l’argent et le désir, et physique comme la santé et l’esthétique, mais aussi la science.

Valeurs et Modèles

benbadis

 

 

Logiquement et presque automatiquement, et dans l’imaginaire populaire, tout système et toute échelle de valeurs, créent des modèles. Pour illustrer cela, nous citons l’adolescent qui, autour de lui, s’appuie sur des modèles qu’il associe inconsciemment, à un système de valeurs qu’il crée dans son subconscient. Le père, la mère, le grand-père, l’oncle et la grande sœur, constituent ces idoles et modèles à suivre, à imiter le cas échéant, car ils et elles représentent des valeurs comme l’amour, le travail, la rigueur ou la piété.

Parallèlement donc aux décennies des valeurs, des modèles, représentés par des hommes et des  femmes, sont créés. A l’Emir Abdelkader, l’Emir Khaled, Messali Hadj et Ben Badis, des héros de la révolution comme Larbi Ben M’hidi et Mourad Didouche, ont constitué des modèles «fiables et crédibles» aux jeunes des années 1960.

gandhi

Aux noms algériens, des progressistes et révolutionnaires connus dans le monde, ont fait partie des idoles durant les années 1970. Nous en citons Lénine, Lumumba, Gandhi et le Ché.

La décennie 1980, a eu son lot de noms d’idoles, chez une jeunesse algérienne, à la recherche de ses repères après la grande désillusion des trois révolutions. Dans la «short list» on va remarquer l’apparition, presque choquante et inattendue, de Boumediène aux côtés de Djamel Eddine Al Afghani. Aussi contradictoire que variée, la liste des idoles, durant les années 1990, va s’éparpiller en incluant des noms de plusieurs domaines et secteurs.

A Hassan Al Banna, on pouvait associer facilement, Hasni et Belloumi.

Les scientifiques feront leur entrée aussi impressionnante qu’intéressante des le début des années 2000 avec des noms comme Einstein et Marie Curie. On retrouve ces mêmes noms avec Bill Gates et M. Jackson, partageant le haut du classement avec d’autres, moins connus et dont la participation à l’édifice humanitaire n’a rien de glorieux, comme Messi, Ronaldo et…Belaili.

Aux valeurs extérieures, des modèles éphémères

?
?

On ne peut pas ignorer le lien fort entre la valeur, son importance et le modèle choisi ou sélectionné. Selon cette même règle, à une valeur extérieure comme l’argent, ou physique comme l’esthétique, on ne peut associer que des modèles à moindre importance, le plus souvent éphémère et sans valeur ajoutée socialement ou culturellement.

Le phénomène actuel inscrit dans son registre Belaili et Mohamed Benchennet comme modèles réels pour nos jeunes. Ce même phénomène est généralement qualifié de «perte de repères», le plus souvent.

A ce pôle, s’oppose un autre qui s’appuie sur des modèles comme Omar Ben Al Khattab et Abou Baker Esseddiq. Il est donc clair, de retrouver le religieux et le spirituel pour contrer l’extérieur et le physique, dans une échelle de valeurs qui serait à redéfinir à partir d’un ensemble de besoins et/ou contre-valeurs.

Des modèles construits

Historiquement, il est connu que les valeurs humaines, extérieures et physiques, se sont confondues aux valeurs commerciales, appelées aussi de marketing. Ce concept est plus connu depuis l’avènement des modèles de showbiz, de football et de l chanson, par exemple. Ceci est également connu pour l’échantillon MARADONA et le montage en toutes pièces, d’un modèle à trois ingrédients: Un don naturel, des scandales immoraux et de la médiatisation. L’argent coulera à flot, certainement.

1 2 3 6
Allez en Haut