La « Coulée Verte » : Première étape de la stratégie verte

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L’idée de Coulée Verte est, en réalité, née d’une vision écosystémique, elle avait comme objectif lointain la création d’un couloir biologique qui, à terme, devait permettre et de façon très schématique, de relier le Murdjajo à la Montagne des Lions, en traversant les espaces végétalisés et les friches qui jalonnent la frange Nord de la ville, notamment sous  le balcon du Front de Mer à travers de nombreuses poches végétales ainsi que sur l’arrière port à travers la voie de chemin de fer. Bâb el Hamra et la Calère constituent en réalité la première station de ce couloir biologique rêvé qui devait  permettre d’enrichir et de densifier la biodiversité urbaine et périurbaine mise à mal par une politique d’urbanisation en rupture totale avec son environnement naturel.    

 

Le projet de Coulée Verte, qui a été proposé par l’association Bel-Horizon, est une vielle idée, développée à partir des années 2000, lorsque le président Bouteflika avait rejeté, dans la forme et dans le fond, le projet immobilier défendu par l’ex-DUC et actuel  ministre de  l’habitat.

Le président optera alors pour le projet de forêt récréative. Un projet alternatif auquel d’ailleurs personne parmi les responsables présent à cette époque et tous ceux qui sont succédé à Oran n’y croyait vraiment.

Selon les informations de l’époque, le président aurait alors accordé une enveloppe de 20 millions de dinars au service des forêts en vue de développer le projet de forêt urbaine. Il faudra toutefois attendre quelques années pour que les premiers arbres soient implantés sur le site sans aucune étude préalable, encore moins un plan de plantation.

Laissés pour compte, les eucalyptus profiteront du microclimat de la zone et surtout des remontées d’eau de l’Oued Ras el Ain pour ne pas mourir et  même pousser relativement assez vite et bien. Il faudra attendre deux ou trois ans encore pour voir le projet refaire surface dans le cadre d’une opération de marketing.

L’ex-wali Boudiaf et son chevalier servant de l’époque, parachuté maire d’Oran, s’empresseront de venir en grande pompe planter quelques eucalyptus en présence des jeunes de l’association Bel Horizon, qui défendront alors leur projet de la Coulée Verte.

En réalité il s’agissait d’un faux départ, une opération de marketing qui servira à tromper les citoyens ou du moins ceux qui portaient un intérêt sincère  à leur ville. Les arguments avancés  à l’époque sont exactement les mêmes que ceux qui convaincront l’actuel wali d’Oran. L’histoire montrera très rapidement le fait que les pouvoirs publics et les élus de cette époque (et actuels) avaient d’autres centres intérêts. L’affaire de la forêt de Canastel, la destruction des Halles Centrales, le dossier des Arènes sont des exemples parmi tant d’autres sur le projet urbain que ces messieurs défendaient contre vent et marée.

La relance du projet de Coulée Verte viendra en 2014 et sera le fait de l’ex ministre Boudiaf qui confiera alors le projet de «parcours culturel» au service de l’urbanisme, en lieu et place de la direction de la Culture.

Peu au fait des enjeux et des significations, les responsables de l’urbanisme multiplieront les méprises dans le cahier de charges. Le projet de parcours culturel urbain se transforme en projet de création d’un parcours culturel dans et à partir de la promenade Ibn-Badis ex-Letang.

Cela permettra alors au paysagiste en charge du projet de relancer le projet de la Coulée verte mais  à partir d’un autre bout. C’est ainsi que dans le cadre de ce projet, une analyse paysagère s’impose,  elle permettra d’examiner les nombreux paysages que l’on peut découvrir à partir du jardin.

Ils constituent en fait un fabuleux parcours culturel visuel qui permet alors de découvrir d’un seul coup d’œil ou presque plus de 1000 ans d’histoire. Cette analyse a été établie dans le but  d’asseoir une base qui permettrait  à l’avenir et plus précisément dans le cadre du plan de sauvegarde de la vielle ville, d’établir une stratégie de valorisation et de protection qui englobe non seulement les monuments historiques et pittoresque mais aussi leur environnement.

En vérité, sans ces paysages, la Promenade, qui est sensée produire du donne à voir, n’a pour ainsi dire plus aucune valeur. Dans le cadre de ce projet les falaises de Bab El Hamra qui constitue un paysage minéral ainsi que le célèbre site de la Calère ne portent en vérité aucun monument historique ou pittoresque visible à partir de la Promenade et sont donc appréhendés comme des paysages en construction.

La Promenade de Letang est le point final de cette première  station de la coulée verte qui prend naissance sur les flancs du Murdjajo. Le projet de parcours culturel entend bien rétablir prioritairement des passerelles entre le jardin et la place de la République, notamment à travers un réaménagement profond du talus Ouest qui borde cette superbe place publique.

 

Mais revenant donc au site premier de cette Coulée Verte et qui, au départ était composé de deux espaces verts distincts.

La partie haute a été conçue pour mettre en valeur le paysage minéral des falaises à travers un jardin thématique  lié à notre climat et dédié à l’éloge de l’aridité.

Le choix de cette thématique n’est pas fortuit mais réfléchie à partir de l’orientation du site et surtout de la réalité du réchauffement climatique et à la diminution des ressources en eau qui nous touche plus que partout ailleurs.

Il s’agirait alors de créer un jardin pédagogique qui montre à nos concitoyens et à nos enfants à travers des collections  végétales et un design adapté,  une esthétique nouvelle (très à la mode sous d’autres cieux), basée sur la sobriété et l’économie des ressources aussi rare et fragile que la terre. Il s’agirait de montrer que la beauté singulière des paysages arides n’a rien à envier aux jardins engazonnés consommateurs de ressources aussi rares et fragiles que l’eau, criant de mondanité et de nombrilisme et qui servent malheureusement de modèle unique à nos décideurs. Il s’agirait aussi de montrer à nos concitoyens qui se piquent d’écologie et d’écocitoyenneté une vision du jardin respectueux de l’environnement.

Dans le cadre du projet de coulée verte, le site de la Calère devait permettre de compenser le manque d’espaces vert et de loisirs aussi criard que scandaleux que connait la basse ville. Cela est d’autant plus urgent que le plan de gestion d’un jardin historique tel que l’ex-Promenade Letang, unique espace vert de la vielle ville, ne permet pas de nombreux équipements de jeux et de loisir.

Le site de la Calère qui constitue un microclimat  très particulier est en réalité le site idéal pour la création et le développement d’un arboretum en lieu et place d’une forêt urbaine qui jouxte l’immense pinède du Murdjajo. L’arboretum permettrait alors d’introduire et de développer de nouvelles espèces d’arbres et d’arbustes en vue de leur introduction dans le cadre d’une stratégie de diversification des espèces plantées notamment en matière de plantation d’alignement dans une ville qui peine pour diversifier son patrimoine arboré.

Le projet de la coulée verte est en réalité la première étape d’un long et très complexe projet de reconversion et de dynamisation de la mémoire de la ville. Le choix de la Calère n’est pas fortuit car il s’agit en fait du premier morceau de la mémoire urbaine trépanée au nom d’une pseudo-modernité.

Aujourd’hui ce projet constitue une opportunité courageuse de rendre à cette ville sa dignité, en rétablissant des liens avec son environnement naturel qui soit montagnard ou marin. Le projet de la Coulée Verte avec ces dernières variantes qui ouvrent enfin la ville sur la mer méditerranée, permettra à son  promoteur d’inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire urbaine de cette ville.

  • Par SLAMA. S