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Considérée comme une alternative à la crise: L’agriculture urbaine pour les… »nuls »

dans Actualités/Contributions/Environnement

Il y a à peu près dix siècles, le célèbre géographe El-Idrissi, de passage à Oran décrivait les célèbres jardins de Ras el Ain. Quelques siècles plus tard, le non moins célèbre docteur Shaw renouvelait cette description et s’émerveillait alors de leurs richesses. Quelques années plus tard, quoique appartenant à une armée coloniale farouchement destructrice, le Commandant Derrien qui commence son livre par un «j’aime Oran», illustrant parfaitement par-là, la célèbre boutade «qu’on ne né pas oranais mais qu’on le devient», fait l’inventaire de ces jardins et justifie la disparition de certains d’entre eux par le nécessaire développement de la ville.

Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, ou les derniers jardins ont étés rasés, non pas pour construire la cité mais plutôt pour trépaner sa mémoire pré-coloniale, qui dérange à plus d’un titre.

Leur destruction récente est le fait d’une administration aussi inculte que bête qui pensait et continue de le faire, que l’agriculture rime avec archaïsme et a fini par faire du grenier de Rome… un désert.

Aujourd’hui par la grâce de quelques porte-plumes obséquieux, espérant glaner quelques restes tout en se faisant les portes voix de puissants lobbys et en intoxiquant l’opinion publique par le détournement des écrits de chercheurs émérites, à l’instar du docteur Amara Bekkouche, qui en 1998, publie dans la revue «Insaniyat» du CRASC, un article très recherché intitulé «Aux origine d’Oran, le ravin de Ras el Ain.»

Dans cet article, notre éminente chercheuse établit un inventaire des plans et autres programmes relatifs au ravin. Elle souligne qu’au lendemain de l’Indépendance, «Oran reconsidère la programmation de ses espaces verts. Un plan de la ville du Service de l’Urbanisme, daté le 12 juillet 1964, spécifie les états actuels et projetés des espaces verts. Le ravin de Ras el-Aïn n’y figure pas comme projet. Il se présente sous forme de zone sans désignation entre les groupes de quartiers Eugène-Etienne et les Planteurs à l’Ouest, et le camp militaire dénommé Saint-Philippe à l’Est.»

Cet extrait constitue aujourd’hui, l’argument massue que ces mêmes portes plumes, qui n’ont certainement pas lu une seule phrase de l’écrit en question, mais se plaisent à répéter ce paragraphe vraisemblablement « soufflé » par les lobbys de l’immobilier et leurs alliés de l’administration locale, qui ont fait main basse sur le patrimoine foncier de la ville.

A quel projet fait référence notre chercheuse dans cette phrase ? Bien entendu, nos gribouilleurs, connus sur la place publique pour leur tendance maladive au plagiat n’ont même pas pris la peine de s’interroger sur cela ?

Le professeur Bekkouche fait en réalité référence au premier Plan Directeur du Groupement d’Urbanisme dressé par J. Durin en 1960, à la veille de l’indépendance et qui récupère le ravin à des fins ludiques en le concevant comme un futur espace vert.

Voilà donc ce que nos pseudo-journalistes ne diront pas, tout comme ils ne diront rien de la conclusion de la chercheuse, dont nous prenons un plaisir certain à citer un petit extrait «… Il s’offre aujourd’hui comme un héritage à valoriser et un fonds d’idées à exploiter dans la perspective d’une composition urbaine qui puisse lui donner la mesure de sa particularité. Situer l’image du ravin de Ras el-Aïn au niveau d’un espace majeur, c’est lui restituer l’importance de son échelle multidimensionnelle.»

Les jardins de Ras el Ain ne sont pas une «nostalgie passéiste», mais une réalité concrète depuis 902 jusqu’ à ce jour ou, du moins, tant qu’existera encore un jardinier à l’instar de Aâmmi Ali dernier concessionnaire agricole du ravin, qui continue vaille que vaille, envers et contre tous, à perpétuer courageusement une tradition millénaire sur un bout de jardin.

L’agriculture urbaine à New York

Aujourd’hui, à l’heure du développement durable et du changement climatique, qui n’est pas une vue de l’esprit puisqu’en l’espace d’une vie oranaise (80 ans) environ, nous sommes passé d’un climat tempéré semi- aride à un climat aride et sec avec une perte de pluviométrie de quelques 183 mm et une augmentation de la température qui atteint presque 0,2°, en moins d’un siècle ainsi qu’un indice d’aridité qui passe de 11 à 18. Cette réalité climatique rend encore plus urgent l’émergence d’une conscience écologique citoyenne.

Bien entendu nos pédants et pseudos-journalistes, aveuglés par leur goût de la perversion pour ne pas dire de la prostitution s’offre toute honte bue aux lobbys prédateurs et s’offusquent de l’émergence de cette conscience citoyenne qu’ils tentent, à travers une phraséologie choisie, de ridiculiser.

La végétalisation et plus encore le retour de l’agriculture urbaine n’est pas la fierté de quelques bourgades de province qui ont des prétentions de métropole à l’instar de la pauvre Oran. Elle est, aujourd’hui, la fierté de mégapoles modernes à l’instar de New-York ou la municipalité a racheté et a mis à la disposition de ces concitoyens quelques 700 ha de terre à jardiner.

A l’instar de Pékin, futur capitale de l’empire terrien ou 60%, soit environ 15 millions de personnes se nourrissent à partir des potagers urbains.

A l’instar d’Amman, cité de la millénaire de la Jordanie, ou le sacre de la terre n’est pas un mot creux et ou les pouvoirs publics ont fait en sorte que la terre soit bancarisée Quelques 100 ha de jardins urbains greffésà l’utilisation des eaux grises permettent à la population d’Amman de réduire au moins symboliquement sa dépendance alimentaire et surtout d’être fières de la «richesse» de leur contrée et accessoirement de leurs idées et qui ne doivent rien à la rente pétrolière.

La Havane.

L’expérience cubaine est encore plus probante et certainement à méditer par nos pseudos journalistes.

La République de Cuba fut confrontée à une crise majeure lorsque le bloc soviétique s’effondra dans les années 1990-91. Du jour au lendemain, la ration cubaine passe de 3000 calories par jour à 1900.

Pour parvenir à surmonter la faim et la malnutrition, et ce sans fertilisants, herbicides, insecticides et…. sans pétrole, le gouvernement délaissa le modèle agro-industriel et entreprend une révolution véritablement «verte» à travers la mise en place d’une agriculture urbaine, entièrement biologique dès 1997. Cuba ne connaîtra ni la faim, ni de «révolution printanière» n’en déplaise à l’Oncle Sam.

En 2009, la production totale de légumes de La Havane a atteint 286 000 tonnes, alors qu’elle était de 20 000 tonnes par an en 1997. Pour la seule période allant de janvier et novembre 2010, l’agriculture urbaine cubaine produira 1,2 millions de tonnes de nourriture, soit une ration quotidienne de 300 gr environ de produit frais et biologique par habitant.

En Russie, l’agriculture urbaine concerne 65 à 80 % des urbains et la pratique de cette agriculture est située dans le «domaine de la stratégie de survie.» Que dire des modèles urbains, si cher à nos pseudo- journalistes plus adeptes des «moussalsalates» des discussions de bistros et des grandes surfaces lorsqu’ils voyagent, que d’un véritable travail de documentation encore moins d’investigation.

À Istanbul, en Turquie, une production maraîchère, installée sur des terrains publics, le long de la muraille byzantine de Constantinople, perpétue à ce jour une tradition millénaire d’approvisionnement de la ville en légumes frais.

A Valence, en Espagne, la dernière crise financière a permis de générer 80 ha de jardins urbains exploités collectivement par la population. Nos pseudo- journalistes se contentent d’être les chiens de garde d’un ordre oligarchique établi tout en ignorant volontairement et totalement ce que les peuples et les sociétés citoyennes entreprennent ailleurs, pour réduire leur dépendance à la rente afin d’à assurer leur sécurité alimentaire et garder la tête haute sans être obliger de quémander un bout de pain fut-il à leurs gouvernants.

Enfin, pour conclure, nous reprendrons ce que le docteur Bekkouche soulignait dans son article, il y a 19 ans déjà. « … A ce titre les intentions préliminaires à l’étude du Plan Directeur d’Aménagement Urbain (PDAU) d’Oran lancé en 1994, (passé sous silence par nos pseudo journalistes), annonçaient en substance que «Les règlements d’urbanisme seront conformes à l’esprit de la loi 90/29 du 1/12/90… ». Parmi les orientations données, il s’agit de considérer et développer les aspects culturels dans la démarche conceptuelle d’aménagement. L’effort annoncé d’inscrire «l’aspect historique… à partir d’une recherche documentaire et traces archéologiques ainsi que certains témoignages oraux » dans l’étude, signifiait l’idée de concrétiser ces aspects pour transgresser le niveau technique des études d’urbanisme. Mais il s’avère en définitive et notamment au niveau des débats publics, que le côté culturel n’a jamais été véritablement abordé.

A qui la faute lorsque de pseudo-journalistes, donneurs de leçon transgresses les règles élémentaire de déontologie avec la complicité des politico-technocrates locaux, voir nationaux.

  • Par Samir Slama.

 

Centenaire de Mouloud Mammeri : La pensée «mammerienne» revisitée à Oran

dans Actualités

La pensée «mammerinne» a été revisité ce samedi matin, lors d’un colloque au théâtre d’Oran, sur «l’œuvre de Mammeri et le cinéma», aujourd’hui et demain, dans le cadre du centenaire de l’écrivain, organisé par le haut commissariat à l’amazighité et sous le haut patronage du président de la République et en collaboration avec la wilaya d’Oran ainsi que l’association « Numidya».

Si El Hachemi Assad considéra le colloque comme «un juste hommage à un monument de la culture algérienne et sa dimension amazighe». Le secrétaire général s’est incliné à la mémoire des militants pionniers de la cause amazighe à l’instar de feu Mohand Ouidir Ath Amrane, ainsi que Djouher Amhiss et Da Abdellah Hamane présents au colloque.

A leur adresse, il dira que «ce centenaire est le fruit de votre combat et celui des générations depuis le mouvement national , jusqu’à la réconciliation nationale avec soi, usant d’un discours apaisé, loin des radicalismes et du déni de soi, pour parvenir à un capital commun et une fière appartenance  à cette terre ».

L’intervenant annoncera aussi la signature le 16 mai prochain d’un accord entre le HCA et la représentation de l’ONU pour traduire en tamazight le document sur les objectifs du millénaire du développement durable, suivi d’un cycle de formation le 21 mai pour les agents du greffe sous la houlette du ministère de la justice.

Lors de leur prise de parole le wali d’Oran et le représentant du premier ministre ont chacun insisté sur l’importance du colloque pour la réappropriation du legs de Mouloud Mammeri pour la valorisation de tamazight, surtout après sa constitutionnalisation comme langue nationale et l’une des composantes du triptyque amazighité, islamité et arabité.

De son côté l’universitaire Mme Melha Benbrahim a évoqué le premier texte «la société berbère» écrit par Mammeri en 1938, à l’âge de vingt ans et publié dans une revue marocaine. «Ce texte annonça sa vocation de défenseurs de cette cause pour rendre la voix à cette culture plusieurs fois millénaire, il aborde trois notions de la société berbère qui sont – assefru (poème)- awal (parole) et amusnaw (le sage) ».

Abdelmadjid Bali l’un des élèves de Mammeri insista sur le fait que «le colloque ne doit pas être une fin en soi, mais doit être une amorce pour se réapproprier les combats et les idées de Mammeri afin de consacrer sa dimension, par des approches scientifiques et des outils adéquats à sa préservation et son développement ».

L’universitaire Mohamed Bensalah, quant à lui rappela le déni dont fut victime l’homme de lettres et l’anthropologue reprochant au CRASC d’Oran «le peu d’intérêt accordé aux travaux anthropologique de Mammeri».

Il appela également les spécialistes à faire un travail sur les textes inédits laissé par Mammeri «à la veille de sa disparation », soit une pièce de théâtre et un roman. «Il faut reprendre ses textes pour en faire une œuvre et une analyse comme l’ont fait d’autres sur des fragments de textes laissés par Camus»conclura-t-il.

Enfin, ce fut autour des réalisateurs Ahmed Rachedi et Belkacem Hadjadj ainsi que le cinéaste Ahmed Bejaoui de parler de leur expériences respectives sur les œuvres de Mammeri adaptés au cinéma à l’image du film «L’opium et le bâton » et le documentaire «L’aube des damnés » dont le commentaire fut écrit par Mouloud Mammeri.

  • Par B.D.J

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour une refondation de l’institution théâtrale : Le CRASC propose une sortie de crise

dans Actualités/Culture

 

  • Par Ali HASSANI

 A l’image de la culture en Algérie, le théâtre ne va pas bien. C’est la crise. La sonnette d’alarme est déjà tirée. Le 27 mars dernier, au CRASC, à la veille de la célébration de la journée mondiale du théâtre et des arts de la scène, invités par des chercheurs, des praticiens ont tenté de donner des éléments de réponse à un constat et de faire des propositions pour sortir de ce qui constitue désormais la crise du théâtre algérien.

Repenser le théâtre en Algérie

«Pour une refondation de l’institution théâtrale» a été le thème débattu lors de la table ronde tenue en cette journée printanière du 27 au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC).

La rencontre modérée par le chercheur Hadj Miliani, a été animée par des acteurs impliqués dans le fait culturel théâtral, local et national. Nombreux objectifs ont été assignés à cette rencontre dont principalement de débattre des dispositifs de structuration de l’activité théâtrale en Algérie dans tous les domaines.

Selon Hadj Miliani, la rencontre constitue une occasion pour élaborer des propositions concrètes, formuler un cadre d’organisation et repenser une carte des structures dans le domaine théâtral.

Rappelant le contexte économique actuel et la conjoncture caractérisée par un semblant de «restructuration de l’activité théâtrale» Hadj Miliani a énuméré, lors de l’introduction du thème, plusieurs aspects liés aux différentes facettes «susceptibles» d’apporter «le plus attendu» ou «le changement tant espéré.»

Entre critiques et propositions

Dans son intervention, le journaliste Mohamed Kali a surtout plaidé pour «une refondation graduelle» du domaine théâtral. Il est revenu sur l’historique en prenant comme origine, le début de la crise au lendemain du «soulèvement social» en octobre 1988. S’appuyant sur son expérience, il s’est limité à citer des faits en prônant la production de «l’information». Son «plaidoyer» a été en faveur des intermittents du théâtre, dont l’officialisation serait une solution qui permettrait à des centaines de personnes de vivre décemment de cet art qu’est le théâtre. Afin de ratisser large, Mohamed Kali n’a pas hésité à proposer des «copier le modèle français» en «récupérant les maisons de la culture, en assurant une formation qualifiante et en enseignant le théâtre à l’école

L’intervention du directeur du TRO Abdelkader Alloula, M. Ghaouti Azri, a été un véritable condensé de «critiques et de questionnements». Selon lui, «le ministère de la culture est en crise de gestion», c’est pourquoi il a recours à ce qu’a été «produit auparavant», allusion faite au travail entrepris en 2008 à propos des états des lieux du théâtre algérien. Le gestionnaire n’est pas allé par plusieurs chemins pour dire que «l’Etat ne s’occupe plus du théâtre

Avant de conclure, M. Azri s’est attardé sur la proposition relative à la création des centres dramatiques nationaux, CDN, dont les missions seraient données aux actuels théâtres régionaux qui jouissent d’une certaine expertise.

En guise de conclusion, il avancera que «le corps social est malade» et cela se répercute négativement sur l’ensemble des domaines, la culture et le théâtre, comme la santé, l’éducation ou l’enseignement supérieur.

Reconquérir l’espace social

Pour sa part, Lakhdar Mansouri s’est étalé, dans son intervention, sur «la crise sans précédent» et «le lot d’incohérences» vécus par les universitaires afin d’assurer une formation adéquate dans le domaine théâtral. L’universitaire est revenu sur les problèmes et les contraintes dans lesquels (et malgré lesquels) la formation est assurée. Parmi les propositions faites, Mansouri a insisté sur «la consultation des juristes afin de proposer des textes pour la praticiens en adéquation avec les lois qui régissent les relations de travail

Lors du débat ouvert à la fin de la table ronde, des critiques ont été formulées et des questions posées, alors que leur contenu a tourné autour d’une seule problématique de base : «comment conduire une réelle démarche stratégique en matière de marketing culturel dans le domaine théâtral

Cela suppose des réponses à certaines questions relatives au produit artistique lui-même, à la nature de son financement et à l’aspect conatif relatif à comment drainer le public, segmenté ou non. Le tout passera nécessairement par la reconquête de l’produit artistique, de la cité, tout simplement.

Un ministère en panne de créativité

Le théâtre algérien vit une phase déterminante pour son avenir, ou plus exactement, pour l’avenir des gens qui le font vivre et vivent de ce qu’ils font. La scène artistique algérienne, à travers les arts de la scène, vit au rythme du contraste. Sensée donner de la créativité, cette scène est en pleine crise de créativité. Le ministère est pointé du doigt et tout ce que font Mihoubi et ses collaborateurs déplaît, pire : il est à l’origine de la grogne généralisée.

Quel message aimeraient ou auraient aimé transmettre les gens du théâtre algérien à l’occasion de la célébration de la journée mondiale dédiée aux arts de la scène en ce 27 mars 2017?

Entre «redynamiser le théâtre et valoriser l’artiste», le cœur balancera et la parole ne sera guère tranchée.

Né dans un contexte colonial, même s’il serait «sorti du néant dans les années qui ont suivi la guerre de 1914» selon l’affirmation de Mahieddine Bachetarzi dans ses mémoires, ou existait dès 1912 grâce aux premières pièces en langue arabe classique, selon Ahmed Cheniki, le théâtre algérien a construit son champ d’expression, d’après Hadj Miliani, en fondant «un répertoire inspiré du patrimoine universel et des questionnements politiques et sociaux de la société algérienne».

Actuellement victime expiatoire de multiples facteurs, exogènes et endogènes, menées par des considérations politiques, des exigences idéologiques et des prétextes artistiques, le théâtre algérien n’arrive plus à attirer le public ni à imposer son rythme et son choix culturel. Il ne fait plus vivre et se perd entre une bureaucratie aliénante et un manque de stratégie flagrant.

 

 

Le bilan est mitigé : La médiation, a-t-elle échoué en Algérie ?

dans Contributions
  • Par Ali HASSANI

Malgré son importance, et en l’absence d’une évaluation effective et réelle, la médiation en Algérie est un échec cuisant, compte tenu des objectifs qui lui ont été assignés et des attentes de nombreux pratiquants. Le point.

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Au début, était …Inwent

En 2008, alors que les personnes, formées par Inwent, un organisme relevant du ministère allemand de la coopération internationale, affichaient leur optimisme à voir la médiation, un mode dit alternatif pour la gestion non-violente des conflits, investir de plus en plus, le terrain, l’Etat algérien promulgue la loi relative à la création de la médiation judiciaire. Ainsi, les portes ont ouvertes pour que greffiers, avocats et magistrats postulent pour les postes et titres de médiateurs judiciaires. Personne ne pouvait imaginer qu’au lieu de constituer un départ et un souffle propulseur, cette décision a marqué le début de la fin pour la médiation en tant que mode social pour prévenir, réguler et/ou résoudre les conflits.

Dès 2002, le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, et sur proposition de partenariat avec Inwent, a ouvert les portes à ses directeurs de wilaya et cadres pour se former dans la gestion non-violente des conflits environnementaux.

Une année plus tard, en décembre 2003, le CRASC se joint à Inwent, dans un programme de coopération algéro-allemande, afin de former dans le cadre de la médiation environnementale. Plusieurs sessions de formation ont été assurées, alors que la déperdition allait atteindre des niveaux assez élevés.

Effectivement, sur presque 300 personnes formées lors des premiers ateliers d’initiation, seulement une vingtaine de participants ont pu passer par les différents filtres et atteindre la phase finale, celle de la formation de formateurs. Le groupe final a suivi 200 heures de formation étalée sur plusieurs ateliers actifs privilégiant la forme participative.

La médiation étant une discipline qui fait appel à des compétences et aptitudes diverses, la formation a été graduelle. En fait, les formateurs, de divers horizons et domaines, ont assuré des formations dans la communication interpersonnelle, la gestion des conflits et la facilitation. C’est ainsi que le groupe cible, selon sa composante, ses passions et centres d’intérêt, s’est éparpillé sur plusieurs domaines et spécialités, tout en demeurant un ensemble d’individus multiplicateurs de la culture de la gestion pacifique des conflits.

C’est ainsi qu’en plus de ceux et celles qui ont choisi la médiation comme activité principale, d’autres membres ont préféré s’orienter vers l’animation, la facilitation, ou la recherche. Plusieurs personnes ont choisi de rester au niveau d’un travail sur soi et le développement personnel. Le bilan et l’évaluation n’ont pas été faits et demeurent donc, non identifiés.

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Fatiha Ben Naoum, la pionnière

Afin de rendre à César ce qui lui appartient et faire le point sur les faits historiques qui méritent d’être cités, il y a lieu de signaler qu’au cœur de ce processus, il y avait un nom: Fatiha Ben Naoum.

Cette femme issue d’une famille originaire de Sidi Bel-Abbès, très instruite et qui avait choisi de vivre en Allemagne dès la fin des années 1970, a été la véritable plaque tournante, le cerveau penseur et la principale actrice dans l’introduction, en Algérie, de la médiation, sous sa conception moderne. Elle était au four et au moulin, en Allemagne comme en Algérie et veillait au moindre détail pour que participants, formateurs et administrateurs assuraient, chacun et chacune dans son coin, ses tâches, ses missions et son rôle.

Fatiha Ben Naoum constituait le trait d’union dans la coopération algéro-allemande. A vrai dire, elle en constituait le véritable maillon fort. La dame était -et demeure- aimée et respectée par tout le monde pour son engagement, son assiduité et son sens de l’écoute.

Pour revenir à la médiation, L’Etat algérien doit capitaliser cette expérience qui donne l’air d’être diluée et donc sans effets réels. La médiation est peut-être un label national de premier ordre.

Durant les dernières années, l’Algérie a été sollicitée pour «modérer» plusieurs conflits et le nom de Lakhdar Ibrahimi est souvent cité en premier, quand on évoque le mot «médiation».

Néanmoins, dans cette réflexion à propos de la médiation, ce processus élaboré en quatre (04) ou cinq (05) étapes ou phases, est connu en Algérie depuis très longtemps. Citée par Saint Augustin en parlant d’Apulée de Madaure, la médiation est considérée historiquement comme étant algérienne.

Signalons qu’à travers le pays, les modes traditionnels de résolution des conflits sont connus. Nous en citons la « Jama’âa » et le « Jah ». A ce titre, il faut préciser que «nos» méthodes sont en fait, des formes plus ou moins élaborées de ce qui est appelé l’Arbitrage.

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Les raisons d’un échec

A notre sens, l’origine de l’échec, en Algérie, de la médiation qui n’assure plus sa fonction sociale, se trouve dans les trois facteurs suivants :

  • L’introduction, ou plus exactement l’instauration, de la médiation judiciaire qui s’est faite par un simple «copier-coller» des textes déjà connus et existants en France. Cela s’est fait sans étude préalable du contexte algérien, dans ses volets, social et culturel. Les personnes qui ont été chargées de promulguer les textes de loi, auraient pu prendre le temps nécessaire afin d’élaborer des articles et clauses prenant en compte l’évolution de la société algérienne.
  • Le recrutement des médiateurs s’est fait d’une manière anarchique. La justice en général, et algérienne en particulier, étant avant tout, bureaucratique, pour la médiation, les décideurs ont préféré faire appel à des greffiers en préretraite, avant d’élargir le champ aux avocats et autres magistrats. Bien sûr, l’affluence était record aux premières semaines après l’ouverture des candidatures. A Oran, par exemple, près de 200 dossiers ont été déposés dès la première semaine.
  • L’absence d’une véritable campagne de sensibilisation et de vulgarisation, permettant de préparer le terrain, a été défavorable pour la comprendre du processus, le pratiquer et en escompter des résultats réels et fiables. Tout a été fait dans l’expectative et la précipitation et l’Algérie a perdu plusieurs années difficiles à rattraper.

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Réactiver la médiation

Pour mieux comprendre la médiation, il est nécessaire de signaler que ce processus est basé sur des principes et règles, lesquels constituent l’essence même de ce mode de résolution des conflits. Arrivés chez le médiateur, de leur propre gré et volonté et avec des perceptions différentes de leur conflit, les médiés ou les antagonistes sont pris en charge dans le but de trouver ensemble un consensus ou un compromis leur permettant de concevoir les solutions. Le travail du médiateur se base essentiellement sur l’identification des causes du problème, des intérêts et des besoins, la nomination des sentiments et la conception des solutions possibles. Le rôle du médiateur est souvent assimilé à celui d’une sage-femme. Il aide à la naissance de quelque chose dont il n’est pas le créateur. Mais il n’est pas, non plus, là, pour résoudre le problème.

Sachant que la médiation peut constituer pour l’avenir, une clé efficace pour lutter contre les violences et un moyen pour prévenir les conflits, son usage et fortement recommandé. Gageons qu’à l’avenir, nos décideurs devront revoir leur pâle copie de la réglementation et ouvriront grandes ouvertes, les portes à la médiation conventionnelle.

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