Liaison maritime Oran – Aïn el Turck fait chou blanc : « Dawira fel homéra! »

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L’inauguration de la liaison maritime Oran – Aïn el Turck, annoncé à grands renforts d’articles de presse pour ce 5 juillet a fait chou blanc. Pourtant, tout a commencé normalement, comme d’habitude.

Les deux navires affrétés d’Italie étaient là, sagement accostés à quai. La salle d’embarquement flambait comme un sou neuf et le personnel était sur son trente et un. Les invités ont commencé à affluer tôt, comme d’habitude.

Comme d’habitude, les représentants des pouvoirs publics se sont fait attendre. En effet et alors que le départ était prévu à 10 heures, ces messieurs ne sont arrivés qu’à 11. Les nombreux photographes rivalisaient d’ingéniosité et de posture pour immortaliser le moindre geste du Wali (par intérim) ou du représentant du Ministère des Transports, accueillis à l’entrée de la salle d’embarquement. Studieux, comme d’habitude, les journalistes tendaient l’oreille et prenaient note des paroles de ces messieurs.

Puis, tout le monde a lors pris place à bord du Maria Dona, un navire effilé qui peut embarquer plus de 300 passagers…

Le navire s’est enfin ébranlé à 11 h 20. Dix minutes pour sortir du port et le navire s’élance plein nord, avant de virer de bord, contournant, au loin, la pointe Lamoune et longeant, à quelques encablures la digue du port de Mers-el-Kébir.

Déjà et comme d’habitude, en pareil cas, quelques passagers rendent leur petit-déjeuner. Heureusement que l’équipage a prévu le coup et, rapidement, quelques sacs furent distribués aux sujets au mal de mer. Le navire contourne ensuite le Cap Gros, cette pointe du Santon qui plonge vertigineusement dans les flots de la Mar Loca, pour offrir à la vue les falaises déchiquetées qui se prolongent jusqu’à la plage de Saint Roch. Il longe ensuite la côte, étroite bande de sable qu’écrasent les denses constructions qui s’étalent, sans discontinuer, jusqu’au Cap Falcon. Une petite éclaircie dans le béton annonce la plage des Dunes, but de la traversée. De la côte part un long appontement, dont la réalisation a coûté la bagatelle de 54 milliards de centimes et qui pénètre dans la mer sur une distance de plus de 200 mètres. Au bout se dresse un gros mât métallique, surmonté d’une balise. C’est le poste d’accostage…

Après 30 minutes de traversée, le moteur s’arrête, le navire entreprend une marche arrière et se rapproche du poste d’accostage. Sauf qu’en pleine mer, il y a la houle

Sans bassin calme pour l’accueillir, ni digue qui peut le protéger de la houle, le navire ballotté ne pouvait, sans dommage, abaisser l’étroite passerelle arrière, malgré plusieurs tentatives. L’on se pose de sérieuses questions sur la qualité de l’étude et l’absence de coordination entre les responsables de la réalisation de l’appontement et les portuaires. Et puis, comment est-on arrivé à annoncer l’ouverture de la liaison sans même procéder à un essai ? Le fond de l’imprévoyance et de l’incompétence fut atteint, en ce 5 juillet 2017, à la plage Les Dunes…

Les passagers n’ont pu débarquer et les quelques journalistes et photographes, qui attendaient sur l’appontement, n’ont pu embarquer. Les quelques minutes d’arrêt du navire et son ballottement ont livré un second lot de victimes et d‘autres sacs ont été offerts, comme d’habitude en pareil cas. Demi-tour !

Après 30 minutes, le navire pénètre dans le port d’Oran et vient s’amarrer sagement à côté du second…

Comme susurré par quelqu’un : «Une simple dawira fel homéra ! »

Comme d’habitude, quelques mauvaises langues se sont laissé aller à suggérer un plan B, pour l’utilisation des deux navires affétés d’Italie : «Qu’on organise des tours en mer pour les amateurs et on pourra rentabiliser les bateaux», ou alors : «Que la salle d’embarquement soit transformée en salle des fêtes. Les mariages pourraient même être agrémentés par un tour en mer pour les invités 

 

  • Par Abdelkader el Akermi