Oran à la recherche d’un nouveau look : L’art de transformer la ville en…village

dans Actualités/Environnement
  • S. Slama

Après la création de la première partie du fameux  jardin  citadin et méditerranéen sur la frange maritime, la ville d’Oran a entreprit de créer la deuxième partie de ce jardin en bordure du boulevard du Millénium à moins de 1 km à vol d’oiseau du premier. Cette deuxième partie dénommée jardin citadin 2,  est elle-même une sous-partie d’un ensemble jardiné qui, à terme, devrait faire quelques 17 ha du moins, si la promesse faite aux oranais est toujours tenue.

En sus de ce grand projet de 4 ha, la municipalité se propose de créer des jardins dit de proximité au lieu et place de toutes les anciennes gares en l’occurrence la gare d’El Hamri, celle des Castors et celle de Yaghmoracen.

A cela il faut ajouter le traitement paysagé de la place El Kahina au centre de la ville en attendant le relookage d’autres places publiques avec, comme fil conducteur, le rasage, tout aussi inutile et énigmatique, des kiosques.

Les oranais ne peuvent donc qu’applaudir cette belle initiative, qui pourrait, fort bien, être un «argument» en faveur de l’équipe actuelle lors des prochaines élections locales. Le problème, si l’on peut dire,  se situe dans les conceptions paysagères de ces magnifiques espaces.

Il y a lieu de ce demander  si les concepteurs, de ces paysages ont, un jour, ne serait ce que par curiosité, ouvert un traité de paysage.

Dans son traité sur la composition des paysages, publié en 1777, René Louis de Girardin, nous a appris que : «Ce n’est ni en architecte, ni en jardinier, mais en Poète en en Peintre qu’il faut composer des paysages, afin d’intéresser tout à la fois l’œil et l’esprit

Cela n’est pas nouveau en soi, la poésie arabe avait déjà inventé les célèbres «nouayrates» ces poèmes dédiés à la nature et aux jardins qui furent à la base de la création des légendaires jardins de l’Andalousie heureuse.

Les tout nouveaux jardins d’Oran n’ont malheureusement rien de poétique ni même d’intéressant. C’est tout juste si l’on peut les qualifiés d’espaces végétalisés.

D’ailleurs il y a  quelques jours le vice-président en charge de l’urbanisme a relevé, à travers la presse, «l’indigence» de nos jardins.

Sa  petite phrase «nous avons fait dans la simplicité», nous dit, en finalité, beaucoup, car la simplicité d’une composition paysagère se mesure d’abord à l’once des coûts des réalisations et de l’entretien.

Faute de chiffres, nous ignorons, donc, si les coûts de ces réalisations furent aussi réduits que le laisse entendre notre vice président. C’est d’ailleurs là un sujet qui fâche et sur lequel nos élus préfèrent éviter de communiquer.

En réalité la «simplicité» que préconise notre élu, devrait se situer beaucoup plus dans le système de gestion qui doit permettre de différencier les espaces en fonction de leurs situations dans l’espace urbain, plutôt que dans la brimade de l’esprit créatif des paysagistes et dans l’indigence de leurs compositions.

Mais revenons donc sur la composition paysagère des jardins et prenant l’exemple du célèbre jardin citadin 2, copie conforme du 1er avec ses grandes allées bétonnées, ses pelouses et son bassin. Alphan, célèbre ingénieur, à qui Paris doit sa réputation de plus belle ville du monde, disait : «L’allée n’est qu’un itinéraire. Elle permet de se transporter d’un point à un autre, en suivant la direction la plus commande et la plus agréable ; elle n’ajoute aucun charme au tableau et lui nuit le plus souvent aussi doit-elle être complétement effacée

Voila pourquoi, il y a un an à l’occasion de l’ouverture au public du jardin citadin 1, nous avions alors parlé d’esplanade végétalisée au lieu et place de jardin. Ce qui avait beaucoup déplu à de pseudo-paysagistes plus accoutumés au  copié-collé qu’à la réflexion paysagère.

La composition du jardin citadin 2 n’est pas différente que celle du premier, il s’agirait, en fait, plus un espace vert d’accompagnement des structures sportives, socio-culturelle et même du parking projeté qu’un véritable jardin citadin.

Il aurait été peut être plus intéressant de développer sur quelques milliers de autour de la fameuse maison de l’environnement, des jardins collectifs.  Ce qui constituerait une manière comme une autre de titiller la fibre écologique des associations et autres comités de quartiers qui foisonnent dans les parages.

Dans tout les cas, ces jardins partagés apporteront certainement un peu de couleurs dans et autour des esplanades gazonnées projetées, bien trop uniformes, trop mornes pour faire le jardin.

Nos paysagistes, qui non certainement pas pris le temps de lire Edward Petzold, célèbre paysagiste allemand, semblent donc totalement  ignorer que «la couleur confère âme et vie au paysage, en agissant sur les sentiments par le canal de sens. Elle est sa chair et son sang et sans elle la forme n’est que squelette

Non déplaise donc à nos «paysagistes», la création paysagère a aussi, pour vocation, de susciter l’envie de s’inventer une terre d’évasion sur les rebords d’une fenêtre.

Place de la Kahina un relookage sans qualité

La réaménagement de la place de la Kahina au centre de la ville ne fut pas des plus heureux, ainsi le mail arboré sur un coté de la place a tout simplement été bétonné.  Les Ficus qui le constituaient furent trop souvent mal traités et ont finit par rendre l’âme.

Dans le cadre du projet de relookage entreprit par la ville, les arbres morts ont été arrachés mais au lieu de les remplacer, comme il se doit, leur emplacement  fut tout simplement carrelé.

Plus grave encore, la municipalité a pris le soin de bétonner totalement l’espace vital des arbres qui subsistent. Edouard André autre paysagiste célèbre à qui Paris doit les Buttes Chaumond et Liverpool le parc Setfon (pour ne citer que ceux là) écrivait «Les arbres doivent être conservés dés qu’il y a doute sur l’opportunité de les supprimer. C’est à l’artiste à faire pour eux des sacrifices, à modifier ses plans… »

Le nouvel aménagement préconisé par nos «paysagistes» municipaux donne à cette superbe place un caractère falsifié pour ne pas dire absurde. Un caractère qui n’est assurément  pas propice à «nous extraire de notre condition usuelle et à nous plonger dans une autre indubitablement poétique » comme dirait Osmold, le célèbre paysagiste américain à qui New-York ; Boston, Chicago Montréal et bien d’autres grandes villes lui doivent beaucoup  dans leurs statut de métropoles.

Mais le comble de l’absurdité dans l’aménagement de cette place est ce minuscule et insignifiant palmier phoénix installé sur le massif central.  Indéniablement nos paysagistes ignorent que «le jardin est une œuvre d’art où la sculpture et l’architecture ont leur place ; elles le complètent en y ajoutant un cachet de noblesse et de Majesté. » comme le soulignait très doctement le maitre Alphan.

Pourquoi donc un palmier en touffe au milieu de cette place alors qu’un jeu d’eau, une statue ou même un bel Araucaria ; voir la silhouette sculpturale d’un dracéna aurait certainement un plus bel effet et aurait contribué à lui donner du caractère.

Pourquoi nos paysagistes ont ignoré les magnifiques escaliers de l’ex-Cathédrale dans le relookage de cet espace?

Pourquoi  fallait à tout prix gazonner ces parterres surélevés alors que tout le monde sait qu’ils  subiront indéniablement, le même sort que ceux de la place du 1er Novembre.

La place Kahina, entourée d’une architecture melting-pot, si l’on peu dire,  ou se trouve de majestueux bâtiments ne méritait certainement pas le traitement qu’elle vient de subir. Désormais ce superbe et trop rare espace public de la ville n’a rien à envier à place publique dans un village de l’arrière-pays.

Faute d’un espace vital protégé, l’arbre emprisonné dans le béton ne survivra certainement pas. Tout comme l’est l’esprit de nos responsables.