Exposition photo «Laissés pour conte» ou la déshumanisation globale.

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Organisée sur les chapeaux de roues par la sympathique galerie d’art Civ.Oeil, l’exposition de l’artiste Faynour (Fayçal Anseur) n’en fut pas moins un succès certain. Fayçal,  à qui une vie ne suffit pas, est journaliste de métier  depuis bientôt 20 ans et vit à Paris.  Pour sortir du carcan des rédactions et  s’exprimer un peu plus librement,  il fondera «Algérie Focus», qui fut l’un des tous premiers journaux en ligne du pays. En parallèle, il mène une expérience de vidéaste qui dure depuis une quinzaine année maintenant. Paradoxalement c’est Paris, la ville lumière  la plus excitante d’Europe qui fera de Fayçal un mordu de l’écologie.

 

Il entreprend alors une formation en permaculture qui le rapproche de la nature au point ou en 2014 il  saute le pas et se fait formateur en permaculture. «Pour être plus persuasif et mieux faire passer le message écolo» nous dira-t-il. Touche à tout de talent, Fayçal  nous revient cette année en photographe …, «de talent» ,  au dire des professionnels les plus exigeants de la place oranaise.

D’ailleurs son travail fait d’ores et déjà l’objet d’un âpre débat  au sein du groupe des jeunes photographes en formation depuis  1 an au sein de l’association Bel- Horizon.  Il faut dire que les 26 photos en noir et blanc, présentées dans un format moyen de 30 x 45cm, à la galerie CivŒil sont captivantes.

Fayçal a choisi de travailler en noir et blanc pour justement faire ressortir l’expression et la  richesse des portraits. Mais aussi  pour mettre en avant l’intemporalité des photos, parce que «le conte» c’est-à-dire l’Histoire des personnes que l’objectif a capturé n’est pas finie.

Le thème même de l’exposition constitue à lui seul tout un programme.  «Laissés pour conte». C’est l’histoire de personnes exclues et laissées au bord des caniveaux à Paris, Rome, Barcelone, Lisbonne et Oran. Des villes désormais régentées par le système ravageur de l’ultra libéralisme imposé par de puissantes oligarchies.

En choisissant Oran pour cette première exposition Fayçal a d’abord voulu honorer  sa ville natale  mais aussi parce qu’elle fut la ville du déclic. En mai dernier  à l’occasion de la grande ballade organisée par l’association belle Horizon, Fayçal a rencontré deux visages d’abord, Hichem «beau comme le printemps» et Mohamed «ce petit africain» parti du fin fond de son Afrique natale à la recherche d’un utopique humanisme. Un «humanisme» que l’on perçoit très bien dans les rapports qu’entretiennent certains sujets avec leurs animaux de compagnies. Des animaux tenus en laisse et qui semblent être là pour éviter à leurs compagnons de sombrer dans… l’inhumain.

Cette exposition qui inaugure la nouvelle année, fut  un défi pour la galerie d’art «CivŒil», comme l’a souligné le commissaire de l’exposition le sympathique Tewfik Ali Chaouch. Elle nous a permis de découvrir un travail d’une grande sensibilité réalisé par un artiste authentique et très engagé dans le combat contre  le caractère profondément individualiste de l’idéologie moderniste, qui plait tant à nos oligarchies et nous fait fortement peur.

Fayçal n’a pas caché sa joie et a été agréablement surpris par l’engouement de ses concitoyens pour son travail. Bien entendu comme d’habitude les pouvoirs publics et les élus, qui n’ont aucun penchant pour la culture, ont encore une fois brillé par leur absence. Ce qui ne sera certainement pas le cas à Paris où cette exposition voyageuse sera présentée au courant de l’année 2018. Bravo Fayçal. Merci Civ Œil. Défi relevé.

  • Par Samir Slama