« I » comme « Icare » et …Ali

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Il y a quelques années, un ex-ambassadeur de la Corée du Sud était passé à l’IDRH (Institut de Développement des Ressources Humaines) à Canastel (Oran) pour évoquer l’expérience de son pays, similaire par plusieurs points à celle de l’Algérie. Aux Débuts des années soixante du siècle dernier, les deux pays sont sortis exsangues de la guerre, de libération nationale en Algérie et celle dite de Corée du sud est asiatique. En soixante cinq, les deux pays ont connu un putsch dirigés par une junte militaire. Mais à partir de cette date, chacun d’eux prend une trajectoire particulière.

Les militaires au pouvoir en Corée du Sud, mettant entre parenthèses toute velléité individuelle ou collective à l’expression démocratique, se sont échinés à produire une élite économique. Trente cinq après, la Corée du Sud, avec des labels désormais universels, de l’automobile à la téléphonie, figure parmi le gotha des pays avancés sur le plan technologique.

Pendant que notre dépendance vis-à-vis de l’étranger s’est aggravée. Des propos de l’ex ambassadeur, nous comprenons que notre échec est latent dans l’incapacité de produire une élite économique, jalouse de son indépendance vis-à-vis des institutions de l’Etat et soucieuse du respect des règles de jeu que formalisent les lois de la République.

Si on peut ramasser l’expérience nationale sur ce sujet, nous dirons qu’après plus d’un demi-siècle d’indépendance, les embryons des élites en gestation ont été laminés et remplacés par des «prédateurs», sans morale et surtout incultes. Ce qui a donné que cycliquement, on assiste à l’émergence à une vitesse supersonique d’un homme ou groupe d’hommes d’affaires dont les empires s’écroulent à la même cadence.

Ali Haddad, le patron du FCE, qui focalise l’attention médiatique ces derniers jours, est l’illustration parfaite de cette incapacité atavique de construire une élite économique battante, patriotique et décidée à négocier sa place dans le cadre d’une économie globalisée.

Comme ses prédécesseurs (Khalifa Abdelmoumen et d’autres), il est accroché à la mamelle de l’Etat. Mais le voilà devenu gourmand, il veut ce sein nourricier uniquement pour lui, quitte à priver des millions d’autres des besoins élémentaires tel que les soins médicaux et l’accès à la scolarité.

Si l’on croit les chiffres qui circulent sur les dettes d’Ali Haddad, ou disons les fonds dont il a bénéficié pour des projets qu’il n’a jamais réalisé ou qui accusent des retards de plus de sept ans pour certains, l’homme et ses soutiens doivent être traduits devant une juridiction spéciale.

Le tort de celui qui a émis des promesses de partenariat d’affaires aux managers africains (devenus sérieux et très écoutés à travers le monde) est incommensurable. Il a aggravé le déficit de crédibilité dont souffre l’Algérie depuis au moins une décennie et dont profite le Maroc pleinement.

Avec le tarissement des revenus des hydrocarbures, nous risquons de nous retrouver dans un autre isolement, pire que celui qui nous a été imposé durant la décennie de feu et de sang. En révélant sa nature «d’homme d’affaires» profitant de sa proximité réelle ou supposée avec le cercle du frère conseiller du président de la République pour accéder à des financements des projets presque fictifs, Haddad a détruit ce qui restait d’immunité à l’Etat algérien.

Notre Trésor public, symbole de la souveraineté, n’est pas à l’abri : il suffit d’une simple cooptation pour y accéder et se servir. Nous sommes un pays où le détournement des deniers public est extrêmement aisé pour ceux qui gravitent autour des centres du pouvoir. A cause du manque de transparence et de l’absence de toute gouvernance.

Voilà ce que Haddad et consorts ont brillamment et brouillement illustré. Le chiffre de quatre milliards de $, dont il a bénéficié depuis cinq ans selon certaines sources médiatiques donne du tournis à la tête la mieux implantée entre les épaules.

Ceux qui veulent présenter ce qui est désormais nommé l’affaire Haddad comme un simple manque de politesse à quelqu’un qui s’est cru désormais faisant partie des notabilités se trompent. Il s’agit d’une somme astronomique que Haddad doit rembourser au Trésor Public parce que ses entreprises aussi innombrables soient elles ne peuvent pas honorer ses contrats avec l’Etat. Il s’agit d’un vent de panique qui s’est emparé d’une couche qui se veut passer pour des «créateurs de richesse» alors qu’ils se sont révélé des personnes qui siphonnent l’argent public.

Il s’agit d’un sale coup asséné à un Etat déjà malmené sur plusieurs plans. Haddad finalement n’est pas un capitaine d’industrie. C’est un homme qui s’est réveillé très endetté et en faillite. Qu’il paye le prix de sa folie, lui qui n’a rien retenu du… mythe d’Icare.

  • Par Ziad. S