L’alibi… « saleté ».

dans Actualités/Environnement

Le nouveau wali d’Oran, qui a fait le pari fou de faire d’Oran une ville propre, a réuni il y a une semaine environ, de nombreux responsables de l’administration, de la municipalité, des services de l’hygiène et de l’environnement. L’objet de cette réunion  concernait  des mesures «d’hygiène» pour le célèbre quartier «M’dina J’dida».

En gros, il s’agirait de collecter et de stocker, au niveau de l’ancien siège de la direction de l’hygiène, les déchets d’emballage qui sont,  en l’occurrence du papier, du carton et du plastic. Si pour cette dernière matière il y a peu de possibilités à moins de l’exporter vers les USA. Puisque ce sont des industriels américains qui ont acquis des droits sur le système de recyclage mis au point  par un chercheur de l’université de Sétif et qui n’a jamais trouvé une écoute attentive chez les décideurs algériens.

De ce fait, entre 60 et 70% de cette matière plastic, tout types confondus, se retrouvera donc forcement dans la nature ou, au mieux, stockée dans des entrepôts gardés «secrets», en attendant une improbable industrie de transformation, ou alors tout bonnement incinérée en catimini.

Quand au reste, à savoir le papier et le carton, il y a bien longtemps que ces matières premières sont intégrées dans un marché organisé et qui fonctionne très bien.

D’ailleurs en général, dés 20 heures les rues de M’dina Jdida sont déjà plus ou moins propres. Ce qui n’est pas le cas de très nombreuses grandes artères de la ville.

Selon les chiffres du très officiel R20, les papiers et cartons représentaient à peine 9 % des 1400 tonnes de déchets traités par le Centre d’Enfouissement Technique(CET) de Hassi-Bounif en 2016.

Ces malheureux 9% ne représentent en réalité qu’une infime partie d’un gisement dont le chiffre d’affaires est estimé à plus de 2 milliards de dinars par an et qui échappe aux organismes en charge de l’hygiène public et surtout à l’état qui a beaucoup investi dans les fameux CET.

En ces temps de vaches maigres et d’épuisement de la manne financière, notre wali peine à trouver un financement à la hauteur de sa feuille de route. Cela est d’autant plus grave qu’il est pratiquement interdit de ce tourner vers le Trésor public. C’est donc tout bonnement que les pouvoirs publics exercent une espèce de droit de priorité sur le gisement et tant pis pour les centaines de «va nus pieds» qui chaque soir viennent gagner leur pitance quotidienne, en collectant cartons, papiers et plastic à la « ville nouvelle ».

Ce n’est donc pas tant la propreté de la ville qui intéresse nos responsables, car pour cela il y a d’autres moyens dont le plus simple et le moins onéreux serait de réduire le gisement à la source, en faisant campagne contre la multiplication des emballages par exemple. Mais cela n’est pas dans les attributions d’un wali, fut-il celui d’une ville comme Oran car il pourrait alors connaitre le sort d’un «Tebboune», s’il venait à contrecarrer les stratégies, plus machiavéliques que commerciales, des barons de l’emballage qui n’hésitent pas à faire appel au «mauvais œil» et au bien fait de la «sotra» pour rajouter une couche de plastique sur du carton et même du papier d’emballage sur du plastic.

A quoi pourrait bien servir cette énorme manne financière que nos responsables veulent à tout prix canaliser ?

Pour certains, les plus optimistes peut-être, il s’agira d’acquérir des moyens en l’occurrence des camions et des bennes-tasseuses pour les municipalités, notamment la ville d’Oran et l’EPIC « Oran Propreté« , en prévision des Jeux Méditerranéens de 2021.

Pas si sur que cela disent les plus pessimistes, le wali aurait été abasourdie par le délabrement du parc communal  totalement renouvelé ces dernières années et qui serait d’ores et déjà en grande partie inutilisable.

La durée de vie d’une benne-tasseuse  dans les services de nettoiement de la ville serait d’à peine 3 à 4 ans et à peine un peu plus soit 4 à 5 ans au niveau de l’EPIC « Oran- propreté« .

Pour d’autres, cette manne financière servira à payer le lobby des «éboueurs» qui ont acquis des moyens par le biais des dispositifs d’aide à la création d’entreprise et notamment dans le cadre de l’ANSEJ et de la CNAC.

Bien au fait de la feuille de route du wali, par le biais de leurs géniteurs, pour la plupart élus de la nation et accessoirement représentants des oranais dans les assemblées nationales, ce lobby devenu incontournable a montré toute sa capacité de nuisance en organisant une grève sauvage qui a fait de la ville d’un véritable dépotoir, quelques jours seulement avant que le nouveau wali ne prenne son poste.

La « société civile » n’est pas indifférente à ces gesticulations populistes des pouvoirs publics. Apres des années de silence pour le moins complice, des concitoyens sortent d’un coup et comme par hasard  d’une longue hibernation juste pour nous dire que finalement si la ville est sale ce n’est pas la faute à l’Etat ni même aux représentants du peuple mais au peuple lui-même qui est traité de «Moussakh».

Ces groupes très dynamiques sur la toile refusent tout débat de fond, se contentant de vous invitez à participer aux mascarades organisées tant tôt à la forêt de Canastel,  tantôt sur l’Esplanade de Sidi M’Hamed ou encore Hai Yasmine. Le rituel est bien huilé: on vous offre des gants et des sachets de plastic et on vous convie à faire les … éboueurs.

D’autres n’hésitent pas à crier victoire parce le wali aurait été mis au courant de la situation de «leur» quartier ou de «leur» rue dont les photos sont publiés sur les réseaux sociaux et qu’ils auraient été programmés, soit pour une visite soit pour une opération de nettoyage.

Soyons sérieux dans quelques semaines et au mieux dans quelques mois, lorsque cette fièvre sera retombée, ne serait ce que parce qu’un wali ne peut passer tout son temps à recenser et à surveiller des points noirs, encore moins l’incivisme de chacun de nous et l’incompétence d’élus qui auront étés désignés ailleurs.

La ville retrouvera alors son image fait des amoncellements de déchets aux coins des rues, des poubelles trop pleines, des encombrants déposés aux pieds des immeubles et des chiffonniers qui viendront éventrés des sacs poubelles à la recherche de fer, de carton et de plastic qui aurait échappé à la voracité de l’Etat.  Il sera alors peut être encore temps de s’interroger sur  l’absence de courage de nos politiques qui n’osent pas interdire l’emballage perdu notamment en matière de boissons ou l’interdiction de l’utilisation de sachet en plastic comme l’on fait de très nombreux pays tel que le Mali, le Niger ou encore le Kenya.

Il est vrai aussi que dans ces pays trop pauvres, mais néanmoins courageux, ni les intrants ni les énergies dans  industries polluantes ou gaspillantes ne bénéficient de subventions et encore moins d’allègements fiscaux.

  • Par S. Slama.