Rencontre régionale sur le partenariat pour l’environnement: Perception des uns et interprétation des autres

dans Actualités/Environnement
  • Par H. I. M.

Le ministre des Ressources en Eau et de l’Environnement (REE), Abdelkader Ouali, qui découvre son département après six mois de son installation, semble dans la phase des questionnements lui permettant de comprendre et de relancer le secteur.

Un partenariat non identifié

Au-delà des motivations généralisées aux divers ministères du gouvernement Sellal, qui adoptent une même stratégie mais différentes démarches, celui des REE lorgne vers les associations en leur proposant un partenariat pouvoirs publics-société civile.

C’est un partenariat non encore identifié tant que les associations, dans leur majorité, demeurent diamétralement opposées aux pouvoirs publics, quant aux concepts et perceptions. La rencontre régionale de Tlemcen (1), qui s’est déroulée les 16 et 17 janvier 2017, la deuxième du genre après celle de Sétif en décembre dernier, a certes permis aux cadres du ministère des R.E.E de rencontrer des acteurs sociaux, mais a surtout rappelé aux uns et aux autres que les questions environnementales nécessitent de la volonté et de la concertation.

Abdelkader Ouali a beaucoup prêché dans un discours moralisateur, improvisé pour lancer les débats lors de la rencontre à laquelle ont assisté les représentants d’une cinquantaine d’associations, des cadres du ministère de REE, dont les directeurs de wilaya, des universitaires et quelques élus locaux. Notons que le discours officiel n’a pas vraiment changé depuis l’ère Rahmani.

En effet, l’actuel ministre en charge du secteur (2)  a tenté d’interpeller les consciences, de titiller les fibres religieux et patriotique, de rappeler les valeurs relatives au travail et à la citoyenneté et de rassurer les présents quant à la disponibilité de son département au dialogue. Il a même utilisé la double contrainte «des directeurs de wilaya passif et des cadres malmenés lors des différentes sorties sur terrain

Des concepts universel à la réalité nationale

Abdelkader Ouali a avoué qu’il «ignore beaucoup de concepts universels» comme l’agenda 21 et la déclaration de Rio, tout en déclarant son attachement à «la réalité nationale», qui demeure peu reluisante, de l’avis de tout le monde. Dans sa démarche, l’actuel ministre procède par un ensemble de questionnements, lui permettant de découvrir le secteur des REE.

Dans son discours, le ministre s’est interrogé sur le rôle des différents organismes (3) qui constituent le secteur et sur les douze (12) lois promulguées et qui demeurent ignorées et inefficaces sur le terrain. Tout en rappelant les articles 19 et 68 de la constitution qui mettent les REE au centre des préoccupations des pouvoirs publics, Abdelkader Ouali se dit favorable à la création d’un observatoire national, qui aura la charge de collecter les données à partir des onze (11) autres observatoires régionaux, l’objectif étant l’élaboration d’une cartographie nationale de l’environnement. Le ministère ambitionne de marquer, par son empreinte, un secteur qui éprouve des difficultés énormes pour suivre le rythme imposé par les mutations au niveau international et imposé par des lobbys industriels et écologiques.

Le secteur de l’environnement : un géant aux pieds d’argile

Il faut rappeler que le secteur de l’environnement est passé par plusieurs étapes dont l’indicateur de base n’est autre que le nerf de la guerre : beaucoup d’argent y a été dépensé. C’est la période de la fin des années 1990 et le début des années 2000 qui a été la plus riche, matériellement, caractérisée par la main mise et forte d’un certain Chérif Rahmani, alliant à la fois et d’une manière trop contradictoire, une vision radieuse et une réalité malheureuse.

Durant cette période, beaucoup de choses ont été dites et pensées alors que peu de concret a été constaté. De l’avis de beaucoup de gens, le secteur de l’environnement est l’exemple d’un géant aux pieds d’argile.

L’année 2001 a constitué le grand tournant très mal négocié, de l’avis des observateurs. Le début était les allemands de la GTZ (devenue quelques années plus tard, GIZ, après la fusion de GTZ avec d’autres organismes comme Inwent et IFA, sous l’égide du ministère allemand des relations internationales).

Ce tournant a permis au secteur de l’environnement de former ses cadres dans plusieurs domaines et thèmes comme la gestion des déchets et la régulation des conflits environnementaux. Il est important de rappeler que ce partenariat avec GTZ a été motivé par l’échec cuisant du fameux projet mort-né du lancement de la charte citoyenne pour l’environnement.

L’échec a été surtout la conséquence du boycott et non adhésion des collectivités locales au dialogue (4) APC-citoyens. A Oran, on avait procéder par la création d’un conseil consultatif communal présidé l’universitaire Mahi Tabet Aouel, alors qu’à Gdyel la première réunion, à laquelle ont assisté les représentants de la société civile et de la direction de l’environnement, a été boycotté par le maire lui-même. Le conseil consultatif, installé par Noureddine Djellouli, maire d’Oran à l’époque, n’a tourné que pendant un trimestre, n’ayant même pas procédé à l’élaboration de son règlement intérieur.

La présence en force de la GTZ en Algérie, a coïncidé avec le lancement presque parallèlement, des fameux projets de l’Unité de Gestion des Programmes (UGP), par la Commission Européenne.

Plusieurs associations, surtout de l’ouest du pays, avaient bénéficié de la formule (20/80)%, arrêtée pour le cofinancement des projets. Ce mode de gestion des projets a fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de critiques ont été émises. Soulignons que dès 2009, les programmes de la GIZ et de l’Union européenne, se sont installés en Algérie, en y initiant de nouveau concepts renforcés par des expertises.

Des associations algériennes continuent toujours à bénéficier des mêmes aides, financières et techniques, pour mener des projets d’impacts plus ou moins larges sur la société et le quotidien des citoyens, tout cela à partir des canevas élaborés pour la circonstance.

Ce n’est que vers 2015, que le secteur de l’environnement, en copiant le modèle de la GIZ et de l’Union européenne et à travers ses différents organismes, a commencé à initier certains petits projets locaux en partenariat avec des associations.

Différentes expériences, différentes perceptions

La rencontre de Tlemcen s’est déroulée sous forme d’ateliers brainstorming. Cinq ateliers ont été créés pour la circonstance avec une modération qui, pédagogiquement, laisse à désirer tant que les interventions ont été dirigées et conditionnées, par les cadres du ministère des REE. Trois remarques s’imposent dans ce cadre :

Selon leurs expériences respectives, certains représentants d’associations ont activement participé à donner des idées ou à l’enrichissement du débat, alors que d’autres sont restés passifs préférant observer sans intervenir.

Au total, une cinquantaine d’idées (5) ont été recueillies dans les différents ateliers. Ce sont les cadres du ministère des REE en collaboration avec un pouls de personnes ressources, auront la charge, après la tenue prochaine de la rencontre de Blida, pour les associations des wilayas du centre du pays, d’élaborer un plan d’actions.

La modération dans les ateliers s’est basée sur les résultats de la première rencontre de Sétif qui a réuni les associations de l’est du pays, ce qui a constitué un conditionné les débats. En outre, la nécessité de définir les deux mots clés de la rencontre, à savoir PARTENARIAT et CITOYENNETÉ, aurait pu donner des résultats plus intéressants, puisque beaucoup de participants en ignoraient le sens et la faisabilité.

En commentant les différents rapports, lus par les rapporteurs des ateliers, Abdelkader Ouali, est resté fidèle à sa vision des choses : des décisions ont été prises et des réflexions lancées. Les directeurs de wilaya doivent être plus actifs et plus forts en assurant le rôle de véritables conseillers des walis, les maisons de l’environnement seront ouvertes aux citoyens, les conseils consultatifs sont à bannir et bénéficier des l’expertise de certaines associations, ont été  les points forts à retenir de la rencontre de Tlemcen.

En quittant les hauteurs de Lalla Setti (6), les participants à la rencontre se sont posé des questions, dont deux revenaient sur toutes les lèvres : à l’approche des élections, le partenariat, est-il conjoncturel ? Pourquoi n’a-t-on pas capitalisé les anciennes expériences ?

Pour la paix sociale, beaucoup de questions trouveront leurs réponses dans les semaines à venir.

 

1 : rencontre sur le partenariat pour l’environnement, dont le titre est «ensemble vers une citoyenneté pour l’environnement».

2 : il s’agit de l’environnement, qui a été toujours fusionné avec d’autres secteurs, dont l’aménagement du territoire, le tourisme et depuis six mois, les ressources en eau.

3 : sept (07) organismes et entreprises ont été créés depuis plusieurs années et qui demeurent en stand by, pour différentes raisons. Il s’agit, entre autres, des agences nationales des déchets, du littoral et des changements climatiques, du conservatoire de formation et du centre de développement des ressources biologiques.  

4 : le dialogue a été lancé à travers tout le territoire national, mais seule la commune de Sidi Bel-Abbès a pu constituer le document de base, qui n’est autre que la charte citoyenne.

5 : les rapporteurs dans les cinq (5) ateliers ont préféré parler de recommandations, dont certaines d’entre elles, ont constitué des redondances et des répétitions. 

6 : c’est la zone protégée qui a abrité les ateliers.