Considérée comme une alternative à la crise: L’agriculture urbaine pour les… »nuls »

dans Actualités/Contributions/Environnement

Il y a à peu près dix siècles, le célèbre géographe El-Idrissi, de passage à Oran décrivait les célèbres jardins de Ras el Ain. Quelques siècles plus tard, le non moins célèbre docteur Shaw renouvelait cette description et s’émerveillait alors de leurs richesses. Quelques années plus tard, quoique appartenant à une armée coloniale farouchement destructrice, le Commandant Derrien qui commence son livre par un «j’aime Oran», illustrant parfaitement par-là, la célèbre boutade «qu’on ne né pas oranais mais qu’on le devient», fait l’inventaire de ces jardins et justifie la disparition de certains d’entre eux par le nécessaire développement de la ville.

Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, ou les derniers jardins ont étés rasés, non pas pour construire la cité mais plutôt pour trépaner sa mémoire pré-coloniale, qui dérange à plus d’un titre.

Leur destruction récente est le fait d’une administration aussi inculte que bête qui pensait et continue de le faire, que l’agriculture rime avec archaïsme et a fini par faire du grenier de Rome… un désert.

Aujourd’hui par la grâce de quelques porte-plumes obséquieux, espérant glaner quelques restes tout en se faisant les portes voix de puissants lobbys et en intoxiquant l’opinion publique par le détournement des écrits de chercheurs émérites, à l’instar du docteur Amara Bekkouche, qui en 1998, publie dans la revue «Insaniyat» du CRASC, un article très recherché intitulé «Aux origine d’Oran, le ravin de Ras el Ain.»

Dans cet article, notre éminente chercheuse établit un inventaire des plans et autres programmes relatifs au ravin. Elle souligne qu’au lendemain de l’Indépendance, «Oran reconsidère la programmation de ses espaces verts. Un plan de la ville du Service de l’Urbanisme, daté le 12 juillet 1964, spécifie les états actuels et projetés des espaces verts. Le ravin de Ras el-Aïn n’y figure pas comme projet. Il se présente sous forme de zone sans désignation entre les groupes de quartiers Eugène-Etienne et les Planteurs à l’Ouest, et le camp militaire dénommé Saint-Philippe à l’Est.»

Cet extrait constitue aujourd’hui, l’argument massue que ces mêmes portes plumes, qui n’ont certainement pas lu une seule phrase de l’écrit en question, mais se plaisent à répéter ce paragraphe vraisemblablement « soufflé » par les lobbys de l’immobilier et leurs alliés de l’administration locale, qui ont fait main basse sur le patrimoine foncier de la ville.

A quel projet fait référence notre chercheuse dans cette phrase ? Bien entendu, nos gribouilleurs, connus sur la place publique pour leur tendance maladive au plagiat n’ont même pas pris la peine de s’interroger sur cela ?

Le professeur Bekkouche fait en réalité référence au premier Plan Directeur du Groupement d’Urbanisme dressé par J. Durin en 1960, à la veille de l’indépendance et qui récupère le ravin à des fins ludiques en le concevant comme un futur espace vert.

Voilà donc ce que nos pseudo-journalistes ne diront pas, tout comme ils ne diront rien de la conclusion de la chercheuse, dont nous prenons un plaisir certain à citer un petit extrait «… Il s’offre aujourd’hui comme un héritage à valoriser et un fonds d’idées à exploiter dans la perspective d’une composition urbaine qui puisse lui donner la mesure de sa particularité. Situer l’image du ravin de Ras el-Aïn au niveau d’un espace majeur, c’est lui restituer l’importance de son échelle multidimensionnelle.»

Les jardins de Ras el Ain ne sont pas une «nostalgie passéiste», mais une réalité concrète depuis 902 jusqu’ à ce jour ou, du moins, tant qu’existera encore un jardinier à l’instar de Aâmmi Ali dernier concessionnaire agricole du ravin, qui continue vaille que vaille, envers et contre tous, à perpétuer courageusement une tradition millénaire sur un bout de jardin.

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L’agriculture urbaine à New York

Aujourd’hui, à l’heure du développement durable et du changement climatique, qui n’est pas une vue de l’esprit puisqu’en l’espace d’une vie oranaise (80 ans) environ, nous sommes passé d’un climat tempéré semi- aride à un climat aride et sec avec une perte de pluviométrie de quelques 183 mm et une augmentation de la température qui atteint presque 0,2°, en moins d’un siècle ainsi qu’un indice d’aridité qui passe de 11 à 18. Cette réalité climatique rend encore plus urgent l’émergence d’une conscience écologique citoyenne.

Bien entendu nos pédants et pseudos-journalistes, aveuglés par leur goût de la perversion pour ne pas dire de la prostitution s’offre toute honte bue aux lobbys prédateurs et s’offusquent de l’émergence de cette conscience citoyenne qu’ils tentent, à travers une phraséologie choisie, de ridiculiser.

La végétalisation et plus encore le retour de l’agriculture urbaine n’est pas la fierté de quelques bourgades de province qui ont des prétentions de métropole à l’instar de la pauvre Oran. Elle est, aujourd’hui, la fierté de mégapoles modernes à l’instar de New-York ou la municipalité a racheté et a mis à la disposition de ces concitoyens quelques 700 ha de terre à jardiner.

A l’instar de Pékin, futur capitale de l’empire terrien ou 60%, soit environ 15 millions de personnes se nourrissent à partir des potagers urbains.

A l’instar d’Amman, cité de la millénaire de la Jordanie, ou le sacre de la terre n’est pas un mot creux et ou les pouvoirs publics ont fait en sorte que la terre soit bancarisée Quelques 100 ha de jardins urbains greffésà l’utilisation des eaux grises permettent à la population d’Amman de réduire au moins symboliquement sa dépendance alimentaire et surtout d’être fières de la «richesse» de leur contrée et accessoirement de leurs idées et qui ne doivent rien à la rente pétrolière.

L’expérience cubaine est encore plus probante et certainement à méditer par nos pseudos journalistes.

La République de Cuba fut confrontée à une crise majeure lorsque le bloc soviétique s’effondra dans les années 1990-91. Du jour au lendemain, la ration cubaine passe de 3000 calories par jour à 1900.

Pour parvenir à surmonter la faim et la malnutrition, et ce sans fertilisants, herbicides, insecticides et…. sans pétrole, le gouvernement délaissa le modèle agro-industriel et entreprend une révolution véritablement «verte» à travers la mise en place d’une agriculture urbaine, entièrement biologique dès 1997. Cuba ne connaîtra ni la faim, ni de «révolution printanière» n’en déplaise à l’Oncle Sam.

En 2009, la production totale de légumes de La Havane a atteint 286 000 tonnes, alors qu’elle était de 20 000 tonnes par an en 1997. Pour la seule période allant de janvier et novembre 2010, l’agriculture urbaine cubaine produira 1,2 millions de tonnes de nourriture, soit une ration quotidienne de 300 gr environ de produit frais et biologique par habitant.

En Russie, l’agriculture urbaine concerne 65 à 80 % des urbains et la pratique de cette agriculture est située dans le «domaine de la stratégie de survie.» Que dire des modèles urbains, si cher à nos pseudo- journalistes plus adeptes des «moussalsalates» des discussions de bistros et des grandes surfaces lorsqu’ils voyagent, que d’un véritable travail de documentation encore moins d’investigation.

À Istanbul, en Turquie, une production maraîchère, installée sur des terrains publics, le long de la muraille byzantine de Constantinople, perpétue à ce jour une tradition millénaire d’approvisionnement de la ville en légumes frais.

A Valence, en Espagne, la dernière crise financière a permis de générer 80 ha de jardins urbains exploités collectivement par la population. Nos pseudo- journalistes se contentent d’être les chiens de garde d’un ordre oligarchique établi tout en ignorant volontairement et totalement ce que les peuples et les sociétés citoyennes entreprennent ailleurs, pour réduire leur dépendance à la rente afin d’à assurer leur sécurité alimentaire et garder la tête haute sans être obliger de quémander un bout de pain fut-il à leurs gouvernants.

Enfin, pour conclure, nous reprendrons ce que le docteur Bekkouche soulignait dans son article, il y a 19 ans déjà. « … A ce titre les intentions préliminaires à l’étude du Plan Directeur d’Aménagement Urbain (PDAU) d’Oran lancé en 1994, (passé sous silence par nos pseudo journalistes), annonçaient en substance que «Les règlements d’urbanisme seront conformes à l’esprit de la loi 90/29 du 1/12/90… ». Parmi les orientations données, il s’agit de considérer et développer les aspects culturels dans la démarche conceptuelle d’aménagement. L’effort annoncé d’inscrire «l’aspect historique… à partir d’une recherche documentaire et traces archéologiques ainsi que certains témoignages oraux » dans l’étude, signifiait l’idée de concrétiser ces aspects pour transgresser le niveau technique des études d’urbanisme. Mais il s’avère en définitive et notamment au niveau des débats publics, que le côté culturel n’a jamais été véritablement abordé.

A qui la faute lorsque de pseudo-journalistes, donneurs de leçon transgresses les règles élémentaire de déontologie avec la complicité des politico-technocrates locaux, voir nationaux.

  • Par Samir Slama.