Moi, Nawel BENISSI, femme rifaine, maman et leader du « Hirak »

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Le courage coule dans ses veines et l’audace se mélange avec son sang, ne craignant personne, elle tonne d’une voix haute et scande des slogans réclamant l’abolition de «la hogra» et la «démilitarisation» de la province d’El Hoceima. Contrairement à la tradition, elle est à la première ligne des manifestations et marches de protestation. Il s’agit de Nawel Ben Aissa, la nouvelle icône du «Hirak» de la région du Rif.

Immédiatement après l’incarcération du leader Nacer Ezzafzafi, un autre a investi le devant de la scène. Mais cette fois ci c’est une femme.

Une jeune blonde a pris la décision de marcher à la tête des manifestations et des marches, à l’aide d’un mégaphone elle s’est adressé aux milliers de personnes réclamant la libération des détenus d’El Hoceima, en insistant aussi sur les revendications socio-économiques et culturelles. Elle n’omettra pas de souligner fortement le caractère pacifique du mouvement dont elle fait partie. Revendication qui ressort aussi dans ses post sur les réseaux sociaux.

Nawel Benissi, jeune rifaine née en  1981 à El Hoceima où elle  a grandi et où elle a partagé les peines et les difficultés des populations de cette région du Royaume, notamment à travers son engagement de lutte contre le cancer qui fait des ravages dans cette province du nord.

Mariée, elle est mère de quatre enfants dont l’aîné est âgé de treize ans. Elle a quitté l’école à l’âge de dix huit ans, après l’obtention de son bac, pour s’occuper de son foyer et venir en aide aux personnes atteintes de cancer. Son époux est chauffeur de taxi, métier refuge des enfants de la région pour échapper aux horizons sombres.

«Je suis une rifaine. Je suis née et j’ai grandi à El Hoceima. Dans cette même ville je me suis marié et j’ai enfanté. Donc il est logique que je sois imprégnée par les difficultés dont pâtit la région et ses populations ». C’est ainsi que Nawel a exprimé les raisons de son engagement à «Maghreb Voices ».

Elle qui a réussit à assumer à la fois son rôle d’épouse et de mère d’un côté et celui de son statut de leader d’un mouvement de masse. «Ma relation avec ma mère est excellente. Elle me donne un coup de main dans l’éducation de mes enfants. Mieux, ils passent le clair de leur temps chez elle» avouera-t-elle encore à «Maghreb Voices».

Nawel a investi la rue pour la première fois lors des manifestations conséquentes à la mort de Mohsen Fikri broyé dans une benne d’ordures. Elle a marqué de sa présence toutes les luttes qui se sont prolongées sept mois durant à El Hoceima, convaincue que la femme doit prendre part aux luttes sociales et politiques au même titre que l’homme.

Depuis qu’elle a dirigé la manifestation qui a eu lieu à Sidi Abed réclamant la libération de Zafzafi et de tous les détenus politiques du «Hirak», Nawel a été propulsé comme figure de proue de ce mouvement populaire. Elle a réussi à s’imposer grâce à son intelligence, son clairvoyance et ses prises de parole, dans un environnement connu pour son conservatisme.

Dans ce sens, elle avance «le nombre de femmes sorties pour exprimer leur solidarité avec Nacer Zafzafi a dépassé toutes les espérances. A Imzouren, une bourgade conservatrice il y a eu une marche composée exclusivement des femmes. Certes le Rif est conservateur mais la femme rifaine est consciente de la nécessité de s’impliquer pour réclamer ses droits»

Dans la matinée de ce jeudi, Nawel a été surprise par un appel téléphonique de sa mère qui, entre deux hoquets, l’a informé de la venue des éléments de la police pour la chercher. «Ma mère m’a supplié de fuir et de se mettre au vert. Ce que je ne ferais pas » tonnera –elle. Et d’ajouter «je me suis dirigé de mon propre gré vers un commissariat où on m’a interrogé pendant deux heures. En me livrant j’ai essayé de faire éviter à mes enfants tout traumatisme».

Nawel espère que son élargissement soit le point de départ d’un processus de règlement de la crise d’El Hoceima qui doit passer par la satisfaction des revendications économiques sociales et culturelles de la région. Et de clôturer ses propos par «ce que nous entreprenons aujourd’hui au Rif est la manifestation de notre amour de notre patrie et s’inscrit dans l’intérêt de notre patrie».

  • Par Karima Ahdad

Traduit de l’arabe par ZIAD Salah. Article publié avec l’autorisation de notre confrère Maghreb Voices