De fausses solutions pour de vrais problèmes: Oran embourbée dans ses détritus.

dans Actualités/Environnement
  • Par S. SLAMA

Les différents acteurs en charge du traitement des déchets urbains ne semblent pas avoir pris la peine d’accorder leurs violons avant de faire des déclarations publics. Ainsi pour la directrice du Centre d’enfouissement Technique de Hassi- Bounif, qui collecte les ordures ménagères du groupement d’Oran, sa structure traiterait 1700 tonnes de déchets par jour. Ce qui dépasse de quelques 200 tonnes, la capacité de traitement pour laquelle le centre avait été créé et qui serait de 1500 tonnes/jours selon une déclaration faite en 2012 par le directeur de l’environnement de la wilaya d’Oran à l’occasion de l’inauguration du CET.

En avril 2016, dans un document publié sur la toile, le R20, nous  annonce que la collecte se situe à 1400 tonnes/jour.  De tout ces chiffres et au regard des tons alarmistes des uns et des autres, il apparaît que le C.E.T risque d’arriver à saturation plutôt que prévu.

Si l’on se réfère au document publié par le R20, et rien  n’autorise à le mettre en doute, le casier n°1 ouvert en mai 2012 et fermé deux ans après soit en 2014. A noter que la direction du CET parle quand à elle de 2015.

Quant au second casier, il  sera saturé selon les prévisions des responsables en 2017, après une durée de vie d’à peine 2 ans.

D’ailleurs, profitant de la visite de la super star américaine et néanmoins président du R20, en l’occurrence Arnold Schwarzenegger,  la directrice du CET de Hassi-Bounif a lancé un cri d’alerte en annonçant la création en  urgence d’un quatrième casier. Ce qui veut dire que le troisième casier risque fort d’être saturé plutôt que prévu et au mieux en 2019, alors que  le quatrième casier dont les travaux sont en voie de lancement sera probablement  fermé, au lendemain des Jeux Méditerranéens c’est-à-dire en 2021.

Si l’on s’en tient au rythme actuel de production des déchets par le groupement d’Oran et de la vitesse de  remplissage des précédents casiers, la fermeture des 6 casiers du C.E.T arrivera  dans le meilleur des cas en 2024.

Bien entendu à la condition que le rythme de production de déchets soit maintenu, ce qui est très improbable tant l’attrait d’Oran est grand et risque fort d’augmenter de quelques centaines de tonnes la production de détritus d’ici là.

                       Le compostage des déchets                                     

Selon l’exposé de la responsable du CET, il est, aujourd’hui,  impératif de changer de méthode et de s’attaquer, non plus, aux déchets secondaires, c’est à dire aux déchets recyclables qui ne constituent en finalité que 30%  de la masse globale.

D’ailleurs, ces déchets étaient déjà largement pris en charge par les célèbres chiffonniers de la décharge du temps ou elle se trouvait à Dayat Morsli puis sur la grande Sebkha.

Ainsi, donc la politique de traitement des déchets basé sur le tri sélectif  n’a finalement aboutit qu’à la formalisation d’un marché existant depuis des lustres, sans plus.

Pour cette responsable, il faut, aujourd’hui, s’attaquer aux 60% de déchets composés de matière organique et cela à travers le compostage.

Cette matière organique n’est pas dangereuse en soi et peut très bien se décomposer sans passer par un système industriel complexe ou une technologie de pointe comme veut bien nous le faire croire l’ONG R20. Cette dernière nous annonce même l’arrivée imminente d’un processus, révolution d’accélération du mûrissement du compost.

C’est là une annonce qui ferait certainement sourire nos paysans, qui depuis la nuit du temps, arrosent leur tas de  compost avec une solution de levure boulangère ou de «khmira». Ce qui  leur permet de gagner un minimum trois ans sur le processus de décomposition naturel sans pour cela avoir recours à une technologie made «in».

Soyons sérieux, à l’échelle d’une ville comme Oran, le compostage ne pourra concerner qu’une infime partie de la masse de déchet produite. Ainsi donc, sur les 1700 tonnes de déchets quotidiens, les déchets organiques représentent environ 1020 tonnes, soit environ 30 000 tonnes par mois. Ce qui constitue, à notre avis, un délai minimum pour une bonne fermentation, sous notre climat et ce quelque soit le procédé de compostage mis en place.

La réduction de la durée de transformation est d’autant plus improbable que la hauteur du tas ne peut excéder deux mètres dans le meilleur des cas. Cette  quantité de compost nécessite forcément pas mal d’espace pour son traitement en continu. Evidemment, sans compter la surface nécessaire à la réception des matières premières qui ne sont seulement des déchets,  le tri qui n’a rien avoir avec celui des canettes et des cartons, le stockage du produit fini et le traitement des refus qui constitue dans le meilleur des cas 40% de la masse traitée. De ce fait, sur les 30 000 tonnes traitées mensuellement 12 000 tonnes finiront, nécessairement, leur vie dans les casiers.

Quel sera donc le prix d’une tonne de matière organique en comparaison avec le prix d’une tonne de fumier animal ?

Il semble évident que les promoteurs du compostage industriel n’ont pas pris la peine de réfléchir à tout cela. Ou  alors, ils  n’ont pas jugé utile de nous l’expliquer.

En conclusion le CET de Hassi Bounif sera certainement bien trop petit pour le compostage des déchets organiques d’une ville comme Oran.

Avec toute la bonne volonté du monde, le centre ne pourra jamais dépasser le traitement de 10% de déchets difficilement compostés du fait de leur très faible rapport carbone organique/azote total.

Actuellement, le compostage représente un processus de transformation qui touche à peine 1% des déchets au niveau national. Au Maroc il a été  abandonné après de nombreuses expériences. En Tunisie ou il à le mieux fonctionné, il représente 5% soit environ 50 milles tonnes par an repartis sur 10 unités de production ce qui en fait somme toute un produit artisanal.

Le compostage est certainement un procédé de valorisation des déchets très écolo,  mais c’est là un processus  qui reste adapté au monde rural et certainement pas à une ville qui génère, par habitant, 57 kg de déchets de plus que la moyenne nationale, si l’on en croit les déclarations des responsables du secteur.

Enfin il y a lieu de s’interroger sur cette étrange et subite fièvre pour le compostage des déchets organiques urbains. Tout en sachant qu’il ne peut, en aucune manière, constitué une solution viable.

Pourquoi nos experts du R20 et nos stratèges de l’environnement, se refusent de penser le traitement des déchets organiques en amont de la consommation même.

La  création de centre de conditionnement dans les zones de production, selon le même schéma que celui qui a permis la création des chambres froides par exemple permettra de réduire de moitie au moins la quantité de matière organique de nos poubelles.