Qui sauvera l’honneur perdu d’une profession?

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Encore un 3 mai marqué par l’absence de toute réflexion sur une profession qui traverse sa pire crise depuis l’indépendance. Encore une occasion ratée pour au moins s’interroger sur la dimension de la crise multidimensionnelle que vit la presse depuis presque dix ans. Pourtant, durant l’année 2016 et le trimestre de l’année en cours, des titres ont fermé boutiques et des journalistes ou apprentis journalistes ont été contraints de changer de métier pour certains et de vocation pour d’autres. Tout ça dans le silence le plus complet.

Dans ce «drame» ou processus de décantation pour d’autres, l’échec ou la faillite de ceux qui se sont inventés éditeurs, ou qui ont découvert un beau matin une âme de patron de presse, a quelque chose de réconfortant. Au moins cet échec rappelle que la profession demeure l’affaire de gens de métiers et non de commerçants ou d’opportunistes.

Par ailleurs, la faillite (ou la fermeture) d’un certain nombre de titres de la presse est là pour démontrer que la stratégie adoptée par les pouvoirs publics dès 2000, consistant à octroyer l’autorisation de se lancer un journal à la clientèle du pouvoir, dans l’espoir de limiter l’audience de certains titres de la presse privé qui étaient encore récalcitrant ou manifestaient de la résistance. Une stratégie qui s’est avérée en fin de compte peu judicieuse et trop coûteuse à tout un secteur dans son ensemble.

Mais nous n’allons pas céder à la facilité et faire porter la responsabilité de la crise que traverse le journalisme uniquement au pouvoir en place. Nous tous, sommes responsables, à un degré ou à un autre, du délabrement dans lequel se trouve ce métier noble. Journalistes et éditeurs. Par nos lâchetés en premier lieu.

Au fil des ans, nous avons relevé que le métier était investi par des indus occupants sans bouger le petit doigt. Un métier qui a subit exactement le même processus de dégradation que les beaux immeubles hérités de la période coloniale et dont nous cherchons actuellement, après coup, à sauvegarder quelques vestiges.

Nous n’étions pas suffisamment jaloux de notre métier qui a permis l’enrichissement à certains, la notoriété à d’autres et la respectabilité à tous ceux qui la mérite.

Grisés par l’aura que confère le métier, nombreux ceux qui n’ont pas résisté à l’envie de se compromettre en s’approchant trop des détenteurs de pouvoir. D’autres, plus modestes, se sont mis au service des institutions sécuritaires au moment ou certains n’ont pas hésité à user du chantage pour accéder à des privilèges matériels.

Un jour, il faudrait consigner toutes les compromissions d’une profession qui s’est souvent fonctionné en justicier, ce qui n’est pas son rôle initial. Tout ceci pour dire que nous portons une part de responsabilité dans la crise que traverse notre profession. Nous qui cultivons volontairement l’amnésie.

Il y a à peine une année, un groupe de journalistes d’Oran a initié ce qu’on a nommé «La déclaration d’Oran» (voir ci-dessous), invitant tous les intervenants dans le domaine de la presse à initier le débat pour sauver ce qui peut l’être.

Au bout d’une année, jour pour jour, rien n’a été fait. La situation s’est aggravée un peu plus. En attendant le coup de grâce dans un proche avenir. Avec l’émergence d’une nouvelle génération ……peut être.

  • Par ZIAD Salah

 

 

DECLARATION D’ORAN
Nos Libertés sont menacées, Agissons.
 
La scène médiatique vit ces jours-ci au rythme de graves dérives, qui remettent en cause les acquis du peuple algérien en matière de droit à l’expression libre de ses opinions, ses préoccupations et ses aspirations à vivre dans un état de droit.
    Nous enregistrons, nous collectif de journalistes exerçant dans différents supports de presse, que l’avenir du libre exercice de notre profession est sous la menace multiforme de répression et de harcèlement,  s’inscrivant dans un processus de  remise en cause du droit des algériens (nes) à la liberté d’expression et à l’information, consacrées dans les articles 48 et 50  de la Constitution algérienne.
     Nous enregistrons le retrait de l’Etat de son rôle de protection des droits garantis des citoyens et citoyennes et des travailleurs dans le domaine médiatique, en laissant le champ libre aux propriétaires des entreprises de presse de piétiner les droits légitimes des travailleurs à un salaire décent digne du métier qu’ils exercent ; déclaration au niveau de la sécurité sociale ; orientation éditoriale contraire à la loi sur l’information ; exploitation occulte de la rente publicitaire publique ; octroi sélectif de la publicité publique; l’embargo exercé sur les journaux dits «petites publications» ce qui les condamne à ne pas d’entrevoir leur développement.
     L’Etat s’est dessaisi de ses obligations d’assurer l’information pour le citoyen, comme stipulé dans l’article 36 du code de l’information, en se retirant du secteur de la diffusion de la presse écrite et de son rôle de régulation et de contrôle de ce secteur.
   Cette situation a engendré des pratiques malsaines , caractérisées par «des marchandages et chantages» exercés par des pseudo-journalistes et pseudo-éditeurs de presse, qui s’ajoutent à «l’octroi occulte» de la publicité des entreprises publiques à des titres sans lectorat, et des journaux non distribués dans les kiosques; pour faire passer des marchés publics dans l’opacité portant un grave préjudice à l’économie nationale.
    Nous enregistrons également, les pressions et répressions sur la liberté d’écriture, exercées par les annonceurs privés sur les propriétaires de journaux, au détriment du droit du citoyen à une presse intègre et crédible. Les titres bénéficiaires de cette manne publicitaire se transforment en entreprise de promotion et non d’information.
   Nous dénonçons  la permissivité et la passivité de la Commission Nationale d’Octroi de la Carte de presse avec nombre d’éditeurs qui attribuent cette carte à des personnes étrangères à la profession et sans aucune qualification, aggravant d’avantage la pollution du paysage médiatique et décrédibilisant toute une profession. Déviation déjà entamée avec la délivrance d’agrément de création de titres à des personnes non qualifiées comme stipulé dans l’article 23 du code de l’information.
    Cet état de fait, explique en grande partie le classement peu honorifique de l’Algérie en matière des libertés et du respect des droits de l’homme par des organisations mondiales spécialisées, malgré le lourd tribut payé par les algériens pour la reconquête de la souveraineté nationale  et la survie  de la République.
   La scène médiatique vit une déliquescence avancée, ceci nous oblige à revendiquer l’application des dispositions de la Constitution et des lois de la République garantes du droit du citoyen à la liberté d’expression et d’une presse libre et crédible.
   Nous appelons les journalistes et les partenaires sociaux, citoyens,  associations, syndicats et forces politiques à œuvrer pour la tenue dans un proche avenir «des états généraux de la presse», afin de disséquer et débattre de la situation de la presse et élaborer une plate forme allant dans le sens de la protection du droit du citoyen à une presse libre et intègre, la protection de ceux qui exercent le métier du journalisme de toutes pressions et restrictions illégales. Notre conviction : sans large adhésion de tous les acteurs sociaux, point de liberté de presse.
Premiers siganataires:
Bourbia Lahcene, Aziz Mouatz, Amel Bentolba, Ziad Salah, Slama Samir, Benamar Mohamed Nourine, Bensalah Djaafar, Guelil Noureddine, Lahdiri Cherif, Bendaha Hakim, Derki Sidi Mohamed, Ould Ali Samir, Moussaoui Abdelhalim, Barti Houari, Lardja Boualem, Bensaad Mokhtaria, Benboualia Redouane, Benachour Djamel, Elkebir Akram, Benzerga Abdelkader, H’mida Ayachi.