Entretien avec Tewfik Ali Chaouch, président de la « Biennale d’Art contemporain »: Faire d’Oran « le Carrefour d’Art et de la Culture »

dans Actualités/Arts & Culture

La Biennale méditerranéenne de l’Art contemporain d’Oran ouvrira ses portes demain 8 juin à la Médiathèque d’Oran. Évènement artistique international majeur de la ville, la « Biennale d’Oran » est désormais inscrite dans l’agenda permanent des grandes manifestations artistiques nationales. Mais sa préparation est loin d’être une sinécure comme nous le démontre, dans cet entretien, Mr Tewfik Ali Chaouch, Fondateur et président de cette Biennale.

Journal de L’Oranais: La biennale d’art contemporain d’Oran c’est quoi ?
Tewfik Ali Chaouch : L’objectif principal de cet événement artistique et culturel international qui coïncide avec la journée de l’artiste en Algérie, c’est de redonner à Oran sa place de « Carrefour de l’Art et de la Culture » connu et reconnu depuis longtemps. La ville d’Oran devient, ainsi, en l’espace de quelques jours une capitale méditerranéenne de l’Art contemporain où se conjuguent toutes les nouvelles pratiques artistiques des Arts visuels et plastiques (peinture-sculpture-photo -installation-performance –art numérique –vidéo et multimédia). La participation des artistes méditerranéens et la forte présence de conférenciers de renoms, dans le monde de l’Art contemporain méditerranéen, ainsi que la participation, lors de cette édition, de plusieurs pays hors Méditerranée comme les États-Unis d’Amérique, la Grande Bretagne, le Pakistan et la Thaïlande, sera l’occasion d’une médiatisation de la ville d’Oran à travers le Monde. L’apport de cet évènement, à l’image de la ville, n’est plus à mettre en doute. D’autre part, cette « Biennale » permettra à nos jeunes artistes algériens de côtoyer et échanger diverses expériences artistiques qui ne feront qu’enrichir leurs connaissances.

J.D.O : Pouvez-vous nous dire comment se présentent les préparatifs de cette 3ème Biennale de l’Art contemporain d’Oran ?

Tewfik Ali Chaouch : Notre association Civ-Oeil , Après avoir organisé avec succès plusieurs salons artistiques nationaux et internationaux, depuis 1997, a accumulé aujourd’hui suffisamment d’expérience dans l’organisation de ce genre d’évènements pour envisager avec une certaine sérénité la tenue de cette 3ème Biennale, et ce malgré le manque de moyens et une « hostilité » incompréhensible de la part de certains responsables de la culture à Oran. Mais heureusement, pour notre association, cette hostilité récurrente, que vouent ces personnes à tout ce qui est initiative audacieuse qui tire l’acte culturel vers le haut, est contrecarrée par le soutien effectif et permanent des plus hautes autorités de la Wilaya.
Pour revenir au programme de cette 3ème Biennale, les Oranais pourront assister, durant 3 jours, à l’exposition de ce qui se fait de mieux dans le monde de l’Art contemporain national et international. Ils pourront assister aussi à des conférences données par des conférenciers renommés comme, par exemple, Abdelkader Damani, commissaire indépendant –intervenant à l’école d’Art et de Design de Grenoble. Ils assisteront aussi à des projections vidéos et performances-rencontre avec des artistes, ainsi que des expositions photos. Ce seront 3 courtes journées certes, mais très denses et riches artistiquement.

J.D.O: Le manque de moyens est une plainte qui donne l’impression d’être devenue un leitmotiv chez la quasi totalité des associations, qu’en est-il, donc, de la votre et des difficultés matérielles rencontrées lors des préparatifs de cette Biennale ?

Tewfik Ali Chaouch : Dans le monde de l’Art aujourd’hui, une « Biennale d’Art Contemporain est un évènement d’une grande importance qui ne peut être improvisé dans le « bricolage ». De grandes métropoles, à travers le monde, font de leurs « Biennales d’Art Contemporain un évènement phare, pour promouvoir l’image de leurs villes, à l’instar de la Biennale de Lyon qui se tient pendant près de 04 mois, ou la plus prestigieuse, celle de Venise, qui se tient pendant 06 mois. C’est dire l’importance et la valeur que donnent les autorités et les responsables de ces villes à ce genre d’évènements qui rehaussent le rang de leurs cités. Tout le monde s’implique dans les préparatifs et le déroulement de ces importantes manifestations artistiques. Et cela commence par mettre tous les moyens logistiques et matériels à la disposition des organisateurs. Ce sont plusieurs millions d’Euros qui sont consacré à la réussite de ces Biennales. 9 millions d’Euros pour celle de Lyon et 14 millions pour celle de Venise. Donc à vous d’imaginer les efforts titanesques que doit déployer une petite association comme la notre pour organiser un tel évènement avec quelques centaines de milliers de dinars. Louer des stands pour exposer les œuvres, des écrans et des vidéos projecteurs pour les œuvres audiovisuelles, l’hébergement et la restauration de plusieurs dizaines d’artistes venants de toute l’Algérie et d’une vingtaine d’étrangers. Cela relève presque du miracle de pouvoir tenir pendant 03 jours. Malgré cela, notre association est arrivée à faire admettre la « Biennale d’Oran » dans le cercle restreint et très sélectif des Biennales internationales. Les commissaires indépendants et les médiateurs artistiques, nous font désormais confiance et répercutent nos appels à candidature à travers le monde pour la participation d’artistes renommés. Ceci n’a été possible que grâce à la crédibilité et la notoriété que notre association a acquis sur le plan international.

J.D.O : Vous avez parlé d’hostilité envers vos actions culturelles et particulièrement cet évènement, pouvez vous être plus précis ?

Tewfik Ali Chaouch : Il y a d’abord l’hostilité par ignorance ou désintérêt. Tous les acteurs et responsables d’une grande métropole comme Oran, se doivent d’aller au devant des porteurs d’initiatives comme la notre. Le Maire ou le Directeur du tourisme devraient se rapprocher de nous dès qu’ils apprennent la tenue d’un tel évènement. C’est un plus énorme pour l’image d’Oran. Nous avons reçu des demandes d’invitation de plusieurs étrangers, non artistes, qui voulaient obtenir un visa pour pouvoir venir assister à cette « Biennale ». Pour certains, ils voulaient venir avec leurs familles. Mais notre association n’est pas habilitée à délivrer ce genre d’invitations. Nous les avons donc orienté vers la Direction du tourisme afin qu’elle puisse les aider et orienter pour obtenir des visas touristiques, et là….Rien. Silence radio. Ils ne savent même pas qu’un tel évènement se tient dans leur ville et ne se sont pas rapproché de nous pour une coordination positive pour tout le monde et surtout pour la ville d’Oran. Il faut savoir que des évènements artistiques internationaux de cette dimension sont un « booster » pour le tourisme et la notoriété d’une métropole comme Oran. Le Festival International du Rai d’Oran qui était organisé par l’APICO avait médiatisé l’image de la cité plus que n’aurait pu le faire toutes les institutions de cette ville réunies. Au contraire, Il a été combattu, dénigré et chassé de la Wilaya d’Oran par les mêmes qui étaient censés le promouvoir et le protéger à l’image de l’ex-wali d’Oran Mr Sekrane. C’est vous dire le degré « d’ignorance culturelle » dans lequel patauge la quasi majorité des élus et responsables de la ville, à l’exception d’une petite minorité dont certains, en plus d’être des élus, sont des artistes. Je tiens à rappeler que l’ex-maire d’Oran et actuel ministre des moudjahidines, Mr Zitouni, a été le premier à nous ouvrir les portes de la Mairie d’Oran pour tenir la première grande exposition d’Arts plastiques à Oran et qu’à son époque, l’A.P.W d’Oran avait crée un volet de subvention spéciale pour l’hébergement et la restauration des invités nationaux et étrangers du Salon des Arts plastiques d’Oran. Pourquoi ces acquis ont-ils été remis en cause? Mystère.

J.D.O: Vous avez aussi parlé d ‘hostilité des responsable de la Culture à Oran. Plus de détails ?

Tewfik Ali Chaouch : On n’a jamais compris la démarche empreinte d’hostilité de l’actuelle directrice. Pourtant, dès sa désignation à la tête de la Direction de la Culture, nous avons montré notre disposition à travailler en étroite collaboration et l’aider dans sa mission. D’ailleurs, sa première action a été d’organiser une rencontre poétique avec les femmes poètes d’Oran, et nous avions répondu favorablement à sa demande de prêt de la somme d’argent, une petite somme certes, pour organiser cette rencontre car pour des raisons bureaucratiques elle n’avait pas reçu encore le budget de fonctionnement. Puis, plus rien. et de mépris en mise à l’écart nous avons fini par nous rendre à l’évidence que notre association était « bannie » des programmes et dessins de la nouvelle Direction de la Culture, contrairement aux précédents directeurs comme le défunt Malki ou Mme Hankour qui s’étaient impliqués totalement dans l’organisation des salons nationaux et internationaux que nous organisions . L’actuelle direction est allée jusqu’à opposer son refus à notre « Biennale », en refusant de transmettre au Ministère le dossier de cet évènement que nous lui avions confié, comme nous l’avions appris de la part du Ministère de la Culture il y a 2 ans de cela. Lors de la 2ème Biennale, elle a refusé, catégoriquement, de donner son accord à la tenue au sein du musée Zabana, d’une performance d’une artiste française qui avait pour thème la torture de l’armée coloniale et la demande de pardon au peuple algérien., alors que nous avions l’approbation enthousiaste de la Directrice du Musée, Mme Silem. Un comportement totalement incompréhensible et irrationnel même. je tiens à ajouter que nous n’avons jamais eu la moindre petite subvention ou aide financière de la part de l’actuelle direction, qui pourtant reçoit un budget annuel destiné aux associations culturelles de la Wilaya d’Oran.

J.D.O: Malgré toutes les difficultés que vous venez d’énumérer, êtes-vous optimiste ?

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Tewfik Ali Chaouch: L’optimisme est nécessaire pour la pérennité de cette manifestation importante sur tous les plans. L’optimisme est d’autant plus permis lorsque je constate l’intérêt certain que porte l’actuel Wali d’Oran, Mr Zaalane, à cet évènement, et qui dès qu’on l’a sollicité, nous a immédiatement accordé son parrainage pour la « Biennale ». Optimiste aussi, grâce à la disponibilité et l’aide financière et logistique que nous a accordé l’actuel et dynamique directeur de la D.J.S, Mr Gherbi. Il faut aussi citer la Mairie d’Oran qui a mis à notre disposition l’espace de la Médiathèque pour la tenue de la « Biennale ». Sans oublier de citer le sponsoring d’entreprises privées comme Belux et Société Générale, en espérant que la culture du sponsoring s’installe progressivement et durablement dans les politiques de marketing des entreprises privées algériennes, car la réussite d’une manifestations de cette envergure ne peut se réaliser sans l’apport du sponsoring qui devrait être aussi important que l’aide des institutions de l’État. Et enfin je ne peux être qu’optimiste lorsque je constate que le public oranais, les jeunes surtout, devient de plus en plus curieux, intéressé et réceptif à cette manifestation d’Art contemporain, qu’on désigne à tort comme un art « élitiste ». Non, franchement je suis vraiment optimiste. La seule source de pessimisme, s’il devait y en avoir, serait la Direction de la Culture comme je l’ai déjà mentionné. Mais Dieu merci, c’est l’optimisme qui l’emporte. Pour terminer, j’aimerai remercier tous ceux qui ont aidé à la concrétisation de cette manifestation, avec mention spéciale pour les jeunes de notre association, sans qui rien n’aurait pu se faire.