L’itinéraire d’un homme exceptionnel débattu à Oran: «l’Algérie du possible» d’Yves Mathieu

dans Actualités/Arts & Culture/Evocation
  • Par Mohamed El Amine

La cinémathèque d’Oran a vibré, ce lundi, à l’occasion de la projection du film «Algérie du Possible» de Viviane Candas, qui était présente au débat. Sa présence a donné du tonus à la discussion sur une période de l’histoire indépendante de l’ère Benbella. Le film documentaire de 90 minutes retrace l’itinéraire d’un militant engagé pour les causes nobles dont la Révolution algérienne.

Très jeune, Yves Mathieu , né en 1924 à Annaba, s’engage dans la lutte contre le nazisme, active au sein du Parti communiste, puis milite au Rassemblement démocratique africain, pour une raison qu’il exprimera ainsi : «J’ai passé trois ans à combattre le fascisme allemand, je dois maintenant combattre ce fascisme français qu’est le colonialisme».

Il épousera la thèse de l’Algérie indépendante en défendant comme avocat les militants algériens  dans le cadre de l’attentat du dépôt pétrolier de Mourepiane dans les quartiers nord de Marseille en 1957.

Parmi les inculpés, Mohammed Assaoui, responsable du FLN à Marseille et son adjoint Cherif Meziane jugés au fort St Nicolas par le tribunal permanent des forces armées de Marseille.

A l’indépendance, il rejoint son pays et est nommé comme conseiller au gouvernement. Il prendra en charge la question brulante des biens vacants abandonnés par les Pieds Noirs.

Il s’engage corps et âme pleinement pour l’autogestion en milieu agricole en lui conférant un cadre juridique. Il sera partout pour expliquer le bien-fondé de l’autogestion.

Son engagement  est exemplaire dans le reboisement, l’alphabétisation, l’industrialisation et autres action au côté de sa femme.

Après le putsch, il protesta et finira par s’éloigner des cercles du pouvoir en ouvrant avec sa femme un cabinet d’avocat.

Le 15 mai 1966, percuté par un camion militaire sur la route entre Constantine et Skikda, il quittera notre monde.

Une mort «obscure», selon son ami Chérif Belkacem puisque Mathieu aurait été en contact avec un groupe d’officiers dans le Constantinois qui activaient à renverser Boumediene.

L’auteure Viviane, qui n’est autre que la fille d’Yves Mathieu a quitté l’Algérie à l’âge de onze ans. Elle déclarera à l’assistance qu’elle a été «bouleversée» après le décès de sa mère en découvrant un «tas» de correspondances et de lettres se rapportant à son père. Cette découverte l’amènera à retourner au bercail pour «enquêter» sur la mort de son père et revenir sur ses pas.

Un film passionnant car remettant au gout du jour l’ambiance et l’euphorie de l’après indépendance avec les manifestations des travailleurs et les visites de Ché et autres dirigeants engagés monde à la « Mecque révolutionnaires » .

Des images en noir et blanc qui expriment la joie de tout un peuple retrouvant sa liberté. Six ans de travail et de tournage en  quête de «vérités» et de témoignages des anciens hauts responsables du pays dont Ben Bella, Me Verges, Meziane Cherif, Cherif Belkacem dans son lit de mort, Bentoumi, Med Harbi et Ali Haroun et d’autres voisins et amis comme Henri Coupon, Annette Roger-Beaumanoir, Jean-Marie Boëglin.

A ce titre, Viviane Candas nous propose un voyage dans le temps et à travers le pays pour nous faire partager l’euphorie et l’ambition d’un peuple qui a accédé à l’indépendance.

Chaque plan est significatif et aussi emballant l’un que l’autre du paysage de notre pays. Des images, qui nous interpellent en rappelant  l’engagement des Femmes et des Hommes,  de la beauté du paysage sauvage et des terres agricoles fraichement labourées, sur un fond musical où la percussion «bouscule» l’Histoire.

Au cours du débat, Viviane indique qu’elle a fait son deuil et ce film ne se veut nullement un « procès » ou une enquête sur une mort « obscure », mais l’itinéraire d’un Homme valeureux qui a tout donné à son Algérie du possible.