Le Workshop organisé par l’ATRSS sur la recherche en santé : Entre numérisation et humanisation.

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Le workshop «Enjeux et priorité de la recherche en santé» organisé par l’ATRSS (Agence thématique de recherche en sciences de la santé) a tenu toutes ses promesses malgré certaines défaillances de dernières minutes. Chacune des communications a « versé » au moins un élément nouveau dans un dossier toujours d’actualité.

C’est en es-qualité et en bénéficiant de plus de temps que les autres qu’Abdelhafid Aouragh, directeur du PNR (programme national de la recherche scientifique), a ouvert le bal des communications de la matinée du jeudi. Sa communication, passionnante, portant sur un thème original, n’a malheureusement pas convaincu toute l’assistance.

D’ailleurs, ceux qui ont suivi toutes les communications sont sortis avec l’impression qu’elles étaient des réponses aux propos du premier responsable de la recherche scientifique au niveau du Ministère de l’Enseignement Supérieur.

Intitulée «le quatrième paradigme», Aouragh, parlera sur la voie nouvelle menant à l’acquisition de la connaissance, donc de la science. Dans un survol historique où il citera «l’expérience» comme premier paradigme, il ajoutera «les théories classiques» et «l’ordinateur» avant d’arriver au «Big Data». Par ceci, il entend l’ère de «la base des données». Il expliquera que la connaissance se trouve diffuse et il suffit d’aller la débusquer.

Concernant la recherche en sciences médicales, Aouragh proposera la numérisation des dossiers des patients pour alimenter la base de données pour cette recherche. Auparavant, il donnera quelques données sur «l’obésité» actuelle du système des connaissances devenue un véritable blocage : il faut 21 heures d’écoute par jour pour être informé de toutes les innovations en matière de recherche ; il faut lire un million d’articles par an et établir 11 00 tests pour pouvoir déceler les 10.000 maladies répertoriées.

Mme Fatima Zohra Mentouri, ancienne directrice de l’ANDRS (l’ancienne appellation de l’ATRSS, ramènera le premier intervenant et l’assistance à la réalité concrète. Évoquant son expérience longue de sept ans à la tête de cet organisme, elle rappellera que rien que la promulgation des décrets de création des trois agences de recherche scientifique en 1992, dont l’ANDRS, a nécessité trois ans. Elle constatera, en passant en revue les textes de création de l’ANDRS et ceux de l’ATRSS, elle ne relèvera aucun changement notable concernant l’objet et le but de cet établissement. Pour elle, le rôle de l’ANDRS se limitait à la gestion au sens administratif et financier des projets de recherche.

Abondant dans ce sens, elle reconnaîtra que chaque projet validé devait bénéficier d’une enveloppe de 3 millions de DA pas au-delà. D’ailleurs, elle dira que certains projets extrêmement importants ont dû être abandonnés parce que nécessitant des dotations budgétaires dépassant le seuil arrêté.

Dans ce cadre, nous nous demandons combien coûtera la numérisation souhaitée ou prévue par Abdelhafid Aouragh, dans un pays où même les sites des institutions officielles, certaines de souveraineté nationale, ne sont pas actualisés des semaines durant, voire des mois.

Pour sa part, le Professeur Khiati Mustapha, devant intervenir sur le thème «Evaluation de la recherche médicale» indiquera que l’Algérie se trouve au 96 ème rang mondial et 16 ème africain en matière de publications se rapportant à la recherche médicale.

Aussi, sur 6495 publications recensées en 2016, 740 ont porté sur des thèmes des sciences médicales et 1 /15 publication est l’œuvre d’un hospitalo-universitaire. Il notera l’existence d’un seul éditeur des livres des sciences médicales, l’OPU en l’occurrence.

Le professeur Khiati communiquera des données sur le système sanitaire national : 300 médecins étrangers, dont des chinois et cubains, exercent en Algérie où 1000 patients par an sont transférés à l’étranger pour des soins.

La médecine absorbe 7% du PIB, ce qui classe l’Algérie dans une catégorie intermédiaire des nations sur ce chapitre précis. Le secteur de la santé est composé de 17 CHU, 290 EPH et EHS ; 274 EPSP ; 1551 Polycliniques et 58 486 salles de soins. Quant au nombre de  spécialistes il a atteint 14 273 médecins.

Mais c’est le professeur Mohamed Mebtoul, en tant que sociologue et anthropologue de la santé qui balayera d’un coup de main les thèses et les ambitions d’Abdelhafid Aouragh.

Se référant à son expérience d’un quart de siècle de recherches sur le terrain, en équipes pluridisciplinaires, le fondateur du GRAS (Groupe de Recherche en Anthropologie de la Santé) insistera auprès de l’assistance composée de médecins que «le malade est un acteur de la médecine» au même titre que le médecin ou la famille qui est «productrice de soins et non simple consommatrice».

Il plaidera pour un autre regard sur le malade, perception où l’écoute joue un rôle central. L’écoute «des mots pour dire les maux» tonnera-t-il. Pour Mebtoul, le patient que le dessein d’Aouragh veut réduire à un anonyme numéro de série doté d’un code, est au centre de toute problématique du système de santé.

De son côté, le Pr Lamri Larbi, en économiste spécialisé dans le domaine de la santé, nous assénera quelques données qui donnent la mesure du chemin à parcourir pour atteindre un système de santé plus performant.

Ainsi, l’on apprendra que dans le pays qui a toujours claironné, le plus souvent  avec excès de fierté, que la médecine est gratuite, le citoyen participe au financement de sa médication à hauteur de 24 %. Plus que la sécurité sociale en tout cas dont la cote part ne dépasse pas 14%. Alors que l’Etat débourse 47% pour le même objectif. Lamri plaidera pour la restructuration de la Sécurité Sociale.

Après l’écoute des communications des derniers intervenants, se déployant tous sur le terrain et donc assez éloignés de la tour d’ivoire que procure les postes de responsabilité, les propos d’Abdelhafid Aouragh semblent provenir d’une autre planète. Effectivement son intervention se réfère à des résolutions initiées par Obama quand il était à la tête des USA et celles de l’Union Européenne. Par ailleurs, il est à craindre que la numérisation prônée réclamera le recours à des entreprises étrangères parce qu’elle concernera des millions de patients.

  • Par Ziad Salah